La cause animale a envahi nos vies. Les mots veganisme, flexitarisme, spécisme et antispécisme sont entrés dans le vocabulaire courant. Des magazines ont été créés (Slowly Veggie, Esprit Veggie, etc.). Les vidéos de PETA et L214 ouvrent nos yeux sur les conditions d’élevage et abattage. Il n’est jusqu’aux rayons de librairies qui sont investis par des essais, fictions, bandes dessinées remettant en cause nos idées reçues, nos habitudes alimentaires et la place des « animaux-machines » dans nos cultures comme dans nos assiettes… L’homme est-il nécessairement carnivore ? Faut-il manger les animaux ? Comme l’énonce le titre du dernier livre de Martin Page, les animaux ne sont pas (forcément) comestibles.
Diacritik consacre une série d’articles à une tendance qui est tout sauf un phénomène mais la mise en lumière d’une chaîne alimentaire totalement folle comme, plus largement encore, une interrogation philosophique, éthique et pratique, et sur un plan plus strictement littéraire, la contestation d’une hiérarchie des formes comme des espèces.

Annie Saumont
Annie Saumont

On donnera toujours de l’écriture à ceux qui n’en ont pas. On donnera toujours de l’écriture à ceux qui ne sont pas en mesure de l’écrire et de prendre la parole. On écrira toujours pour ceux qui peinent à se faire entendre parce que d’écoute ils ne reçoivent jamais. On n’écrira jamais autrement et jamais pour autre chose.
Tels seraient les quelques mots qui pourraient donner la mesure du projet d’écriture d’Annie Saumont qui vient de nous quitter, juste hier, elle dont l’œuvre ne vibre que de ce projet d’écriture, lapidaire et résolument politique, qu’elle poursuivait depuis bientôt un demi-siècle, avec assurance et obstination, elle qui est entrée dans la quête de cette écriture qui donne l’écriture, de cette parole qui, dans le langage, donne enfin les mots, de cette écriture qui parle enfin les mots, leur ouvre la parole et fraye dans la langue : Annie Saumont écrira donc toujours pour ceux qui n’écrivent pas, ceux qui sont condamnés à demeurer silence là où pourtant ils parlent, à demeurer inaudibles, là où pourtant on ne cesse de parler, là où pourtant on ne cesse pas d’écrire.

Quand les pylônes auront des feuilles

Pendant plusieurs années, Hélène Viala-Daniel a écrit, consigné, noté, sérié, inscrit dans le marbre blanc et électronique d’Internet la somme des ses obsessions, de ses aspirations, de ses colères et de ses joies, au gré d’une inspiration sans cesse en éveil. De ses voyages numériques sur la toile, elle a tiré un livre, ni recueil, ni journal, mais plus sûrement un palimpseste qui porte les traces des versions antérieures et laisse transparaître le bonheur de l’auteure de quitter l’écriture sur le web pour affronter la réalité du livre.

Russell Banks Ch. Marcandier, 2012
Russell Banks (Ch. Marcandier, 2012)

En 2015, les éditions Actes Sud publiaient Un membre permanent de la famille de Russell Banks, dans une traduction de Pierre Furlon, un recueil de nouvelles à maints égards singulier dans l’œuvre du grand écrivain américain : d’abord parce qu’il signe le retour de Russell Banks à une forme laissée de côté depuis L’Ange sur le toit (2001) mais aussi parce que les textes qui composent ce recueil ne sont pas la collection hasardeuse et de circonstance de nouvelles écrites au fil du temps sans lien thématique ou esthétique, mais des nouvelles composées, en l’espace de quelques mois, pour construire un ensemble structuré et uni, d’une extrême cohérence. Lors de notre entretien, le 27 mai dernier, Russell Banks nous confie avoir même pensé qu’Un membre permanent de la famille pourrait être lu comme un roman, de la première à la dernière nouvelle, dans une linéarité et une continuité.

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Frédérique Clémençon est écrivain. Elle a d’abord publié deux romans aux éditions de Minuit — Une saleté, 1998 et Colonie, 2003 — puis Traques (2009) et Les Petits (2010) aux éditions de l’Olivier. Son dernier roman, L’Hiver dans la bouche, vient de paraître chez Flammarion.
La voici de A comme Artaud (et d’ailleurs Antonin) à Z comme Zamiatine.

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Rencontre avec Michael Cunningham dans un des petits salons mis à disposition de la presse à Livre Paris, le 20 mars dernier : l’écrivain américain, après six romans, un Pulitzer et un Pen-Faulkner Award, surprend en publiant un recueil de contes, Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d’enfants et puisEt puis le pire arrive, mais aussi la littérature qui, toujours, s’articule sur l’adversatif.

NB canapéNina Bouraoui, romancière française vivante, née à Rennes en 1967. 14 romans, 1 pièce de théâtre, une dizaine de nouvelles et textes courts dans diverses anthologies et pas mal de paroles de chansons.

Connue et reconnue, Nina Bouraoui, citoyenne d’un « pays de mots », appartient à cette catégorie d’écrivains qui se réinventent, repoussent les limites et les contours de leur écriture avec une évidence surprenante. En 25 ans de publications, elle passe d’une plume presque gothique au roman social en faisant un détour par l’autobiographie romancée placée sous le signe de la recherche identitaire, sans jamais se départir de thématiques fortes, signatures ancrées dès ses premiers écrits.

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Mark Safranko : Écrivain américain vivant, né à Trenton en 1950. Auteur de 8 romans, une douzaine de pièces de théâtre et plusieurs dizaines de nouvelles. Également chanteur-compositeur.

Il fait partie, comme Woody Allen, de ces artistes américains qui rencontrent plus de succès et d’estime dans notre pays de râleurs que dans leur patrie d’origine. Figure phare de la maison 13e Note, Mark Safranko appartient au mouvement néo-beat, aux côtés de Dan Fante ou Tony O’Neill, flirtant parfois avec l’off-noir et le polar. Plus encore, Mark Safranko est un outsider, un vrai : un écrivain sans concessions et sincère.