Luke en rêvait, à la toute fin de La belle vie, « la ville pourrait servir de décor à une future rencontre avec Corrine ». Ce roman potentiel, déjà amorcé dans une nouvelle de Moi tout craché, Jay McInerney l’a enfin offert à ses lecteurs avec Les Jours enfuis, qui paraît aujourd’hui en poche, chez Points, dans une traduction de Marc Amfreville.
Editions Points
Depuis Les choses, prix Renaudot 1965, on doit à Georges Perec dix-sept ans de production littéraire brillante et extrêmement originale, jusqu’à sa mort, en 1982. Cette magnifique originalité a connu son apogée en 1969 avec la publication, entre autres, du célèbre roman La disparition, puis, en 1971, des Revenentes. Cependant les amis et admirateurs de Perec ont permis une certaine continuité, puisque nombre de ses ouvrages ont été l’objet d’une publication posthume. Ainsi en 2012 parut Le condotierre, dont le manuscrit avait été égaré par Perec en 1966. De la même manière fut imprimée, en 1991, et rééditée en 2003, une véritable perle encore trop méconnue, Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, par le biais de la fidélité en amitié de Marcel Bénabou, professeur émérite d’histoire romaine à l’Université Paris VII, et, surtout, comme il se définit lui-même « secrétaire provisoirement définitif » de l’OuLiPo.
« Ça aide, parfois, de me rappeler que tout le monde n’est pas comme moi. Tout le monde ne note pas des choses dans un calepin qu’il transcrit ensuite dans son journal intime. Encore moins nombreux sont ceux qui prendront ce journal, feront un peu de nettoyage, et le liront en public ».
Tout le monde n’est pas comme David Sedaris, c’est certain.
En épigraphe de Contrecoup, Rachel Cusk avait placé un extrait de L’Orestie, Eschyle soulignant l’unité de la conscience et de la douleur : « il n’y a pas d’intelligence vraie sans souffrance ».
Ils sont jeunes et sublimement beaux, « elle était blonde et osseuse dans son bikini vert, bien qu’on fut en mai dans le Maine et qu’il fît froid. Il était grand, vif ; une lumière l’animait, qui attirait le regard, le capturait. Ils s’appelaient Lotto et Mathilde ».
Jean-Marie Blas de Roblès nous surprend avec chacun de ses livres. On savait qu’il avait enseigné au Brésil, qu’il avait séjourné en Chine, entamé des fouilles d’archéologie en Libye, et qu’il était un grand adepte de la plongée sous-marine.
La littérature du réel a le vent en poupe, comme la narrative non-fiction, en témoigne la parution en poche aujourd’hui, chez Points, du Motel du voyeur, signé par l’un des papes américains du genre, Gay Talese, considéré comme le fondateur du Nouveau Journalisme, avec des livres comme Sinatra a un rhume ou Ton père honoreras.
Le Motel du voyeur, couronné par le Prix Sade lors de sa parution en grand format (2016) aux éditions du Sous Sol, est sans doute l’entreprise limite du genre, interrogeant l’éthique et la moralité journalistiques, au point d’avoir provoqué un scandale aux États-Unis, une forme de couronnement paradoxal pour l’auteur de 84 ans.
Que serait le monde de l’après pétrole ? Telle était la question centrale du premier roman publié par Dalibor Frioux, Brut.
L’arrêt semble le concept central de son univers romanesque jusqu’ici, en témoigne également Incident voyageurs, son deuxième livre, prenant pour prétexte un RER au point mort depuis des années : « On était tous là par hasard, fermés comme des huîtres ».
La rame du RER devenu espace (dys)topique et fictionnel ou le « coup de pompe » de la fin de l’épopée de l’or noir sont des fables sur nos destins collectifs. Un incident crée un déséquilibre, la dystopie est invitation à la réflexion, dans et par le roman.
Dans Cannibales de Régis Jauffret, tout dialogue : deux femmes d’abord, Noémie, vingt-quatre ans qui vient de quitter Geoffrey, et la mère de ce dernier, Jeanne, à laquelle Noémie écrit pour lui expliquer pour quelle raison elle a quitté son fils— « les hommes ne savent pas mâcher les ruptures et les avaler sagement comme une bouillie ».
La fictionnalisation de faits divers réels est l’une des tendances lourdes de la littérature contemporaine, française comme étrangère : ce principe de confrontation du réel et de la fiction via le crime n’est en rien nouveau, il semble cependant s’accentuer depuis quelques années comme l’illustre l’exceptionnel Sacrifice de Joyce Carol Oates qui paraît justement en poche, chez Points.
La Ballade de Rikers Island de Régis Jauffret est l’histoire de « l’archevêque de la finance mondiale » accusé de viol par une femme de chambre d’origine africaine.
« Je porte plainte ».
La Ballade de Rikers Island (Seuil, 2014, p. 310)
L’œuvre de Régis Jauffret est un puzzle et une mosaïque, Microfictions et Fragments de la vie des gens explorant les marges pour faire « rentrer toute la vie d’un homme ou d’une femme dans une goutte d’eau » — en référence à son premier livre publié, Les Gouttes (1985) — en d’« horribles voyages » dont lui-même dit ne pas toujours sortir « intact ».
Diacritik a évoqué ces livres lors de leur parution en grand format. Mais les poches font aussi leur rentrée littéraire.
Revue des sorties, par ordre alphabétique d’auteurs, 2.
Diacritik a évoqué ces livres lors de leur parution en grand format. Mais les poches font aussi leur rentrée littéraire. Revue des sorties, par ordre alphabétique d’auteurs, 1.
L’Histoire de mes dents de Valeria Luiselli, qui paraît en cette rentrée, aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Nicolas Richard, est de ces romans qui échappent à toute catégorisation. Rapporter ce livre à un genre serait le simplifier à l’extrême, résumer son histoire la réduire à peau de chagrin.