La nouvelle série de Beau Willimon (développée sur la plateforme Hulu Originals) s’appelle The First, mais elle aurait tout autant pu s’appeler The Abyss tant celle-ci réussit le tour de force de tutoyer les abîmes de l’ennui sur le sujet de la conquête de l’espace et si elle parvient à nous faire lever les yeux au ciel, c’est bien trop souvent au sens figuré et à son corps défendant.

L’anecdote est célèbre : alors qu’à l’orée des années 1950, il commence à apprendre l’anglais via la méthode Assimil, Eugène Ionesco, durablement impressionné par le vide sinon l’absurdité criante des dialogues proposés à l’étude, entreprit d’écrire à leur imitation une pièce de théâtre L’Anglais sans peine qu’il finit par intituler La Cantatrice chauve. Nul doute qu’une semblable anecdote préside aussi bien à l’écriture d’Helena de Jérémy Fel paru en cette rentrée aux éditions Rivages tant ce problématique roman paraît avoir été à son tour en écrit en fréquentant assidument la méthode Assimil qui, cette fois, aurait consisté à apprendre l’américain avec la même propension au non-sens et à la vacuité.

« Ce fut un coup de chance. Ou la conjonction des astres » : tout juste diplômée de l’université du Minnesota, Janet Groth entre au New Yorker, réceptionniste au dix-septième étage. On est alors en 1957, l’Amérique s’apprête à vivre des révolutions multiples, et quel meilleur poste d’observatoire que ce desk ? « Comme on dit là-bas, l’important n’est pas qui vous êtes mais qui vous connaissez ».

Comme l’annonce son titre, c’est un Bloody Miami qui est le cadre et personnage principal du roman de Tom Wolfe. Bloody Miami (Back to Blood en vo), non au sens d’une ville violente et sanguinaire mais d’un lieu qui tente de faire cohabiter des vagues d’immigrations successives. « Il n’est pas question d’hémoglobine, mais de lignées », déclare Wolfe, de « sang qui coule dans nos veines ». Le roman est une plongée dans la ville, Tom Wolfe prend son pouls et calque sur lui le rythme du récit.

Source : Twitter

Twitter, Facebook, la vindicte populaire et la dénonciation publique, la mise au ban numérique, ça vous évoque quelque chose ? Dans La Honte !, essai de Jon Ronson à paraître en France chez Sonatine le 8 février (traduction par Fabrice Pointeau), l’essayiste gallois fait bien plus qu’analyser le phénomène de l’humiliation organisée sur la toile, un phénomène que les utilisateurs des réseaux sociaux connaissent bien, pour en être parfois les témoins au mieux, les acteurs au pire.

On savait depuis longtemps que les produits de restauration rapide vendues dans la chaîne des inventeurs de Harry ne sont guère recommandés ni recommandables pour la santé physique, on savait également que, sous couvert de terminologie plus que douteuse, les « équipiers » sont très souvent des salariés exploités et peu considérés, on sait aussi désormais que McDonald® n’est pas vraiment une source de renforcement démocratique pour les pays dans lesquels ils s’installent. Le 8 décembre 1996, le célèbre journaliste américain, éditorialiste au NYT et trois fois récompensé par le prix Pulitzer pour la qualité de ses enquêtes, Thomas Friedman, avait noté et remarqué, au terme d’un long travail d’investigation, que jamais, à la surface de la planète, deux pays qui ont des restaurants McDonald® ne sont entrés en guerre l’un contre l’autre.

En 2015, l’écrivain espagnol Javier Cercas est invité à tenir un cycle de conférences en littérature comparée à l’Université d’Oxford, succédant ainsi à George Steiner, Mario Vargas Llosa et Umberto Eco. Son sujet sera le roman, en tant qu’écrivain et critique, deux activités dont Cercas souligne la parenté en introduction de son essai, réécriture et prolongement des cinq conférences tenues en anglais : « tout bon écrivain est, qu’il le sache ou non, un bon critique » et « tout bon critique est un bon écrivain ».

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Tanguy Viel le note ironiquement dans La Disparition de Jim Sullivan (Minuit, 2012) : la guerre en Irak est « ce genre d’événements qu’on ne passe pas sous silence quand on est américain, je veux dire, écrivain américain, de ce genre d’événements qui planent au-dessus des livres et savent impliquer les personnages dans les problèmes de leur temps. C’est une chose dont on ne peut se passer en Amérique, la présence d’événements récents qui ont eu lieu en vrai comme la destruction des tours ou la crise financière ou bien l’intervention en Irak. » Cette mise en fiction d’une guerre récente n’en est pas moins remarquable quand le conflit est saisi avec acuité, ce qui est le cas dans Yellow Birds, le premier roman de Kewin Powers invité du festival America 2016 pour ce livre et un recueil de poèmes paru depuis, toujours aux éditions Stock, Lettre écrite pendant une accalmie dans les combats (2015).

Le long entretien accordé par Denis Robert à Diacritik est à l’image même de l’écrivain-journaliste : chaque réponse est une affirmation de soi comme du résultat d’une enquête poussée. Le personnel rencontre le factuel et le questionnement initial est prolongé par des interrogations nées des propres réponses de l’auteur de Mohicans : la quête de Denis Robert semble sans point final possible. Un entretien en mode gonzo, un genre que l’auteur revendique.

La mèche est allumée le 30 octobre, soit une semaine avant la parution du livre de Denis Robert qui s’en est alors ému sur son mur Facebook. Livres-Hebdo, l’AFP, L’Express-L’Expansion consacrent des articles à la publication presque concomitante de C’était Charlie de Philippe Val chez Grasset et de Mohicans de Denis Robert chez Julliard.

9782246858867-001-XBeigbeder aime les compilations et les listes. A tel point qu’il en fait des livres : ses 100 titres préférés ? Premier bilan après l’apocalypse. Un bilan (avant l’heure) de la littérature au XXè siècle ? Dernier inventaire avant liquidation. Dans Conversations d’un enfant du siècle qui vient de paraître, il rassemble — avec Arnaud Le Guern qui dit souvent beaucoup de bien de Beigbeder dans Le Figaro ou dans… Causeur — ses entretiens avec une vingtaine d’écrivains, parus dans la presse entre 1999 et 2014.