Caroline Lamarche

De Caroline Lamarche, nous avions aimé Le Jour du chien, L’Ours, La Chienne de Naha, tous relevant au ras de leurs titres du registre animalier.
Voici que sort à présent de la même fabrique romanesque « un grand cerf » venu d’une comptine de l’enfance, que jadis nous avons chantée et mimée. Mais que nous disent ces références à un bestiaire pas seulement imaginaire ?

Jean Ray
C’est la fin des années 1990. Une page n’est pas encore tournée, et il y a des chances qu’elle ne le soit toujours pas. Pour l’heure, cela n’a pas vraiment d’importance, et d’ailleurs je n’y pense pas. Le siècle agonisant, le millénaire essoufflé, le monde en bout de course ne m’atteignent pas. Pas de lendemain auquel penser, pas d’avenir dont je dois me soucier, à peine une conscience obscure du présent dont je ne vois pas bien l’utilité, si ce n’est celle de permettre au passé de ressusciter infiniment. Ma vie est en noir et blanc et mes rêves en technicolor. J’ignore le numérique et je n’ai pas d’ordinateur. Je n’en aurai pas avant longtemps. Je traverse la ville en pur étranger. J’arpente des allers et venues d’un autre temps.

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Dans la mouvance de #NuitDebout et de #BanlieueDebout, une libraire d’Achères dans les Yvelines lance #LibrairieDebout.

Mélanie Le Saux-Glaymann, la patronne de la librairie Neverland, librairie de l’imaginaire, s’associe en effet au mouvement et invite ses clients à venir discuter, débattre ou, comme elle le précise sur le blog de la librairie, « tout simplement se réunir pour parler ensemble de notre avenir commun. »

Henri Michaux
Henri Michaux

Au décès du merveilleux Michaux, le bon poète Jean-Pierre Verheggen titrait dans un journal belge : « HENRI MICHAUX MON NAMOUR ». De fait, Michaux était de Namur, donc Wallon et Belge. Mais une fois installé à Paris, il ne voulut plus entendre parler de ses origines. Il ne se considérait en rien comme un écrivain de Belgique tout en gardant des relations avec Hellens ou avec de Boschère. Et déjà, somme toute, il disait NON à tous ceux qui le lisaient — sans doute avec plaisir ou passion — mais tentaient de s’approprier de quelque façon sa personne, son œuvre, son image.
Ainsi, au long de sa vie, Henri Michaux a beaucoup dit NON.

No Home Movie, plan d’ouverture
No Home Movie, plan d’ouverture

Le premier plan qui surgit à l’écran est traversé du désert de vivre. Il y a un arbre au bord gauche du cadre, secoué d’un vent qui paraît souffler sans trêve. Il y a, dans un paysage de désert, des pierres sèches et nues, jaunes de soleil, une étendue rocailleuse qui dira l’abandon le plus nu. Il y a toujours ce vent, qui hurle sa douleur à tout balayer dans le micro. Car c’est bel et bien le premier plan du film : un plan de l’il-y-a, qui veut exister, qui insiste sur sa propre existence, un plan long, qui s’étend démesurément comme pour paradoxalement rester encore un peu, s’attarder dès le début pourtant. C’est un plan fixe de désert, et c’est l’ouverture du très beau, violent et radicalement terrible No home movie de Chantal Akerman.

Paul Magnette
Paul Magnette

Si proche et si lointain aujourd’hui, Pier Paolo Pasolini. De toute façon présent à nos mémoires en raison de sa vie mouvementée, de son œuvre multiforme, de ses liens avec la crème des lettres italiennes (Moravia, Calvino, Fortini, Sciascia), de sa fin tragique d’homosexuel assassiné il y a 40 ans. Il est donc heureux que Paul Magnette ait choisi de revenir à cette figure considérable et déchirée dans une jolie plaquette qui met en regard l’auteur de poèmes et le penseur politique, quitte à laisser de côté une production cinématographique flamboyante.

Eugène et les églantines © Hervé Guibert
Eugène et les églantines © Hervé Guibert

« Tout ici semble écrit dans le langage d’un vent de dégel », s’exclamait impétueusement Nietzsche dans sa préface au Gai Savoir en une formule qui pourrait servir de préambule et de guide idéal à la lecture de Fraudeur et À la cyprine d’Eugène Savitzkaya.

Eugène Savitzkaya qui vient d’être couronné, mardi 1er décembre, par le prix Rossel, 2015, pour Fraudeur.

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Voici un livre étonnant que publient à Liège les éditions Fourre-Tout : il est fait de 500 feuillets encollés les uns aux autres et réunit les archives d’un projet de transformation en musée d’art moderne et contemporain du vieil Arsenal de Maubeuge. C’est là qu’au terme de diverses péripéties devait naître un Centre Pompidou Mobile — bien moins coûteux que le Pompidou de Metz. Mais ce projet, écrit Emmanuel Caille, rédacteur en chef de la revue d’A qui rapporte les faits en introduction au volume, a été emporté avec pertes et fracas par l’élection qui remplaça en mars 2014 un maire socialiste par un maire UMP-UDI.

 

globe-terrestre

Et si dans un grand élan de générosité teinté d’une once d’exhaustivité toute relative on vous parlait pêle-mêle de la Belgique, de Rome, de l’Afrique, de l’Amérique et de la France ? Un tour du monde en quatre-vingts feuillets en somme (c’est une expression, on ne fera pas de détour par la baie, pas encore, pas déjà, pas le temps).