Jean-Christophe Averty (1928 – 2017) : mort d’un franc-titreur

 

Jean-Christophe Averty © INA.fr

La carrière de Jean-Christophe Averty croise et épouse l’histoire de la télévision. Inventeur, précurseur d’une poétique de l’image, l’homme de télé et de radio au zézaiement incongru dans le monde policé des médias, est mort le 4 mars 2017.

Averty, le nom ne dit presque rien aux jeunes générations qui au mieux savent qu’il est un des pionniers d’une télévision qu’ils ne regardent plus ou, au pire, le considèrent comme l’inventeur du clavier qui porte son nom.

Après quelques années passées à Burbank , dans les studios Disney, où il a exercé la fonction de banc-titreur, Jean-Christophe Averty débute à la télévision française — qui s’appelle encore la RTF — au début des années 50. Avec plus de 500 émissions à son actif, il est un des rares Français à recevoir un Emmy Award, il aborde tous les genres et croise les disciplines : fiction, reportage, théâtre, musique, dessin animé… On retient aujourd’hui de lui qu’il est l’un des inventeurs du clip vidéo, mêlant techniques classiques de tournage et traitement vidéo (on ne dit pas encore numérique) de l’image. Comme en atteste cette séquence de feue l’émission Boîte à malices du 30 septembre 1973 présentée par Georges de Caunes.

Il faut rendre à Jean-Christophe Averty d’avoir fait entrer la modernité dans le paysage audiovisuel morne de la Radiodiffusion-télévision française, insufflant un esprit iconoclaste et provocateur, touchant parfois au surréalisme. Il est l’un des premiers à utiliser l’incrustation d’images, utilisant le fond bleu avec insertion de décors dessinés pour les besoins de clips, téléfilms et émissions de télévision.

Parfois extrême dans ses positions artistiques, techniques voire sociétales (car portant un regard cru et acerbe sur la télévision), Jean-Christophe Averty n’avait pas sa langue zozotante dans sa poche, au risque de ne pas plaire à tout le monde, voire de s’enferrer dans une posture réac (on se souvient du polémique « Le zapping détruit la culture » dans Bouillon de Culture en 1996). Pourtant, des années plus tôt, il confessait (dans Micros et caméras en mars 1968) : « je déplais et je le déplore ».

Dadaïste, Satrape du collège de Pataphysique depuis 1990, passionné de Jazz (il a animé pendant près de 30 ans l’émission Les Cinglés du music-hall) et par Alfred Jarry (qu’il a mis en scène par trois fois au théâtre), Jean-Christophe Averty a confié en 2012 la gestion, la conservation et la sauvegarde des droits de l’ensemble de ses œuvres télévisuelles et radiophoniques à l’INA.