J’aimerais être une souris au Palais Bourbon pour, sous les sièges, voir les jambes des politiques, le squelette de la loi, la silhouette des amendements. Avec mes petits yeux, VOIR et enregistrer toutes les lois, la nuit, le jour, entendre chaque voix sans perdre une miette. Une miette de rongeur.

Livre polymorphe, L’Expe(r)dition se présente comme la chronique d’une exploration, un récit de voyage, la mise en abyme d’un récit de voyage, un traité de navigation, une confession intime (épistolaire). Il est question de l’exploration de V.J. Béring qui découvrit le point de rupture territorial entre la Sibérie orientale et l’Alaska, là où l’Est et l’Ouest se séparent en se retrouvant.

Un essai remarquable de Valérie Gérard, Les formes du chaos, nous rappelle que Virginia Woolf fut non seulement un des grands écrivains métaphysiques anglais du XXe siècle, l’équivalent féminin en prose de T.S. Eliot (la conversion de celui-ci au christianisme rendant plus tangible cette interprétation), mais également une auteure politique et sociale, consciente des aliénations de son temps. Prise dans l’étau des deux catastrophes majeures que furent 1914-1918 et 1939, elle n’a cessé d’explorer de nouvelles formes pour les confronter au chaos des guerres, à l’arrogance de l’Empire, à la toute-puissance du patriarcat.

Personne n’est élu a priori, ni historiquement, ni géographiquement : on ne choisit pas le lieu de sa naissance ni ses parents. Mes parents n’ont pas décidé à l’avance la couleur de mes yeux (ni mes résultats en classe). Mon caractère timide n’a pas été coché sur une grille d’évaluation.  D’où il s’ensuit que le hasard est plus fort que l’élection, laquelle est réduite à un minuscule rectangle blanc (bulletin de vote).