L’une des signatures de Diacritik est sans doute la place accordée aux grands entretiens : qu’ils soient écrits ou filmés, ils laissent se déployer la parole des auteurs et créateurs, sans aucune contrainte d’espace ou de temps. L’été peut être l’occasion de (re)découvrir ces interviews. Aujourd’hui Nathalie Quintane s’entretenant avec Emmanuèle Jawad, en avril 2018, autour d’Un œil en moins, livre qui se présente comme une chronique politique croisant Nuit debout, la « jungle » de Calais, Notre-Dame des Landes, et d’autres mouvements au Brésil ou en Allemagne.

Blackboard, l’exposition de Bouchra Khalili qui a lieu actuellement au Jeu de Paume, présente une série d’installations audio-visuelles (photographies et films). Chacune de ces installations articule un dispositif par lequel des histoires se disent, des mémoires se créent, des fictions s’énoncent – fictions qui sont en même temps des vérités autant que des actes politiques.

Son Journal d’un ingénu avait fait sensation en 2008 lors de sa sortie, parce qu’il mettait en scène un Spirou enfin temporel, témoin de la marche inexorable du monde vers le second conflit mondial. Avec Spirou ou l’espoir (dont le premier tome Un mauvais départ paraît le 5 octobre prochain), Emile Bravo revient sur les premières heures de l’invasion de la Belgique par l’armée allemande et sa perception d’un héros de bande dessinée qui ne peut pas vivre en marge de son temps et hors de la réalité.

Macron, c’est l’avènement d’une ère, celle de la responsabilisation comme discours criminogène. Comment ne pas être stupéfait par les propos tenus sur la vidéo postée par sa conseillère, propos tenus par celui qui vous sert de président depuis bientôt un an ? Le discours ici proféré s’appuie sur une notion clef de l’ère criminogène : la responsabilisation. Les aides sociales coûtent « un pognon de dingue », elles ne servent à rien : les pauvres demeurent toujours en dépit des aides pharaoniques accordées toujours invariablement pauvres. Ils sont toujours à eux-mêmes leur propre tautologie, c’est ça qui est désespérant, donc inutile. Il va falloir, dit Macron, les responsabiliser.

La stigmatisation et la discrimination à l’égard des populations homosexuelles impliquent la différenciation ou construction d’une différence basée sur un critère défini (sexualité, genre, etc.) ; la stigmatisation ou infériorisation de cette différence ; la focalisation sur ce critère et la réduction de l’individu à une identité stigmatisée, celui-ci n’étant plus perçu qu’en référence à un groupe supposé homogène ; la naturalisation ou essentialisation (les homos, les lesbiennes, etc.) par laquelle un groupe est défini ; la légitimation de la stigmatisation et de la discrimination (homosexuels = danger, désordre, maladie, etc.). A l’intérieur de cette logique, la différence par rapport à la norme est a priori dévalorisée – différence et norme étant construites l’une par rapport à l’autre, la première existant pour que la deuxième soit justifiée et valorisée.

Comme dans ses livres précédents, Qui a tué mon père, d’Édouard Louis, a pour centre la violence : celle que l’on subit, celle que l’on inflige, violence physique et psychologique. Mais la violence dont il est question ici dépasse les limites de ce que l’on entend habituellement par « violence » puisqu’il s’agit aussi de violence symbolique, de violence systémique, de la violence de rapports de pouvoir qui ne se réduisent pas aux coups de matraque de la police.