Dans les coulisses d’une campagne présidentielle folle : une histoire de Off

Loin d’être une caricature mal nourrie surfant sur la vague d’une actualité récente, Le Journal du Off des journalistes Frédéric Gerschel et Renaud Saint-Cricq et du dessinateur James est bien au contraire une chronique graphique éclairée du monde politique français, « dans les coulisses d’une campagne présidentielle folle » comme le suggère le sous-titre de ce récit glaçant de réalisme. Et si Le Journal du Off est une oeuvre de fiction (tout en révélant des anecdotes et des conversations bien réelles), tout dans cette histoire est vrai, puisque c’est éventé.

Mais « quelle indignité ! » Oser montrer par le menu, les petits arrangements, les plus ou moins bons mots, les petites phrases, les coups bas venus d’en haut de ceux qui entendent gouverner la France ! Qui aurait imaginé la politique ainsi mise en scène ? Servi par l’excellent James au dessin, Le Journal du Off possède toutes les qualités d’un reportage Gonzo qui montre l’envers du décor, ce qui se passe et trame dans les dos des caméras (voire à l’insu des actrices et acteurs de la classe politique eux-mêmes) et à micro fermé. Ecrit en temps réel au fil de la campagne et nourri de sources journalistiques vérifiées et revérifiées, Le Journal du Off relate les chemins semés d’embûches et de vanités des un(e)s et des autres, il parle (et procède) du travail des journalistes, il montre aussi comment et combien les politicien.ne.s veulent avoir l’oreille des rédactions pour faire passer leur messages et dérouler leurs stratégies.

 

On a encore tous en tête les principales sorties médiatiques, les réactions télévisées, les interviews relayées sur les réseaux sociaux, nombre d’anecdotes racontées dans Le Journal du Off sont déjà connues du grand public. Certaines le sont moins, à l’image de ce dialogue entre Arnaud Montebourg et le personnage principal inventé avant le premier débat de la primaire de la gauche :  « Je vais les plier ! Je le sens bien, je vais les plier. Valls est mort, cuit, rincé »… ou comme cette phrase d’une perfidie et d’une noirceur sans nom :
« (Fillon) C’est Andreas Lubitz ! Il s’est enfermé dans le cockpit, on est dasn l’avion, et il nous emmène droit sur la montagne pour se crasher ! ». Ambiance.

Avec distance dans le traitement du sujet et grâce au recul une fois l’élection passée, Le Journal du Off est bien plus qu’une simple compilation rock n’ roll de « ce qu’ils ont dit » car le livre propose un vrai sous-texte sur le travail journalistique au cours d’une campagne qui n’a pas manqué de virulence à l’égard de la profession. Si rien n’a été oublié − les atermoiements, les attaques, la morgue de certains candidats face à l’évidence, les tractations, les alliances de circonstances… −, la com’ pol’ (élevée au rang de mode de (sur)vie) en prend pour son grade dans ce Journal, en remettant en contexte les hypocrites « ça reste entre nous » et « on ne s’est pas parlé ».

Le Journal du Off n’est donc pas qu’une fiction. D’ailleurs, la réalité pour le moins ahurissante durant cette campagne s’est chargée à maintes reprises de la dépasser.

Renaud Saint-Cricq, Frédéric Gerschel & James, Le Journal du Off (Dans les coulisses de la campagne présidentielle), 128 p. couleur, Glénat, 15€