Il y a quelques semaines, Olivier Martinelli m’a contacté sur Facebook. Il voulait m’envoyer son livre, même si je ne suis pas journaliste littéraire, même si je n’écris pas sur les livres et qu’aujourd’hui je fais une exception.
On peut aussi avoir envie d’envoyer des livres à ses amis, à des gens que l’on a connu ou qui comptent pour nous. Je n’ai jamais rencontré Olivier mais nous avons publié la même année un livre chez Christophe Lucquin, qui était éditeur à l’époque, en 2018. J’avais fait Le Pays d’où l’on ne revient jamais et Olivier, L’Homme de miel. Il racontait dans ce livre son myélome, le cancer du sang qui le frappe. Et d’autres choses aussi bien sûr. Mais le surgissement de la maladie dans sa vie avait créé ce livre. Je l’avais lu, je crois, à l’époque, comme d’autres livres, j’avais apprécié la voix de l’auteur, et j’avais partagé, le lisant, le destin qu’il évoquait.

Sept ans plus tard, Olivier a écrit La Vie dévorée (je cherche l’ouvrage dans ma bibliothèque pour en parler, je tombe sur La Vie matérielle, de Duras, il y a tant de livres où la vie est dans le titre). Sept ans plus tard, Olivier Martinelli est revenu nous parler, nous dire le myélome et la vie d’après. Dévorée, forcément, la vie, mais vivante, sur-vivante, résistante, résiliente, présente. Une vie au présent. Je ne sais pas pourquoi Olivier a voulu écrire la suite de L’Homme de miel, peut-être que sept ans après, la nécessité est venue de recommencer – comme il y a L’Amant et puis L’Amant de la Chine du nord. Une reprise, raconter la vie qui continue, le temps de rémission, qui a bien duré sept ans.
J’avais lu, donc, à l’époque, L’Homme de miel. Et je le relis aujourd’hui. Car La Vie dévorée est en fait une version augmentée de L’Homme de miel. Toute la première partie est identique au livre de 2018, je ne pense pas qu’Olivier ait effectué des corrections. Je relis donc L’Homme de miel.
Je crois qu’en 2018, je n’avais pas mesuré le cataclysme qui frappe Olivier. Cette fois, les mots me touchent de plein fouet. Olivier apprend qu’il est malade au détour d’analyses, d’une fatigue passagère. C’est comme un coup de poignard, un coup de hache, la vie dévorée, fragile, commence là. Il était en bonne santé et l’instant d’après, c’est très grave. Il y a cette image rémanente. Je sais qu’Olivier est quelqu’un de fort, de serein, marié, deux enfants, prof de maths à Sète, quelqu’un d’équilibré, j’imagine. Mais il encaisse. Soudain, il est bouleversé. Et nous avec.
Le jour du diagnostic, il rentre chez lui en voiture. Il n’y voit plus. C’est comme si la pluie avait envahi la voiture. Olivier enclenche les essuie-glaces. « C’est pas moi qui pleure, c’est mes yeux », dit Ugolin chez Pagnol. Il vient de tout perdre. « Il ne pleuvait que de mes yeux », écrit Martinelli.
Ce fracas, ce tonnerre qui frappe une vie, qui éclate, explose dans le début du livre, nous accompagne tout au long de la lecture. Tout n’est ensuite que résistance, combat, vie avec, vie quand même.
Olivier a cette élégance de dire les choses, il n’esquive rien, n’escamote rien, précise les examens, les ponctions, les greffes, les opérations, les rééducations. Et le désir d’écrire qui l’accompagne toujours. Olivier est musicien. Sa prose a la ligne claire, le son jazzy, précis et tranquille. Une vie fluide et liquide qui continue malgré la maladie. Son épreuve nous inspire, nous touche. Quelle force pour affronter cela.
« La vie est parfaite », écrit Martinelli à la fin du livre.
Olivier Martinelli, La vie dévorée, éditions Kubik, 2024, 198 pages, 15€.