Prévue au départ du 21 novembre 2020 au 16 janvier 2021 et repoussée pour cause de “deuxième confinement”, la sixième exposition personnelle de Pierre Mabille à la Galerie Jean Fournier se tiendra finalement du 16 janvier au 13 mars 2021. Sous le titre Variété, elle présentera divers aspects du travail du peintre né en 1958 à Amiens : des peintures récentes, comme toujours construites par la couleur ; ainsi que des dessins au lavis “renouant avec la figuration de ses débuts dans les années 1980, et avec les motifs de ses poèmes”.

Une petite constellation à l’articulation de deux années improbables : elle concerne des auteurs – deux écrivains et un compositeur essayiste – dont j’ai découvert le travail peu avant d’avoir vingt ans. Les ayant rencontrés dans la foulée, j’ai suivi leur parcours, avec la chance de pouvoir échanger régulièrement avec eux. On n’en a jamais fini avec qui vous a ouvert des pistes ; on n’en a jamais fini de frayer en belle compagnie.

J’ai l’habitude, depuis un peu plus de vingt ans, d’entrer dans les livres de Philippe Beck, je ne dirais pas “avec une certaine facilité” (car ce ne sont pas des lectures “faciles”), mais disons comme on se retrouve en terrain familier, dans un lieu où, sans avoir ses habitudes, on se sent plutôt bien, même si, à la lecture, nous glissons parfois de quelque chose qui échappe à une autre qui éclaire (le plaisir vient peut-être en partie de cette oscillation).

1. Dans un entretien réalisé par Anne Malaprade et Jérôme Mauche pour le Cahier Critique de Poésie 32 (cipM, 2016), Jean Frémon (né en 1946) retrace son parcours d’écrivain d’abord accueilli au Seuil par Jean Cayrol dans l’immédiat après-68, puis par Bruno Roy à Fata Morgana en 1972, avant que ses livres les plus ambitieux (ceux qui présentent un certain volume) ne soient confiés à son compagnon d’études et ami, Paul Otchakovsky-Laurens, à partir de 1976 : “Je vivais dans l’illusion gratifiante que j’étais un écrivain, alors que je n’avais publié que des sottises [ses premiers romans avec lesquels il a rapidement pris distance]. Au moins ai-je toujours su que ce ne serait jamais mon métier et qu’il m’en fallait un. Mes études terminées, j’ai été embauché par l’intermédiaire de Bernard Noël chez Jean-Jacques Pauvert que j’ai quitté à la demande de Jacques Dupin pour rejoindre la Galerie Maeght.”

Samuel Beckett disait d’Emmanuel Bove qu’il avait le sens du détail touchant. Il me semble qu’on pourrait reprendre cette remarque au sujet de Peter Handke, et pas seulement parce que ce dernier a traduit en allemand plusieurs textes de l’auteur de Mes amis. Encore faudrait-il préciser que “touchant” n’est pas à prendre selon l’acception sentimentale du mot, mais de la manière la plus matérialiste qui soit. Cela nous touche comme une main amie peut concrètement nous toucher, par surprise : on le sent physiquement, comme on le ressent émotionnellement.

1.Il y a ce qui n’est pas un paradoxe : l’art de se montrer “classe” à partir de choses, de personnages, de situations qui ne le sont pas. Juste revanche sur ce qui ne cesse de proliférer un peu partout et nous pourrit l’existence : ces choses qui prétendent être porteuses d’une certaine distinction et qui, en réalité, sont d’une vulgarité sans nom. Retournement bienvenu ! Peut-être qu’au fond, seuls les “déclassés” ont encore la classe en ce monde où les fausses élégances ne manquent pas d’arbitres emperruqués pour en faire l’éloge.

Les journées en Arlequin est le titre d’un livre de Jean Daive que les éditions Nous viennent de faire paraître – je ne dis pas : “le dernier”, car d’autres, déjà imprimés ou en voie de l’être, attendent notre lecture (s’il s’avère possible de mettre la main dessus avant publication de ce “papier”, j’en rendrai compte ici-même, sinon ce sera pour plus tard, chaque nouvel opus de l’auteur de Décimale blanche, d’Objet bougé ou de Pas encore une image incitant à reprendre un échange jamais interrompu).

Avant de commencer la lecture des deux volumineux volumes rassemblant les cent-vingt nouvelles de Philip K. Dick, je dois préciser que je ne suis pas particulièrement amateur de science-fiction, n’ayant commencé à en lire que tardivement (en 1985, au moment où Antoine Volodine commençait à publier ses premiers livres dans la collection “Présences du futur”), et m’étant limité à quelques auteurs, Dick et Jim Ballard essentiellement, auxquels il faut ajouter, mais plus épisodiquement, deux-trois singuliers comme Robert Sheckley.

À bien des égards, Claude Ollier occupe une place unique dans l’univers restreint de la critique cinématographique. D’abord en raison de son statut d’écrivain impliqué dans une réflexion plus générale, et non de simple journaliste ou de spécialiste patenté ; ensuite pour la relative brièveté de sa carrière dans ce domaine (une dizaine d’années tout au plus) ; par l’importance enfin de la période durant laquelle elle s’est exercée, de la fin des années 1950 jusqu’en 1968, c’est-à-dire à un moment crucial aussi bien pour la littérature que pour le cinéma, marqué par l’émergence du nouveau roman puis de la nouvelle vague : période de bouleversements, d’inventions, de remises en cause, cherchant d’autres manières de concevoir la narration et de l’inscrire à la surface des pages ou sur le blanc des écrans (comme le soulignent du reste nombre de ses interventions).

1.

Il y a trois ans, à l’occasion de la parution de Grands lieux d’Hélène Gaudy, je découvrais cette collection de livres publiés dans le cadre de résidences d’auteurs du côté du lac de Grand-Lieu, au sud-ouest de Nantes – toujours en Loire Atlantique, mais non loin de la Vendée.