« Durant mes études, j’ai compris que l’histoire de l’art et la peinture étaient quasi exclusivement masculines. C’est pour exposer ce sexisme que je me suis saisie de la broderie, perçue comme relevant du domestique, donc du féminin. Mais à travers le fil et l’aiguille, c’est bien de peinture qu’il est question. Je suis peintre avant tout. »

Ghada Amer

Jusqu’au 25 février prochain, la galerie Polaris (75003) expose un ensemble de photographies de Ruddy Roye. Le photographe jamaïquain, vivant aux États-Unis, réalise ses images dans la rue, à l’occasion de rencontres. Si les personnes photographiées sont le plus souvent noires, pauvres, déclassées, il ne s’agit pourtant pas de tomber dans une sorte de misérabiliste mais de créer selon un but politique autant qu’esthétique.

Dans un (quasi)seule en scène, Ludovic Lagarde s’empare du flot d’Elfriede Jelinek, poétesse autrichienne nobelisée mais refusant d’honorer de sa récompense sa patrie diversement entachée par son histoire et son actualité politique. Autrice intransigeante, elle s’insurge dans des poèmes militants contre les figures patriarcales, qu’elles soient contemporaines, comme dans Sur la voie royale, ou archaïques (on a vu le sort fait à Orphée dans Ombre, Eurydice parle, mis en scène superbement par Katie Mitchell en 2018).  Sur la voie royale est écrit comme un brûlot le soir de la première (et dernière ?) élection de Trump à la présidence des États-Unis. Le tout puissant roi de pacotille évoqué ici à travers ses discours grossiers et ses actes violents, c’est ce président dont il n’est pas besoin de prononcer le nom pour l’identifier avec certitude.

Real life est le premier roman de l’auteur américain Brandon Taylor. Situé dans une université américaine, le livre développe une narration centrée sur les limites du langage et du sensible, la « réalité » qui apparaît ou qui est dite renvoyant à un double qui n’est pas vu ni dit, qui en tout cas ne l’est pas immédiatement, qui peut-être ne peut pas l’être.

Les éditions du Sous-Sol publient, dans leur nouvelle collection de poche, « Souterrains » le premier livre de Ted Conover, Rolling nowhere, sous le titre Au fil du rail. L’occasion pour Diacritik de republier un entretien réalisé à l’occasion de la sortie en grand format du livre. La grande figure du journalisme américain avait évoqué les quatre mois passés en 1980 avec les « hobos », la forme très particulière qu’il a donnée à ce livre (devenu culte) et de nous donner sa définition du journalisme littéraire.

Le 18 décembre 2023, La Maison de l’Amérique latine a accueilli une soirée « Coïncidences Maurice Olender » autour d’Une histoire universelle des ruines, en compagnie Alain Schnapp, auteur du livre, et de ses invités Cecilia D’Ercole, François Hartog, Krzysztof Pomian. Diacritik, partenaire de l’événement, vous en propose une captation vidéo.

Tout commence un soir d’été, au bord d’un lac, dans une ville universitaire justement « bâtie sur trois lacs », Madison, jamais nommée. Wallace hésite à rejoindre ses camarades. Il « se posta sur une terrasse en hauteur et considéra la mêlée, tentant de repérer son propre groupe de Blancs », Miller, Yngve, Cole et Vincent. Tous sont étudiants en troisième cycle de biochimie dans cette ville du Midwest, leur promo « était la première depuis plus de trente ans à inclure un Noir », Wallace. En une scène, véritable précipité, Brandon Taylor pose un cadre qui est aussi un programme romanesque, entrer dans le genre si codifié du campus novel depuis un regard excentré. Wallace est cette marge, par son origine sociale, par sa couleur de peau, par sa personnalité en retrait.

Dix ans ont passé depuis l’arrivée de True Detective sur HBO sur les écrans. Créée par Nic Pizzolatto, la série policière anthologique avait fait date dans le paysage des TV shows qui comptent. L’irruption d’un duo de flics torturés (chacun à leur manière) au service d’une loi et d’un ordre moins irréprochables avaient fait exploser le genre et déjoué les codes de la série policière traditionnelle, faite d’enquêteurs probes et sans aspérité(s), d’intrigues formatées et manichéennes.

Le 4 décembre dernier, La Maison de l’Amérique latine a accueilli une soirée « Coïncidences Maurice Olender » autour de Georges Perec. Sylvia Richardson y présentait Jeux (Seuil, 2023) et Claude Burgelin sa biographie critique Georges Perec (Gallimard, 2023). Ils étaient interrogés par Christine Marcandier qui dirige désormais « La Librairie du XXIe siècle », collection fondée par Maurice Olender en 1989, qu’il dirigea jusqu’en 2022, et qui accueille nombre de posthumes et inédits de Georges Perec. Diacritik, partenaire de l’évènement, vous propose une captation vidéo de la soirée.

Les émigrants, dernier spectacle du metteur en scène polonais Kristian Lupa fait événement par sa seule présence dans la programmation de L’Odéon en ce début d’année 2024 : le monde du théâtre en a suivi le laborieux accouchement après les tensions qui ont accompagné et interdit sa création à Genève puis en Avignon au cours de l’été.

Le dernier livre de Marie Cosnay est le troisième moment d’une série commencée en 2021 autour de la politique d’immigration européenne actuelle. Il s’agit de mettre au premier plan ce que fait cette politique productrice de mort, de négation des vies non reconnues comme valables. Il s’agit de produire un contre-discours, d’affirmer ce qui est fait politiquement mais aussi, surtout, ces vies en elles-mêmes, les espoirs, les rêves, la recherche de la vie par ces corps et ces esprits vivants.