Le cinéphile porte en lui une malédiction : il est condamné à ne jamais être cru. On va lui demander son avis, pour surtout ne jamais le respecter. On vous demande qu’y-a-t-il-à-voir-au-cinéma-en-ce-moment, et on sait que c’est foutu parce que la plupart du temps, on n’apporte pas la bonne réponse. Par exemple, si au milieu du mois d’août on me demande ce qu’il faut voir, je vais répondre : Une femme douce. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que l’on se méfie de vous. « Et ça raconte quoi ? » Et là, vous savez que la partie est perdue.

« Je n’écris pas seulement par besoin de montrer ou de dire, affirmait Claude Simon, mais par besoin de faire. Le romancier est également un ingénieur. Cela suppose qu’il réfléchisse à ce qu’il fait, travaille à cette « fabrique du continu » en quoi consiste la prose romanesque, s’adosse aussi à une histoire des formes, et dépose sur sa table, quand il écrit, tous les romans qui le grandissent et l’encouragent. Le roman d’aujourd’hui doit sentir le roman d’avant-hier et le roman d’hier.

Hanif Kureishi est un romancier des corps, de la sexualité, un anatomiste du couple et des relations amoureuses, du désir — « l’anarchiste originel, le premier agent secret » (Intimité) — son dernier roman L’Air de rien (The Nothing), à paraître le 28 septembre prochain aux éditions Bourgois, le prouve une nouvelle fois.

Sur France 2 était diffusé ce printemps – et cela ne manquera pas de l’être ces jours-ci au programme des rediffusions au rythme du désœuvrement de l’été – un mini et ridicule reportage signé Loïc Prigent (« La Brigade du Stup’ » dans Stupéfiant !, mars 2017) sur Marguerite Duras qui utilisait tous les poncifs réactionnaires sur cet auteur majeur du XXe siècle.

Le fait divers est image : il l’est parce que l’histoire de la presse le lie à l’iconographie, des toiles peintes accompagnant les feuilles occasionnelles aux images télévisées, en passant par les gravures des canards, les illustrations dans les journaux de la seconde moitié du XIXè siècle, les photographies en noir et blanc puis en couleur dans Détective ; parce que les procès sont croqués par des dessinateurs ; parce que des avis de recherche diffusent la photographie d’un suspect, que la police use de fiches anthropométriques, que l’enquête comme l’identification reposent sur l’image.