« A l’intérieur de chaque rêve il y a d’autres rêves fantomatiques, là où la lune se lève, Terre blême comme un fantôme sans nerfs, sans géométrie, sans chair autre que l’air. A l’intérieur de chaque rêve un fantôme est présent, vivant et mort. »

Théorie des MultiRêves est un livre de rêves loin du récit de rêve, loin de la théorie et de l’interprétation du rêve, loin de la narration et de ses constellations fixes. Que reste-t-il dans ce vide, dans cette obscurité du cosmos qui nous est seule laissée pour évoluer dans un espace privé de repères ? Une écriture – une écriture de visions et d’images oniriques comme autant d’étoiles errantes et aberrantes, de comètes aveugles venant déployer un espace inconnu, multiforme, autour d’elles, et cet espace soudain créé, insaisissable, est l’espace mutant, littéraire, des « multirêves ». Objets imaginaires, ces « multirêves » traversent la notion jumelle de « multivers » avec des rayons invisibles et nous amènent dans un ailleurs instable. Ce livre n’est pas obscur, n’est pas tourné vers la noirceur parce que la vraie vie serait ailleurs, dans les rêves, mais plutôt parce que les vrais rêves sont ailleurs que dans la vie. Pas dans nos rêves mais dans un ailleurs aussi inatteignable que le sont les autres univers. Nous n’avons ici ni une théorie ni une narration mais ce point extrême où la théorie et l’imaginaire se rejoignent en une écriture.

 

Quentin Leclerc (DR)

La ville fond est un récit déroutant. On a envie de s’aventurer à dire de La ville fond qu’il est comme un livre de déroutes. Dans un langage d’une clarté vite inquiétante, on y suit l’échec répété d’un homme âgé et veuf, Bram, tentant de quitter le village pour rejoindre la ville. Et ce encore et encore. Cela seulement : Bram, le chauffeur, le village, les policiers, le bus, la forêt et la tentative répétée d’atteindre la ville. Encore et encore. Sans succès. La quête unique de rejoindre la ville, sans cesse empêchée, est sans cesse recommencée. C’est comme la mise en échec du livre de Cormac McCarthy, La Route, et du post-apocalyptique qui ronge cependant le texte tel un feu sourd depuis ce titre mystérieux : La ville fond.

Traum © Dorothée Smith
Traum © Dorothée Smith

L’exposition de Dorothée Smith à la galerie Les Filles du calvaire, à Paris, (jusqu’au 27 février), qui comporte deux volets, TRAUM et Spectrographies, est traversée par le thème des fantômes. On avait laissé Smith, né-e en 1985, avec la série Löyly, présentée aux Rencontres d’Arles en 2012, qui comportait un aspect bio-documentaire, et qui n’était pas sans évoquer Nan Goldin. On la retrouve armé-e d’une caméra thermique et proposant une fiction multidisciplinaire et fragmentaire. Entretien avec Dorothée Smith, par Charlotte Redler et Isabelle Zribi.