Le principe de Terrain vague est de guetter les apparitions – et de surveiller certains retours. Il n’est pas si fréquent d’y consigner des disparitions. On aurait aimé faire exception pour Jerome Rothenberg (New York, 11 décembre 1931 – Encenitas, Californie, 21 avril 2024), mais les mots ne sont pas venus et, comme il est hors de question de tomber dans le piège de la nécrologie préfabriquée (comme dans ces articles en grande partie écrits bien avant l’annonce du décès de la personne sur laquelle on s’étend longuement), on a préféré attendre un peu.

Comment concevoir le monde à l’heure de la mondialisation de l’immonde, de la postvérité et de l’injustice climatique ? C’est à partir de cette question générale que Valentin Husson, dans Les cosmologies brisées, réfléchit à ce que pourrait être un rapport au monde aujourd’hui et à la place qui serait celle de l’écologie. Entretien avec Valentin Husson par Alexandre Gilbert.

En matière d’arrachement de l’homme à lui-même, il y a le surréalisme et rien. Georges Bataille est clair au sujet de l’importance de l’avant-garde artistique majeure du XXème siècle lorsqu’il écrit cette phrase à la mi-temps du mouvement en 1948. Annie Le Brun, qui offre cette citation dans une nouvelle édition augmentée de Qui vive. Considérations actuelles sur l’inactualité du surréalisme, paru originellement en 1991, en sait quelque chose en tant que figure de cette constellation d’œuvres et de formes.

De plus en plus d’artistes travaillent avec du « vivant ». Le contexte écologique y incite. La naissance du bio art dans les années 1980 en avait amorcé le mouvement avec, par exemple, l’encodage d’un dessin dans l’ADN d’une cellule par Joe Davis (Microvenus, 1986). Aujourd’hui, la connaissance a évolué, les sensibilités ont changé et les dimensions éthiques, environnementales et sanitaires résonnent d’une toute autre force. Elles réactivent sous un jour nouveau la question : tout est-il permis aux artistes ?

Et si l’un des genres majeurs pour penser les liens du réel et de sa mise en récit était la biographie ? Non l’autofiction qui déplace le curseur vers la réinterprétation imaginaire d’une existence attestée, mais bien la biographie. Elle a longtemps été méprisée après des décennies d’œuvre rabattue sur la vie de son auteur puis condamnée par le textualisme faisant fi de tout lien entre l’homme et l’œuvre.

Ella Balaert, originaire d’Avranches, est romancière, nouvelliste, dramaturge, poète. Elle a publié une vingtaine de livres, plusieurs fois honorés par des prix, notamment le prix Boccace 2021 pour son dernier recueil de nouvelles, Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces (Des femmes-Antoinette Fouque, 2020). Normalienne agrégée, elle a exercé différents métiers avant de se consacrer entièrement à la littérature au sein des ateliers qu’elle anime et des associations d’auteurs et autrices (administratrice de la SGDL). Elle vient de publier De plume et d’ailes aux Éditions Des femmes-Antoinette Fouque.

En novembre 2023, les éditions Burn~Août publiaient, sous la direction de Vincent Romagny, Politiser l’enfance. Cet impressionnant recueil, dont le titre est inspiré des travaux de Tal Piterbraut-Merx, réunit des textes classiques ou inédits qui dénaturalisent la catégorie d’enfance pour la considérer comme une construction politique.

Dans Le feu extérieur, les « personnages » sont des paradoxes, les catalyseurs d’événements étranges. Il en va de même des lieux, des choses, des discours. Le récit est le déploiement de ces paradoxes du corps, de la pensée, du monde – une sorte d’envers de la logique commune pour la création d’un monde inédit ou de recréation de ce monde, le « nôtre », tel que nous ne l’avons encore, peut-être, ni perçu ni pensé.

Le rire de la Méduse a traversé bien des décennies avant de nous parvenir, franchi le col du XXIème siècle, erré dans des régions inconnues avant de nous revenir en 2024, près de cinquante ans après son apparition. Initialement paru en 1975 dans le numéro 61 de la revue L’Arc consacré à Simone de Beauvoir et la lutte des femmes, le texte-manifeste d’Hélène Cixous a déraciné le confort de la pensée féministe, décoiffé la figure de Simone de Beauvoir, livré une pensée radicalement neuve de l’écriture-corps féminine.