Edito : Chronique d’un fascisme annoncé

Hier soir, lors du débat télévisé de l’entre-deux tours, Le Pen a été mauvaise – très mauvaise, épouvantablement mauvaise. Cela n’a été une nouvelle pour personne : nous le savions déjà tous. Menteuse, imprécise, réfugiée derrière des dossiers de couleurs (conseillée par l’accessoiriste d’Hélène et les garçons ou de Vivement Lundi !), Le Pen a prouvé une fois de plus combien elle répondait d’une France du fantasme et de la tautologie.

Sa politique n’a pas besoin de chiffres, de mesures, de méthode : elle ne consiste qu’à énoncer des pléonasmes : La France est la France qui est la France aux Français qui sont les Français sont chez eux qui sont chez moi. Ce n’est plus de la politique, c’est de la dittologie (tenir tout pour synonyme et équivalent). A partir de là, il n’y avait aucune préparation à avoir puisqu’elle-même est elle-même. A partir de là, le débat a démontré ce qu’on savait déjà mais dont tous s’étonne : elle n’est pas mauvaise, elle est fasciste. Elle est agressive, parasite le langage et n’a aucune connaissance des dossiers.

Ce débat a prouvé qu’en dépit de cette prestation lamentable, elle ne perdra, à parier, aucune voix. Le Pen est une marque dans le paysage politique français : elle n’a rien à dire mais paradoxalement elle occupe une place folle dans le champ politique français actuel – une des possibles raisons est la nullité éditorialiste, notamment les commentaires d’après-débat sur BFM TV où on apprend que « Marine » (sic) a été bonne sur l’euro ou sur le terrorisme. Un tel niveau de non-analyse (superbement incarné par les deux personnages comme pétrifiés dans une mise en scène de Raoul Ruiz) ne peut être qu’inquiétant. À ce titre, même si on ne pense pas de bien en général de Macron, il a au moins su rester digne et servir une réplique qui met en abyme et en exergue le spectacle, juste comme un tour réflexif : « Restez à la télévision, moi je veux présider ce pays » : c’est la seule réplique de ce triste pugilat.

L’unique nouveauté de ce débat aurait été de le doubler avec en médaillon et en langage des signes un film de Bruce Lee – tout aurait été plus clair. Rien n’a ainsi eu lieu hier soir que le fascisme dans la triste banalité de sa hargne et de son ignorance. Ne nous réveillons pas lundi matin dans un mauvais remake de Rendez-vous en terre inconnue de Frédéric Lopez : nous avons la chance pour certains de pouvoir être vivre à peu près correctement socialement et économiquement, et surtout démocratiquement : tout le monde n’a pas cette chance hélas.