Indubitablement, depuis une poignée d’années, Possession immédiate s’est imposée parmi les revues littéraires et plastiques comme l’une des plus créatives et riches de sa génération. Emmené par John Jefferson Selve, ce nouveau numéro ne déroge pas à la règle en se plaçant d’emblée sous un mot d’ordre rayonnant et vif : « Seule la joie retourne ».

Le titre du livre d’Anne-Lise Broyer, Journal de l’œil, est une référence à Georges Bataille et à son Histoire de l’œil. Pourtant, il ne s’agit pas de la référence d’un écrivain à un autre écrivain. Anne-Lise Broyer est photographe et la référence à l’œuvre de Bataille est d’abord, ici, l’indice d’un écart, d’une séparation entre une œuvre de langage et une œuvre du visible, entre l’écriture et l’image photographique.

Deux ans après son film Va toto ! qui dépeignait le tendre attachement que sa voisine Madeleine développait pour un marcassin sauvé des chasseurs, Pierre Creton continue avec Le bel été de creuser le sillon – à l’instar de son activité d’ouvrier agricole – d’un cinéma authentique, comme un temps et un lieu de refuge, à l’abri de la bêtise, de la brutalité, de l’accélération dictée par le capitalisme.

Le premier plan est un arbre sec qui crépite, lutte contre le vent, vieux corps voûté, se laisse traverser, souffler, patient. Un corps qui attend la mort et son témoin qui filme, qui n’attend pas mais cherche dedans la patience. Patience du plan qui se tient à bonne distance du corps presque mort – et puis après le contraire : perte de la distance, image qui veut toucher, qui touche, qui mange, regard de bête, d’enfant qui veut manger le paysage, lui rentrer dedans comme on retournerait dans le corps d’une mère – pour y finir peut-être.