À bien des égards, Claude Ollier occupe une place unique dans l’univers restreint de la critique cinématographique. D’abord en raison de son statut d’écrivain impliqué dans une réflexion plus générale, et non de simple journaliste ou de spécialiste patenté ; ensuite pour la relative brièveté de sa carrière dans ce domaine (une dizaine d’années tout au plus) ; par l’importance enfin de la période durant laquelle elle s’est exercée, de la fin des années 1950 jusqu’en 1968, c’est-à-dire à un moment crucial aussi bien pour la littérature que pour le cinéma, marqué par l’émergence du nouveau roman puis de la nouvelle vague : période de bouleversements, d’inventions, de remises en cause, cherchant d’autres manières de concevoir la narration et de l’inscrire à la surface des pages ou sur le blanc des écrans (comme le soulignent du reste nombre de ses interventions).

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Il y a trois ans, à l’occasion de la parution de Grands lieux d’Hélène Gaudy, je découvrais cette collection de livres publiés dans le cadre de résidences d’auteurs du côté du lac de Grand-Lieu, au sud-ouest de Nantes – toujours en Loire Atlantique, mais non loin de la Vendée.

Reprise des chroniques en forme de constellation…Tant de choses à lire, puis à commenter s’il nous reste du temps, de ce temps que nous préférons le plus souvent employer à la lecture, car là au moins nous avançons. Même s’il nous arrive d’emprunter de fausses pistes, et d’ainsi nous égarer, le soir nous n’en sommes pas au même point qu’au réveil. Tandis que, quand nous écrivons, ne serait-ce que quelques notes de lecture, nous prenons plus souvent la gomme que le crayon… En ces derniers jours d’un été plus chaud que de coutume (l’automne arrive et il fait 35° en région parisienne), quelques essais de voies – dans l’ordre : bande dessinée, cinéma, poésie.

C’est la lecture d’Après la littérature de Johan Faerber qui m’a donné envie, avec beaucoup de retard (il arrive qu’on soit en avance, mais le plus souvent on est en retard – être à l’heure n’étant pas dans nos préoccupations), de me procurer les romans de Laurent Mauvignier, considérés tout d’abord avec méfiance, sans savoir pourquoi, peut-être simplement par bêtise, parce qu’il reste quelque part dans la tête de qui fut jeune et passionné lecteur du Nouveau Roman l’idée que la période glorieuse des Éditions de Minuit est achevée depuis longtemps…

La peinture me regarde, copieux et passionnant montage d’Écrits sur l’art (1974-2019) de Christian Prigent, s’ouvre par une section de six textes, pour la plupart assez récents, intitulée Vive le désarroi ! C’est ce qui s’appelle bien commencer.

Depuis sa récente mort Claude Ollier n’a cessé de s’imposer comme l’un des écrivains clefs du 20e siècle. S’il a pu être l’un des initiateurs du « Nouveau Roman » avant de le quitter, il s’est aussi imposé comme un remarquable critique cinématographique, ayant essentiellement œuvré aux Cahiers du Cinéma, et depuis apprécié des cinéphiles pour ses chroniques rassemblées dans dans Souvenirs écran. C’est afin d’éclairer cette part critique que Christian Rosset a choisi de réunir dans Ce soir à Marienbad ses chroniques cinématographiques non encore rassemblées en volume, et l’ensemble est, sans surprise, remarquable, vif, brillant : un événement dans la critique cinématographique. Diacritik ne pouvait manquer de rencontrer Christian Rosset, auteur du remarquable Le Dissident secret : un portrait de Claude Ollier au sujet de Claude Ollier, critique de cinéma.

Après ces quelques mois où il s’avérait plus que problématique de s’approvisionner – en livres, côté whisky, pas de problème, le privé pouvait continuer, en chambre, ses investigations –, le temps est venu de refaire quelques virées dans les librairies afin de satisfaire notre appétit de lectures fraîches (mais n’y trouvant pas forcément ce qu’on a projeté d’acquérir – nombre de nouveautés étant souvent absentes des tables).

Que l’image d’une maison introduise au portrait d’un écrivain pourrait surprendre, sauf à se souvenir d’un des passages les plus saisissants d’un livre de Claude Ollier, Une histoire illisible, que Christian Rosset cite dès le prologue, comme pour marquer le seuil du récit qu’il s’apprête à faire : « La maison avait un corps. Elle avait des mains, des yeux. Elle avait un souffle ».

Dans les dernières années de sa vie, Roland Barthes confiait dans une splendide lettre au jeune Guibert combien il trouvait toujours miraculeux que quelqu’un pose sa main, sans prévenir, sur son épaule. Sans doute ce miracle d’attention qui mue l’amitié en un geste de l’extraordinaire est-il au cœur de ce grand et beau livre de témoin aimant que signe Christian Rosset avec Le Dissident secret : un portrait de Claude Ollier qui vient de paraître.

Mille deux cents pages de Jean-Patrick Manchette (dont cinq cents déjà rassemblées en volume en 1997 aux éditions Rivages, mais possiblement neuves pour plus d’une lectrice ou d’un lecteur) paraissent en librairie pour le vingt-cinquième anniversaire de la disparition prématurée de l’auteur du Petit Bleu de la côte Ouest :