Jean-Paul Goux
Jean-Paul Goux © Olivier Roller

De livre en livre, Jean-Paul Goux n’aura cessé de mener une réflexion, inquiète et obstinée, sur les manières d’habiter. Les personnages de l’écrivain sont en permanence à la recherche d’un lieu, ou plutôt d’un séjour, qui les mette aux prises avec le réel, les réconcilie avec le monde, leur donne la conscience infaillible d’être vivant : un lieu qui allie simplicité et naturel, en s’ouvrant nettement aux rythmes de la nature et à la scansion du temps. Les lieux, chez le romancier, sont toujours des observatoires ou des sismographes, qui ne mettent pas à l’abri d’une enclave, mais permettent de sentir ou d’éprouver avec une acuité plus grande les soubresauts du réel. Ces séjours privilégiés, fragiles, sont en permanence menacés, voués à la ruine, menacés par les bulldozer ou les méfaits d’un urbanisme incontrôlé : le désir d’un lieu et l’angoisse de le perdre, c’est dans ce battement-là que s’élabore l’œuvre du romancier depuis Les Jardins de Morgante.

Odyssèas Elỳtis
Odyssèas Elỳtis

À vous qui, comme moi, avant d’avoir assisté à la belle rencontre pensée et animée par la poète Marielle Anselmo à la Maison de la poésie de Paris, n’aviez jamais sérieusement lu Odyssèas Elỳtis (1911-1996 ; Prix Nobel de Poésie 1979), le poète de la résistance grecque et de la lutte pour la liberté, armé seulement de son lyrisme fougueux et de ses rêves de lumière, et qui considérait « la poésie comme une source d’innocence emplie de forces révolutionnaires » (Athènes, 27 mars 1972), je propose d’entrer dans son univers à la fois par le biais de la profonde voix de contralto de la chanteuse Angélique Ionatos, et des ouvrages Le Soleil sait (Cheyne éditeur, 2015, édition bilingue, choix et traduction d’Angélique Ionatos) et L’Espace de l’Égée (L’échoppe, 2015, traduction de Malamati Soufarapis). Je n’en suis toujours pas revenue.

© Thomas Eakins
© Thomas Eakins

En ouverture, musicale puisque la mention suit quelques notes de Schubert, du roman d’Emmanuel Régniez, une phrase qui vaut entrée dans une altérité : « C’est à 11h03, le samedi 2 avril que l’on a sonné à la porte de Notre Château.

C’était extraordinaire. Cela n’arrive jamais. On ne sonne pas chez nous. On ne sonne jamais à la porte de Notre Château ».

Performance de l’Encyclopédie de la parole
Performance de l’Encyclopédie de la parole

Première station : Une chorale s’installe sur scène et la parole commence à jouer. Modulée par la gestuelle d’un chef d’orchestre installé parmi le public, la parole fait entendre sa pulsation. Les voix se croisent, se superposent, se multiplient. Indistinctes, elles offrent les possibilités du dire de plusieurs singularités qui prennent un sens dans le collectif, comme à vouloir souligner la force de ce souffle, sa mobilité, sa diversité, sa vivacité et en même temps la précarité de l’un face au multiple. Ce mouvement se propage dans La Maison de la Poésie, s’élève, retentit dans le public, devient murmure, se tait.

Lionel Ruffel poursuit depuis dix ans une réflexion dense sur la notion de contemporain. La parution de Brouhaha chez Verdier en est une étape importante et Johan Faerber en a retracé quelques jalons dans plusieurs articles ces derniers jours (Mettre un terme, Français encore un effort pour être contemporains et De quoi le contemporain est-il le nom ?). Deux soirées, aujourd’hui et demain, à la Maison de la Poésie et à l’espace Khiasma, viendront poursuivre la réflexion, la mettre en perspective et en voix. En voici le programme.

Capture d’écran 2016-02-18 à 07.38.00

Du 11 au 22 novembre se déroulera la sixième édition du festival littéraire Paris en toutes Lettres. L’originalité de ce festival est son travail sur une hybridation des genres littéraires comme des formes artistiques et un écho entre la ville de Paris, sa géographie et la vie littéraire. Le festival essaime dans toute la ville, investissant des lieux du livre (La Maison de la poésie, des musées, théâtre, bibliothèques) comme d’autres plus inattendus (les tours de Notre-Dame).