Guylian Dai : Errances vers un nouveau jour (Souvenirs de la maison de l’aube)

Dawn, Mornington, Foula© Mike Pennington/WikiCommons

C’est sous le signe de la tristesse que se place ce court roman, sous l’égide d’une exergue de Dante.

On y retrouve Ilhan Jung, le personnage fétiche de Guylian Dai, déjà au centre de L’Être relatif (Morrigane, 2017), et dont on ne peut s’empêcher de lire dans le nom une quasi-anagramme de celui de l’auteur.

Le titre peut sembler trompeur : il rappelle la première traduction d’un roman majeur de Dostoïevski, Souvenirs de la maison des morts, qui se traduit plus littéralement par Carnets de la maison morte. Or, nous sommes loin du bagne russe et des longs récits avec Souvenirs de la maison de l’aube, qui emprunte à la beauté du titre ancien pour mieux lui adjoindre les promesses prêtées au point du jour.

Ilhan Jung est arrivé à un point de rupture, il est au bord de quelque chose, sans savoir vraiment quoi. Son travail lui semble insupportable, tout devient incertain et en même temps ouvert, rempli de possibilités. Son supérieur qui feint de le traiter en collègue, ou son collègue qui le traite en patron condescendant, a pour nom Leutorc, un patronyme si étrange qu’on y trouve vite l’anagramme de clôture, tant le personnage marque un monde fermé et immuable sous ses airs faussement ouverts.

Jung trouve réconfort et humanité en Auguste, comme le clown triste et pourtant drôle, un sans domicile fixe croisé à la supérette, l’exemple même d’un être authentique et libéré des faux-semblants, même si sa perception est largement fantasmée par Jung, comme le trahissent les rêveries qu’il fait autour de ce personnage apparu à point nommé en un moment de crise personnelle.

Une fille de bientôt vingt-neuf ans est l’un des seuls points d’ancrage du personnage, qui lui donne une raison de vivre et le force à garder un peu les pieds sur terre.

Suivre les errances et les pensées décousues d’Ilhan n’est pas désagréable, et si le roman est court, son fil reste le plus souvent imprévisible, fidèle à l’état de désorientation du personnage principal. C’est surtout pour son écriture que vaut Souvenirs de la maison de l’aube : à la fois rêveuse et recherchée, non exempte parfois de maniérisme – c’est le tribut de l’originalité, une prose qui rappelle qu’on ne peut plus écrire de la même façon après René Char, Nathalie Sarraute et les auteurs de Minuit.

Bref et rêveur, en compagnie d’un être en crise, ce roman de Guylian Dai n’est pas un livre qui suit les codes et les recettes, il s’adresse plutôt aux lecteurs en rupture de ban et en recherche d’une certaine parenté d’âme. Souhaitons qu’il les trouve.

Guylian Dai, Souvenirs de la maison de l’aube, éditions Fables fertiles, mars 2025, 100 pages, 15€.