Capture d’écran France 2

Qu’il s’agisse d’une invective politicienne propre à faire se pâmer les militants de la France Insoumise ou d’une stratégie concertée et mûrement réfléchie de la part de l’ex-candidat à l’élection présidentielle, l’expression « parti médiatique » employée à tort et à travers par Jean-Luc Mélenchon ou Sophia Chikirou pose douloureusement la question du populisme érigé en pièce maîtresse de la com’ pol’, voire en ligne de conduite sinon idéologique, du moins et assez paradoxalement très médiatique…

Avant qu’une certaine intelligentsia ne me tombe sur le râble comme les chasseur de lapins déciment impunément les lagomorphes à grands coups de 12 durant la saison officielle de la tuerie de masse de faisans, perdreaux de l’année et autres gibiers gambadant et bramant de conserve, je tiens à préciser que le vœu du titre de cette chronique à tiroirs écrite en ce premier jour de l’année 2018 est bien évidemment tiré du Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis de Pierre Desproges, à la page 68 de l’édition poche de 1985. C’est vous dire si ma misanthropie ne date pas d’hier.

Manifestation contre l’islamophobie, le 14 mars 2015 à Paris

Revenant sur une actualité nourrie depuis de nombreuses années par de faux débats sur les présumés musulmans, Nedjib Sidi Moussa offre dans La Figure du Musulman une vigoureuse et éclairante réflexion sur le rôle des politiques dans la propagation d’une fièvre identitaire confusionniste et apeurée. Soulignant l’opportunisme ou l’aveuglement de certains courants réactionnaires, Nedjib Sidi Moussa met en lumière l’action des racistes, des antiracistes et des entrepreneurs communautaires dans le remplacement de l’« Arabe » par le « Musulman », de l’ouvrier par le délinquant radicalisé. Mais que faut-il précisément entendre par cette figure du Musulman ? Ne s’agit-il pas d’une figure sciemment utilisée par certains pour détruire la classe ouvrière ? Et comment expliquer cette complaisance de « la gauche de la gauche » pour les thèses confuses et peu rigoureuses des Indigènes de la République et de leur figure de proue, Houria Bouteldja ? Autant de questions que Diacritik a voulu poser, le temps d’un grand entretien, à Nedjib Sidi Moussa, auteur de l’un des essais les plus remarquables de ces dernières années.

« Pourquoi des poètes en temps de détresse ? » s’interrogeait en 1992 Jacques Rancière en reprenant la célèbre formule d’Hölderlin quand, à l’instar du poète romantique et devant une époque troublée d’hommes et désertée d’idées, le philosophe ouvrait l’action poétique à la tâche alors inouïe : celle de voir le présent qui ne se donne pas, redonner au temps sa puissance à être temps, trouver dans le présent ce qui s’imprésente, et ainsi dire de quelle étoffe se tisse le temps lui-même. Sans doute une telle question qui appelle à un nouveau partage du sensible par où le politique procède de l’esthétique et inversement ne peut-elle manquer de revenir à l’esprit à la lecture du bref mais indispensable En quel temps vivons-nous ? que Rancière vient de faire paraître à La Fabrique.

Voter Macron. L’injonction, de plus en plus répétée à mesure qu’approchait le second tour, reprenait une rhétorique éprouvée depuis près de 40 ans, celle d’un vote « utile », sur-légitimé lors de la dernière élection par l’opposition au Front National. A tout ceux qui se sentaient à l’opposé politique de ce que représente le candidat, aujourd’hui élu, de « En Marche », on a opposé la nécessité de refuser le parti de Marine Le Pen et la régression démocratique qu’il promettait.

Hier soir, lors du débat télévisé de l’entre-deux tours, Le Pen a été mauvaise – très mauvaise, épouvantablement mauvaise. Cela n’a été une nouvelle pour personne : nous le savions déjà tous. Menteuse, imprécise, réfugiée derrière des dossiers de couleurs (conseillée par l’accessoiriste d’Hélène et les garçons ou de Vivement Lundi !), Le Pen a prouvé une fois de plus combien elle répondait d’une France du fantasme et de la tautologie.

Pier Paolo Pasolini

Un jour, il y a des années maintenant, j’ai lu une phrase stupéfiante. Cette phrase figurait dans un livre de philosophie. À l’époque, encore lycéen, je n’étais pas sûr de toujours bien saisir ce qui était écrit dans ce genre d’ouvrages. Mais lire était en soi un événement. Je sentais que quelque chose s’accordait à mon être en le désaccordant du monde que par ailleurs il subissait. Je lisais pour m’alléger. Je lisais comme on dévale une pente.

Je m’aperçois aujourd’hui que mon acte de lecture ressemblait, en son ordre, à celui de Mouchette, cette gamine au destin bouleversant filmée par Bresson.

En 2020, l’universitaire Julian West a publié un essai devenu un best-seller, Zones de divergence, constat et prédiction de « la descente vertigineuse du monde dans le chaos », initiant un nouveau domaine de recherche, la géo-paléontologie.
« Tout le monde aime les histoires qui font peur », poursuit Julian West vingt-cinq ans plus tard, alors qu’un « « événement climatique extrême » connu sous le nom d’ouragan Donald » a balayé les États-Unis.
2050, un cauchemar s’il en fut jamais ?
La sidérante dystopie de John Feffer, mise en perspective de notre présent depuis un double avenir, donne à faire peur comme à réfléchir à l’avenir que nous voulons construire, qu’il soit environnemental ou politique, si tant est que l’on puisse différencier les deux.