« J’aimerais pouvoir écrire ce récit à la manière des gens qui se souviennent de tout » : cette phrase, extraite d’Une année avec mon père, pourrait dire Le Chagrin d’aimer de Geneviève Brisac,, portrait diffracté, tendu, presque buté d’une mère impossible, Jacqueline, dite Hélène ou Mélini.

A Peterborough, dans l’est de l’Angleterre, un homme est en fuite dans une nuit boueuse, terrorisé par des poursuivants qui n’en sont pas à leur première exaction. Avec Les Chemins de la haine, Eva Dolan signe un premier roman policier teinté de chronique sociale brute dans une Angleterre en plein Brexit qui cherche un chemin vers son humanité.

Même si la plupart des pères sont des salauds, d’aucuns pensent – et ceci est valable autant pour la réalité que la fiction – que le seul père valable est le héros, soit une figure mi-humaine, mi-divine, robuste comme Hercule, rusée comme Thésée, monstrueuse et sacrée, pourquoi pas combattante de guerre, incarnant des idéaux, des valeurs, ou qui s’est au moins distinguée dans un domaine particulier. Stefan Zagourski est le héros principal du roman Voyou, et c’est un salaud de première.

Une ville à cœur ouvert : le titre du premier roman de Żanna Słoniowska, qui sort en poche chez Points, pourrait évoquer une opération chirurgicale si le mot « cœur » ne devait pas être entendu, ici, au sens musical et polyphonique du « chœur ». Le récit interroge en effet la perception d’un lieu, en tant que centre (identitaire, linguistique, géographique) mouvant, depuis la perception de quatre générations de femmes.

« Sauvage » donc que le dictionnaire non raisonné que propose Geneviève Brisac, un inventaire non domestiqué, énergique et subjectif, au cœur même de l’articulation du poétique et du politique, de l’intime et du collectif. Ce n’est pas même un dictionnaire puisqu’« il n’y a rien de plus sauvage, de plus libre, de plus irresponsable, de plus indomptable que les mots, disait Virginia Woolf », citée par Geneviève Brisac en prologue de son abécédaire inédit, de A comme « Abstention » à Z comme « Zouave ».

Anna Tsing l’écrit dans Le Champignon de la fin du monde, sans doute le capitalisme est-t-il, d’abord et essentiellement, le règne de la précarité. Tout lui est ressource et matière première, qu’il s’agisse des vivants (humains et non-humains) ou de la nature : « La précarité est la condition de notre temps », ce que montrait, en 2009, l’enquête de Florence Aubenas sur Le Quai de Ouistreham, récit de crise, dans toutes les acceptions de ce terme.

«Nage libre » : l’expression est utilisée pour désigner les épreuves de natation dans lesquelles, autorisés à pratiquer la nage de leur choix, les compétiteurs optent unanimement pour le crawl en raison de sa vitesse de propulsion. Un crawl encore largement nouveau à l’époque où commence à le pratiquer, dans Souvenirs de la marée basse, la mère de la narratrice – au contraire de sa fille qui, pour sa part, préfère la brasse, la brasse coulée ou l’indienne.

La jeune Ninon Moise, raconte Joy Sorman, est aujourd’hui la descendante d’une longue succession, celle des aînées d’une famille remontant au XVIe siècle et qui toutes ont été frappées d’un mal étrange et cruel, à chaque fois différent. Enfant unique, donc aînée à sa façon, et alors qu’elle prépare le bac, Ninon est atteinte du mal à son tour, sous les espèces d’une maladie de la peau que les médecins ont peine à identifier : la peau lui brûle atrocement et en particulier celle des bras. Or, aucun stimulus n’est la cause apparente de cette douleur.

« En toute simplicité et en toute impossibilité » : si l’univers d’un écrivain est tout entier contenu dans les mots qui ouvrent son premier livre, nul doute que l’œuvre de Jonathan Safran Foer doive être lue sous le signe de la disjonction, celle dont témoigne cette dédicace de Tout est illuminé (Everything is illuminated, 2002). Elle énonce un paradoxe, de ceux que les livres suivants n’auront de cesse d’explorer, comme ce troisième roman, Me voici (Here I am) qui vient de paraître en poche aux éditions Points.

Nos richesses de Kaouther Adimi n’est ni simplement le roman d’un lieu (Les vraies richesses, librairie d’Alger, 2 bis rue Hamani, ex rue Charras) ni tout à fait le récit imaginaire d’une vie (celle d’Edmond Charlot, fondateur du lieu, par ailleurs éditeur).

Du 20 au 23 septembre prochain aura lieu à Vincennes la neuvième édition du Festival America, centré sur les littératures et cultures d’Amérique du Nord, avec, pour cette année, un focus sur le Canada.
Diacritik a évoqué nombre des auteurs invités et vous propose de les (re)découvrir en amont du festival. Aujourd’hui, Jeffrey Eugenides.

Frères migrants de Patrick Chamoiseau paraît en poche, chez Points : l’occasion, pour Diacritik de republier le grand entretien de l’écrivain avec Jean-Philippe Cazier. Chamoiseau y évoque la mondialisation déshumanisante, le « Tout-Monde », la créolité, la littérature et un monde qui pourra se construire « non pas selon les modalités de la communauté, mais sur la base de solidarités multidimensionnelles, évolutives, et de fraternités imprévisibles et transversales ».

En 1994, les éditions de l’Olivier publiaient Ma mère de Richard Ford. Le texte, d’une pudeur qui n’avait d’égale que sa sobriété bouleversante, était un questionnement de la filiation, entre identité et altérité. L’hommage à la mère tout juste disparue devient diptyque avec Entre eux, traduit en France en 2017 et qui vient de paraître en poche chez Points.

Luke en rêvait, à la toute fin de La belle vie, « la ville pourrait servir de décor à une future rencontre avec Corrine ». Ce roman potentiel, déjà amorcé dans une nouvelle de Moi tout craché, Jay McInerney l’a enfin offert à ses lecteurs avec Les Jours enfuis, qui paraît aujourd’hui en poche, chez Points, dans une traduction de Marc Amfreville.