Après ces quelques mois où il s’avérait plus que problématique de s’approvisionner – en livres, côté whisky, pas de problème, le privé pouvait continuer, en chambre, ses investigations –, le temps est venu de refaire quelques virées dans les librairies afin de satisfaire notre appétit de lectures fraîches (mais n’y trouvant pas forcément ce qu’on a projeté d’acquérir – nombre de nouveautés étant souvent absentes des tables).

Que l’image d’une maison introduise au portrait d’un écrivain pourrait surprendre, sauf à se souvenir d’un des passages les plus saisissants d’un livre de Claude Ollier, Une histoire illisible, que Christian Rosset cite dès le prologue, comme pour marquer le seuil du récit qu’il s’apprête à faire : « La maison avait un corps. Elle avait des mains, des yeux. Elle avait un souffle ».

Dans les dernières années de sa vie, Roland Barthes confiait dans une splendide lettre au jeune Guibert combien il trouvait toujours miraculeux que quelqu’un pose sa main, sans prévenir, sur son épaule. Sans doute ce miracle d’attention qui mue l’amitié en un geste de l’extraordinaire est-il au cœur de ce grand et beau livre de témoin aimant que signe Christian Rosset avec Le Dissident secret : un portrait de Claude Ollier qui vient de paraître.

Mille deux cents pages de Jean-Patrick Manchette (dont cinq cents déjà rassemblées en volume en 1997 aux éditions Rivages, mais possiblement neuves pour plus d’une lectrice ou d’un lecteur) paraissent en librairie pour le vingt-cinquième anniversaire de la disparition prématurée de l’auteur du Petit Bleu de la côte Ouest :

Pierre Vinclair, né en 1982, est l’auteur de dix-sept livres (depuis 2007 et L’Armée des chenilles, un premier roman publié chez Gallimard) auxquels doivent être ajoutées un certain nombre de traductions — notamment Kojiki (Japon) en 2012 et Shijing (Chine) en 2019 au Corridor bleu. Il publie ce 4 juin chez Corti deux livres importants : La Sauvagerie, dans la collection “Biophilia” – “une épopée totale concernant l’enjeu le plus brûlant de notre époque : la crise écologique, la destruction massive des écosystèmes” ; et agir non agir, dans la collection “En lisant en écrivant” – un essai où, constatant que “la part sauvage décroit sur Terre à grande vitesse”, il s’interroge sur ce “que peut faire alors un poète en tant que poète ?”, étant donné qu’“au même titre que quiconque, le poète se sent pressé d’agir.”

Tout a commencé, du moins pour qui écrit ces lignes, par la parution fin 1972 / début 1973 des Écrits et propos sur l’art d’Henri Matisse chez Hermann – “Texte, notes et index établis par Dominique Fourcade” –, livre sidérant pour un jeune homme d’à peine 17 ans qui s’intéressait, comme beaucoup de ses contemporains, à ce qui pouvait ouvrir des perspectives nouvelles

Les éditions Le Lombard offrent aux lecteurs la possibilité de découvrir en accès gratuit Le Minimalisme, coécrit par Christian Rosset et Jochen Gerner.
Retour sur ce livre (et Éclaircies sur le terrain vague de Christian Rosset) et lien bonus, en fin d’article, vers deux autres livres de la collection « Petite bédéthèque des savoirs » en libre accès, le temps du confinement.

C’est en musicien que j’ai d’abord rencontré l’art de Benoît Jacques, ce dernier ayant eu l’idée de partir de la notation musicale (en tant que pure apparence graphique) pour inventer quelques partitions injouables, mais évocatrices d’improbables concerts. Sous-titré A note book by Benoît Jacques, Play it by ear (1989) a le don de faire hurler de rire les interprètes et les compositeurs qui le placent du côté des partitions dessinées d’Erik Satie auquel il est d’ailleurs rendu hommage.

Prologue. Quand j’étais apprenti compositeur, dans le deuxième tiers des années 1970, donc peu de temps après les événements de mai 68 où la plupart des institutions avaient été remises en question, il n’était plus question d’aller étudier au Conservatoire de Paris, même si Olivier Messiaen y avait encore sa classe (s’étant clairement positionné du côté du pouvoir que nous combattions, ce dernier avait alors perdu de son aura).

J’étais une enfant turbulente et je suis resté quelqu’un de remuant. Quand j’entre dans une maison, je vais tout de suite aux fenêtres.

Née le 24 février 1925 à Beyrouth, Etel Adnan est la “fille unique d’une famille qui a vécu la guerre et l’exil comme conséquence de la guerre.” Je me suis souvent demandé comment un système aussi fragile que le corps humain peut supporter des bouleversements aussi fréquents que ceux que le Moyen Orient arabe a connu et continue de vivre.

« Pour moi, Claire Bretécher est aussi importante que Guyotat. Ils sont nés d’ailleurs tous deux la même année » : c’est par ces mots que Christian Rosset a accompagné son hommage, tout sauf une nécrologie, des « notes » écrites en 2014 et publiées dans Éclaircies sur le terrain vague (L’Association), sur son art unique « de tenir à distance tout en touchant au plus près ».