Deuxans après L’héritage de Jason Mac Lane et le voile (enfin) levé sur les origines du plus célèbre amnésique de la bande dessinée, XIII revient pour une  nouvelle aventure toujours aussi sérielle avec un scénario signé Yves Sente et Iouri Jigounov au dessin. Un nouvel album qui ne se contente pas de puiser dans le patrimoine du héros mais l’ancre résolument dans le présent de la fiction autant qu’il annonce le futur du feuilleton treizien.

The Gypsy Faerie Queen s’ouvre sur quelques notes fragiles, au piano d’abord, auquel s’adjoint l’esquisse d’une mélodie très simple au violon. Cette ouverture semble nostalgique, étrangement belle – une possibilité naissante, une existence nouvelle qui se décide à être. Ou le retour d’un souvenir lointain comme une voix d’enfant. La musique a été composée par Nick Cave, le texte est écrit par Marianne Faithfull.

Avant de revenir parler de La Magicienne, quatrième opus de la série de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, Les Vieux Fourneaux, retour sur le précédent épisode d’un triptyque commencé avec Ceux qui restent et Bonnie et Pierrot. Dans Celui qui part, Mimile, Pierrot et Antoine, les trois pépés fringants montraient d’une manière jubilatoire comment malgré leur âge canonique ils n’avaient pas pris une ride…

Voilà bientôt une année, comme par surprise à soi, que Prince nous a quittés, jour pour jour. Ce sinistre premier anniversaire est marqué par la sortie d’un EP inédit, Deliverance, sans doute écrit et interprété entre 2006-2008, période féconde pour celui qui se faisait appeler The Artist mais aussi par une somme de biographies dont on retiendra, lumineuse, érudite et généreuse, celle d’Alexis Tain, Prince : Le Cygne Noir à la Découverte.
Car on le sait désormais depuis un an, comme une rumeur folle, comme une évidence indépassable : Prince n’aura vécu que 8 ans.

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Ça n’a pas beaucoup de sens d’écrire sur Damien Saez. L’exégèse savante serait ridicule, le déchiffrement poétique inutile, la relance politique impossible, la paraphrase précieuse vulgaire.
Que faire alors ? Poser quelques jalons pour ne dire qu’une chose : écoutons-le, lui, le poète anarchiste qui travaille le réel aux mots et invente le monde aux sons. Ecoutons-le dans ses à-corps incarnés.

« Les arbres sont. Dans le ciel et contre lui. Épandus, écartelés en dentelles savantes. La terre les porte, ils dessinent sur elle, sur sa peau ancienne, des signes, des architectures ; la terre les nourrit, ils puisent et fouillent en elle, enfoncés ; ensuite ils sont dans le ciel et contre lui se tendent. Ils s’affolent parfois, quand l’orage d’été les prend, quand les pluies froides de novembre hachent les dernières feuilles cuivrées.

On ne présente plus XIII, qui dispute au Jason Bourne de Robert Ludlum le titre de plus célèbre amnésique fictionnel. L’Héritage de Jason Mac Lane qui paraît aujourd’hui est le 24ème tome d’une saga au long cours initiée en 1984 avec Le Jour du soleil noir et qui au fil des ans s’est transformée en « long seller », devenant une série culte et faisant entrer le personnage au panthéon des personnages des plus célèbres romans d’aventures, tels Edmond Dantès ou Michel Strogoff.

Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, la dessinatrice Catherine Meurisse a été touchée dans son âme tandis que Charb, Tignous, Cabu, Wolinski, Mustapha et Honoré l’étaient dans leur chair. L’horreur l’a plongée dans un état d’abattement, de deuil, jusqu’à la dissociation. Un état qu’elle raconte dans un album qui tient à la fois du témoignage et de la quête, du manifeste et de l’hommage.

Depuis 1980, Prince n’a cessé de s’inventer depuis sa mort, depuis ce qu’il a pressenti être son irrémédiable disparition à chacun, depuis ce moment où, sans que l’on sache quand, dans une scène primitive, noire et dérobée, il aura su sans doute voir combien sa musique devait procéder avec méthode d’une Apocalypse d’outre mesure et d’outre temps.

Prince en 1980
Prince en 1980

Sans doute Prince pourra-t-il demeurer dans les mémoires chacune pour avoir été le premier musicien né après la musique. Sans doute, comprend-t-il, un soir d’avril 1980 alors qu’il vient achever quelques dates de sa première tournée, dans un temps décidément où il ne parvient pas encore à naître à lui-même en dépit de déjà deux albums où sa voix tente de forer le lisse de toute chanson, sans doute saisit-il ainsi au volant d’une voiture dont le souvenir est inconnu de nous que toute chanson est finie.