Le 2 avril 2025, la librairie Les mots à la bouche reçoit Antoine Idier pour son dernier livre : Réprimer et réparer, une histoire effacée de l’homosexualité. Je dois animer la rencontre. Je récupère mes services de presse deux semaines plus tôt directement à la librairie. Jimmy, le libraire, me dit en riant : alors, on vient chercher son courrier ? Je repars avec une grosse enveloppe que je ne décachète pas avant le lendemain.

Je ne sais pas si les fleurs repousseront à Gaza ni si Gaza aura son Paul Celan un jour, dans dix ou vingt ans, pour rendre compte de sa destruction. Dans dix ou vingt ans, si Gaza existe encore. Mais elle a son anthologie aujourd’hui, des poèmes, des poètes, certains très jeunes, nés à l’aube des années 2000.

« Qui peut encore, aujourd’hui, rencontrer des gens capables de raconter quelque chose avec rectitude ? » La question inquiète de Walter Benjamin, à une époque où « l’expérience a subi une chute de valeur », se pose encore lorsqu’il s’agit de définir la nature de celle proprement poétique, en particulier à l’heure où l’économie tout entière, sinon celle du livre, semble tenter d’en dévaluer la portée.