31 kilomètres aujourd’hui : le titre, la marche du 6 Juin, « J’ai marché 31 kilomètres au milieu de l’agora aujourd’hui. » Pendant une année, d’un 31 Mai à l’autre, elle marche tous les jours, à Paris, en banlieue, plus loin. Sous ses pieds, elle sent « bouger les pierres de la ville ». Et sa marche se transforme en mots – « J’ai créé le langage avec mon corps pendant 25 kilomètres aujourd’hui. », bouge les mots, des pas, des mots, les mots de ses pas, les mots de sa marche.
Denis Seel
« Nous sortions en 1850 du lycée, en 1851, nous étions déjà des vaincus ! », écrira-t-il en 1868. Dans la longue période autoritaire et affairiste qu’est le Second Empire, il reste au journaliste Jules Vallès, au futur communard, à faire de la politique à travers ses articles, en montrant les « irréguliers de Paris », cette « nation de déclassés », l’envers de la cité apparemment prospère.
Demain, le deuxième anniversaire du jour (de la nuit, c’était une nuit) où tu es tombée, définitivement tombée. Alors je suis allé au cimetière, voir ta tombe. J’ai couché sur ta dalle rose une rose blanche en soie, trouvée dans ta chambre. Tu t’appelais Rose – tu t’appelles toujours Rose.
Dieu et Newton, leur rencontre, en cette nuit de 1727.
« Parfois Dieu se lasse de sa forme de lumière et de silence. L’éternité lui donne la nausée, son manteau tombe. Nous voyons une ombre prendre forme parmi les étoiles, la nuit vient. Dans la maison de Newton à Londres, on se prépare sans le savoir à cette visite étrange. Tard le soir, une voiture arrive en glissant dans la pluie le long de la rue où habite Newton. Elle franchit le porche de la maison de Newton et vire dans la cour obscure. »
Je me souviens avoir lu la semaine dernière Je me souviens … de la foulée de Pérec, ouvrage collectif dans lequel chaque auteur, débutant son texte par un « Je me souviens », évoque un souvenir olympique (ou plusieurs) l’ayant particulièrement marqué.
Au stade Bauer, à Saint-Ouen, une tribune porte son nom. Et ce chant des supporters du Red Star :
« Nous sommes les Red Star fans
On vient de la banlieue rouge
Et la Rino s’enflamme
Toujours pour l’Étoile rouge»
Mais qui est Rino Della Negra ? Qui était-il ?
Oui, Ocean Vuong, le temps est une mère, le temps est une Rose, le temps est ta Rose, le temps est notre Rose, merci pour tes livres à elle dédiés, à ta Rose dédiés, à ta mère, Lê Kim Hong, « appelée de l’avant », dédiés, merci pour ton bref instant de splendeur, ta lettre adressée à elle, par- delà l’absence, merci pour nous avoir appris que le temps est une mère,
On a beaucoup.
On a des cheveux, un crâne, un cerveau, un visage, des yeux (deux), des oreilles (deux), une bouche, des bras (deux), terminés par des mains (deux) et leurs doigts (dix), on a un sexe, un dos, des fesses (deux), un anus, on a des jambes (deux), terminés par des pieds (deux) et leurs doigts (dix).
L’histoire officielle : Bolivar (1783-1830), El Libertador, celui qui libéra l’Amérique latine du joug espagnol.
Et celle, occultée, de la compagne de ses huit dernières années, qui combattit dans son armée et le conseilla, l’équatorienne Manuela Saenz (1797-1856).
Et celle, totalement effacée, de Jonatas, l’amie de Manuela, qui lutta à ses côtés, l’accompagna et l’aima.
« En une heure, je fabrique trente papiers vierges. Si je dors une heure, trente personnes mourront… »
Adolfo Kaminsky est décédé le 9 janvier dernier à l’âge de 97 ans, huit décennies après ses débuts de faussaire de génie au service des victimes de toutes les persécutions.
« Or, au temps de ses couches, il y avait des jumeaux dans son sein. Pendant l’accouchement, l’un deux présenta une main que prit la sage-femme ; elle y attacha un fil écarlate en disant : « Celui-ci est sorti le premier. » Puis il rentra sa main et c’est son frère qui sortit. « Qu’est-ce qu’il t’arrivera pour la brèche que tu as faite ! » dit-elle. On l’appela du nom de Pèrèç – c’est-à-dire la Brèche. » (Genèse 38. 27-29)
De nouveau la terreur s’est abattue sur l’Ukraine.
Aulus, Pyrénées, Ariège. Terminus. Fin de l’étroite et sévère vallée. Au-delà, abrupts, le roc, la montagne. De ce terminus, Zoé Cosson va faire son point de départ, son premier roman. Elle va dessiner, magnifiquement, « le portrait rapiécé » de ce lieu, ainsi que celui « de ces corps qui peuplent les rues du village ».
L’existence des Soixante-quinze feuillets, en fait soixante-seize, était connue, mais ils n’avaient jamais été publiés, et ils sont là, sous nos yeux.