Certains êtres sont victimes d’une étrange maladie : tout verse pour eux dans le spectral, les êtres deviennent fantômes, les lieux se font décor, les souvenirs basculent dans l’onirisme. Pour un peu, il me semble que les narrateurs de Didier Blonde souffrent de ce mal. Tout leur file entre les doigts et ils ne cessent d’enquêter sur des ombres en fuite. Ses récits, romans ou enquêtes, sont autant de traques pour arracher au temps des bribes de souvenirs, des fragments de réalité, des attestations ou des pièces à conviction.

Pour la 3e édition de ses rencontres, « Littérature au centre », en partenariat avec Diacritik, organise à Clermont-Ferrand tout au long de la semaine un festival autour de la littérature et du cinéma. Après avoir questionné les années précédentes la musique puis la cuisine, cette année, les rencontres LAC confrontent l’écriture et le cinéma selon les perspectives les plus variées possibles : adaptations d’œuvres littéraires au cinéma, expérience d’écrivains réalisateurs, utilisation des techniques de cinéma dans les romans, biopics d’écrivains ; usage du témoignage et de la fiction dans les deux arts…

A l’heure où certaines Cassandre proclament avec perte et fracas l’irrémédiable fin de la littérature et le conséquent décès de la critique, sans doute la littérature contemporaine n’a-t-elle jamais autant brillé depuis son champ dispersé et résolument éclaté, et la critique ne s’est-elle trouvée autant de voix neuves pour venir la cartographier depuis ses accidents répétés. Parmi elles, Laurent Demanze qui, depuis Encres Orphelines, élabore une pensée critique qui trace les chemins des ascendances empêchées et des généalogies brisées de Pierre Michon à Gérard Macé et Pierre Bergounioux mais explore également la vocation encyclopédiste de la littérature contemporaine. Ce parcours encyclomane, de Gustave Flaubert à Pierre Senges, fournit ainsi la trame de son nouvel et fort essai, Les Fictions encyclopédiques paru il y a peu, et sur lequel Diacritik a voulu revenir avec lui le temps d’un grand entretien sur la littérature contemporaine et son devenir.

Après avoir (ré)inventé Paris, Eric Kazan le (ré)arpente dans son nouveau livre, Une traversée de Paris. Il nous offre une puissante flânerie sous l’égide de Walter Benjamin dont Le Livre des passages était justement cité en exergue de L’Invention de Paris, pour rappeler que la ville n’est « homogène qu’en apparence », qu’elle est une « expérience » paradoxale de la limite et des variations puisque « la limite traverse les rues ; c’est un seuil ; on entre dans un nouveau fief en faisant un pas dans le vide, comme si on avait franchi une marche qu’on ne voyait pas ».