Le titre renvoie à la deuxième Épître aux Corinthiens : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles ». La citation choisie par Nathan Trantraal contraste avec le contenu des textes : ce qu’elle affirme est contredit par la réalité, le livre étant structuré par cette contradiction entre un discours et un autre, entre la promesse et la réalité sociale, politique, culturelle, économique.

Il pourrait s’agir d’un livre d’Euclide mais il est signé Marie de Quatrebarbes. Ça pourrait être un livre d’un physicien-philosophe de l’Antiquité, mais c’est un livre de poésie. Ce serait un livre de grammaire autant qu’une poétique, une écriture autant qu’un rapport au monde – un nouveau monde, un monde nouveau dans ce monde.

La mère est la mère et une poule, autre chose qu’elle-même. Toute chose est autre chose, est et n’est pas. Chez Hélène Cixous, « Être ou ne pas être » serait moins une alternative, une disjonction exclusive, qu’une affirmation, l’expression d’une synthèse disjonctive, celle-ci impliquant un mouvement incessant de connexions, de relations instables, d’agencements impossibles.

Hélène Cixous pond un livre-œuf renversant, renversé, un livre qui est déjà une poule, une confrérie de gallinacés auprès desquels Ève la mère, le bien-aimé, Jacques Derrida, l’Algérie, reviennent. Onze œufs volant en toute liberté nous attendent, onze textes qui emportent la littérature dans une vitesse visionnaire.

Dans La Grande Conspiration Affective, il s’agit de dire et il s’agit de faire. Si, pour Romain Noël, s’imposent une nouvelle façon de penser, une nouvelle façon de vivre et de dire, il est nécessaire de faire du livre qui dit cette nouveauté l’effectuation de cette nécessité, autrement celui-ci ne serait qu’un ensemble de propositions et d’intentions à l’intérieur d’un monde laissé intact, dont la représentation demeurerait inchangée.

Vient de sortir, dans l’étonnante « petite maison d’édition » marseillaise Fidel Anthelme X, dirigée par la poétesse Frédérique Guetat-Liviani, Un poète d’Ukraine, de Pavlo Grigorievitch Tytchina, traduit de l’ukrainien en russe par Sergueï Zavialov et du russe en français par Yvan Mignot. Ce livre, qu’on pourrait qualifier de circonstance, sonne dans le temps de la mémoire du poème comme un tocsin… Cette conversation avec Yvan Mignot, grand traducteur de Khlebnikov et de Harms, éclaire ce livre qui devrait circuler comme un brulot.

Le dernier ouvrage du philosophe Paul B. Preciado, Dysphoria mundi, est un essai fascinant et complexe, à la fois théorique et littéraire, qui interroge les différentes formes de transformations sociales, environnementales, philosophiques, corporelles et discursives propres à notre époque.
Ce projet monstrueux d’écriture non-binaire, au cœur de l’approche de l’auteur, lui permet d’appréhender l’intersectionnalité des luttes contemporaines à la lumière d’une nouvelle épistémologie queer.