Après la parution de Éthique du samouraï moderne – Petit manuel de combat pour temps de désarroi (Grasset, 2019) où il est question de sagesse et d’humanisme combattant, peut-on vraiment imaginer que Patrice Franceschi, écrivain, essayiste mais aussi aventurier et homme très engagé, puisse simplement nous raconter à la première personne du singulier quelques histoires vécues durant ses périples au travers de nouvelles qu’il souhaite être lues comme des « romans ramassés à l’extrême, tentant de  dire l’essentiel et rien que lui » ?

« Nos maisons nous contiennent ; qui peut dire ce que nous contenons, nous ? » : cette question pourrait être le fil rouge de Floride, recueil de nouvelles signé Lauren Groff qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier dans une traduction de Carine Chichereau. La maison, d’abord cadre matériel de la majorité de ces textes, lieu dans lequel évoluent les personnages, figure aussi, par extension, le recueil dans son ensemble, l’auteure décryptant avec subtilité et force « ce que nous contenons, nous ».

Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs. Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française. Aujourd’hui, Floride de Lauren Groff tout juste paru aux éditions de L’Olivier.

« Il y avait un homme à terre : les cheveux gris, mal fringué, inconscient. Et un autre penché au-dessus de lui : le teint pâle, les lèvres rouges, tendu. Comme je m’approchais, il m’a semblé qu’il griffait le visage de l’ivrogne. Sa main ressemblait à une araignée figée par le gel ». C’est en décrivant une scène dont il a été témoin que commence le narrateur de « Certains ont disparu ». La nuit, il se met à voir apparaître des mains qui tentent de le saisir. Comme dans « Le Horla » de Maupassant, le narrateur semble hanté par une présence étouffante, ici plurielle et qu’il baptise « les antigens ». Mais à la différence du personnage de Maupassant, il retombe dans l’indifférence et montre un certain détachement face au surgissement ponctuel du fantastique. C’est ainsi que se dessinent la plupart des personnages de Joel Lane : davantage préoccupés par un quotidien déprimant et lugubre, dominé par le chômage ou le deuil, que par des apparitions qui ne font que donner chair au malaise ambiant.

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Après six romans, un Pulitzer et un Pen-Faulkner Award, Michael Cunningham a surpris en publiant un recueil de contes, Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d’enfants et puisEt puis le pire arrive, mais aussi la littérature qui, toujours, s’articule sur l’adversatif.
Diacritik avait rencontré l’écrivain au Salon du livre lors de la parution du recueil en grand format chez Belfond. Flashback, alors que paraît le volume en poche chez 10/18.

Ken Liu (DR)

Il ne fait guère de doute qu’en proposant un recueil des nouvelles de Ken Liu, Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les bibliographes du site Quarante-Deux, savaient qu’ils allaient rééditer le triplé gagnant des recueils de Greg Egan Axiomatique (2006), Radieux (2007) et Océanique (2009), chez le même éditeur. De fait, l’auteur sino-américain est l’un des nouvellistes les plus récompensés de ces dernières années, pour des nouvelles aussi originales que réussies, alliant la force des idées à la beauté de l’écriture. Avec ses dix-neuf textes, La Ménagerie de papier permet donc de découvrir toutes les facettes du talent de Ken Liu, et le recueil est désormais disponible en poche, chez Folio. Par Samuel Minne

Si un inconnu vous aborde est, à ce jour, l’unique recueil de nouvelles de Laura Kasischke, paru aux USA en 2013. Les éditions lilloises Page à Page, après Mariées rebelles (son premier recueil de poèmes, 2016), publient toute cette part réputée moins commerciale de l’univers d’un écrivain dont le public français, qui l’adore, n’avait qu’une vue partielle, n’ayant accès qu’à ses neuf romans. C’était une hérésie :

Rencontres Diacritik/Atout Livre, 20 avril 2017

La troisième rencontre Diacritik/Atout Livre a réuni, jeudi dernier, Romaric Vinet-Kammerer et Julia Deck autour de la figure de Cookie Mueller dont les éditions Finitude viennent de publier Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir. La soirée était animée par David Rey. Diacritik vous propose de la revivre, via une captation sonore des échanges.

Pour sa troisième édition, le jeudi 20 avril à 19 h 30, la librairie Atout Livres et Diacritik vous proposent une soirée autour de Cookie Mueller, en compagnie de Romaric Vinet-Kammerer, traducteur de Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir qui vient de paraître aux éditions Finitude. La rencontre sera animée par Julia Deck, romancière.

Jérôme Orsoni

Pierre Parlant évoquait hier le nouveau livre de Jérôme Orsini, Le Feu est la flamme du feu, venant clore un triptyque commencé avec Des monstres littéraires (2015) et complété avec Pedro Mayr (2016), tous publiés dans la collection « un endroit où aller » des éditions Actes Sud.
Entretien avec Jérôme Orsini.

Jérôme Orsoni © Action Parallèle

Étrange et beau, curieusement assertorique, le titre intrigue. D’entrée de jeu, comme s’il fallait affranchir le lecteur toujours déjà pressé d’activer sa logique portative, et l’inviter ainsi à accueillir sans prévention ce qui arrive, il déclare possible que cause et effet se retrouvent fondus dans le même creuset. Mais ce n’est pas tout, car ce qu’il dit en le disant — en un pli poétique — esquisse aussi ce qu’il posera ultérieurement en vertu d’une maxime dont on mesurera, chemin faisant, l’efficace : « il ne faut ni sentir, ni penser, ni vivre — et encore moins écrire — en écrivain ». S’il doit donc y avoir une quelconque souveraineté, ce ne sera pas celle de l’auteur. Autrement dit, pour bien jouer — ou jouer mieux —, surtout en matière d’écriture, il ne faudra pas cesser de déjouer. Bref, en lisant un livre qui déclare se méfier à ce point de ses propres démons, on aura plus d’une fois l’occasion de se demander si, finalement, il n’est pas hanté par un autre que lui.

La cause animale a envahi nos vies. Les mots veganisme, flexitarisme, spécisme et antispécisme sont entrés dans le vocabulaire courant. Des magazines ont été créés (Slowly Veggie, Esprit Veggie, etc.). Les vidéos de PETA et L214 ouvrent nos yeux sur les conditions d’élevage et abattage. Il n’est jusqu’aux rayons de librairies qui sont investis par des essais, fictions, bandes dessinées remettant en cause nos idées reçues, nos habitudes alimentaires et la place des « animaux-machines » dans nos cultures comme dans nos assiettes… L’homme est-il nécessairement carnivore ? Faut-il manger les animaux ? Comme l’énonce le titre du dernier livre de Martin Page, les animaux ne sont pas (forcément) comestibles.
Diacritik consacre une série d’articles à une tendance qui est tout sauf un phénomène mais la mise en lumière d’une chaîne alimentaire totalement folle comme, plus largement encore, une interrogation philosophique, éthique et pratique, et sur un plan plus strictement littéraire, la contestation d’une hiérarchie des formes comme des espèces.

Annie Saumont
Annie Saumont

On donnera toujours de l’écriture à ceux qui n’en ont pas. On donnera toujours de l’écriture à ceux qui ne sont pas en mesure de l’écrire et de prendre la parole. On écrira toujours pour ceux qui peinent à se faire entendre parce que d’écoute ils ne reçoivent jamais. On n’écrira jamais autrement et jamais pour autre chose.
Tels seraient les quelques mots qui pourraient donner la mesure du projet d’écriture d’Annie Saumont qui vient de nous quitter, juste hier, elle dont l’œuvre ne vibre que de ce projet d’écriture, lapidaire et résolument politique, qu’elle poursuivait depuis bientôt un demi-siècle, avec assurance et obstination, elle qui est entrée dans la quête de cette écriture qui donne l’écriture, de cette parole qui, dans le langage, donne enfin les mots, de cette écriture qui parle enfin les mots, leur ouvre la parole et fraye dans la langue : Annie Saumont écrira donc toujours pour ceux qui n’écrivent pas, ceux qui sont condamnés à demeurer silence là où pourtant ils parlent, à demeurer inaudibles, là où pourtant on ne cesse de parler, là où pourtant on ne cesse pas d’écrire.

Quand les pylônes auront des feuilles

Pendant plusieurs années, Hélène Viala-Daniel a écrit, consigné, noté, sérié, inscrit dans le marbre blanc et électronique d’Internet la somme des ses obsessions, de ses aspirations, de ses colères et de ses joies, au gré d’une inspiration sans cesse en éveil. De ses voyages numériques sur la toile, elle a tiré un livre, ni recueil, ni journal, mais plus sûrement un palimpseste qui porte les traces des versions antérieures et laisse transparaître le bonheur de l’auteure de quitter l’écriture sur le web pour affronter la réalité du livre.