35 est la somme des cubes des deux premiers nombres premiers : 23 + 33. Je le note, sans être certain d’en tirer quoi que ce soit d’utile pour avancer dans ce travail qui occupe une bonne partie de mes journées en solitaire : en passeur, en veilleur, à l’écoute, à l’affut, ce qui peut sembler relativement absurde tant ce travail s’accomplit en dehors de toute attente (ou si discrète – même s’il y a de belles surprises). Mais ce qui compte avant tout, c’est d’entretenir un sens de l’ouverture qui permet çà et là quelques échanges vivants, même si le plus souvent esquissés en pointillés, et troués de silence : précieux viatique qui conduit le guetteur à ne pas abandonner la partie.

22 août. Relecture de Mélusine reloaded de Laure Gauthier, ouvrage d’à peine plus de cent pages qui, bien que présenté comme un « premier roman », fraie clairement entre les genres, prenant langue avec le plus ancien comme avec ce qui arrive. J’attends un peu avant d’en apporter un écho, en profitant pour ranger mes acquisitions d’été, avec en tête l’idée de déposer une note aussi brève que possible pour chaque livre. Huit semaines sans rien publier rend la reprise délicate tant on s’habitue à voir, à écouter, à lire, sans même songer à rompre le silence : laissant s’éteindre tranquillement les résonances propres à ces visions, ces écoutes, ces lectures – même si, en réalité, rien ne meurt, car, entre autres activités, le rêve réanime sans prévenir ce qui nous chuchote à l’oreille de quoi écrire trois mots ou trente-mille signes.

David Lespiau rassemble dans Journal critique près de 90 articles qui sont autant d’« essais de lecture » et qui dessinent une cartographie de la poésie contemporaine de ces vingt dernières années. Autour d’un corpus de livres où le champ poétique croise parfois les arts visuels, les chroniques rassemblées constituent un remarquable volume critique sur la poésie contemporaine de ce début de 21e siècle.

Prologue : Maladie mélodie (en souvenir de Maurice Roche). Je fais rapidement le compte des ouvrages qui ont formé la matière des “papiers” que j’ai publiés ici-même en 2021 – de la toute première Constellation d’hiver à cette huitième et dernière d’automne – et j’obtiens 155, soit un multiple de 31.

Chère Fabienne,

J’ai lu Ce qui reste de nous hier et, voyant que le livre allumait plusieurs voyants dans ma petite table de contrôle mentale, j’ai pensé à écrire une recension (c’est ce que je fais en général quand ça s’allume). Si pourtant je ne le fais pas, c’est non seulement parce que  le risque d’un soupçon de connivence et de copinage serait trop élevé, mais aussi et surtout parce qu’il serait parfaitement justifié :