No(s) confidence(s) – 17/24

Tu veux retourner à la noce ? Me demande mon infirmière improvisée.

 


– Vous en avez vraiment envie ? Un clown amateur a déjà tué l’ambiance en jouant les patineurs mondains et j’ai cru comprendre qu’il n’y a plus rien à boire… C’est dommage d’ailleurs, j’aurais bien goûté un verre d’armagnac vieux.

Je me rends compte que je poursuis un vouvoiement déplacé alors qu’elle me tutoie depuis le début de la conversation. Nous restons quelques instants silencieux à nous regarder. Il est deux heures du matin. Sous la lumière diffuse d’une lampe de chevet en raphia turquoise, les ombres de nos silhouettes semblent se rejoindre sur le mur. Pour un peu, on croirait qu’elles s’embrassent. Ce que je m’empresse de dire à haute voix.

Nathalie me répond qu’elle avait remarqué ce fait également. Mais qu’elle aurait trouvé ridicule de le mentionner.

Silence.

Repensant à la sacrosainte règle édictée par la famille de la mariée, je demande à Nathalie si elle est venue seule. Elle est venue seule. Elle est une amie d’Alice. Elle est même son témoin.

– Vous êtes une amie d’Alice ? Alice ? La fille déguisée en meringue qui se pavane au bras de mon ami Paul ?
– Tu sais que se cacher derrière l’ironie est un signe de manque de confiance en soi ?

Je me tais. Je ne veux pas répondre à cette attaque (qui n’en est peut-être pas une) et qui, sans être un fait établi ou une vérité universelle, s’applique assez bien à ma personne. Elle n’a pas tort. Nathalie sait qu’elle a raison. En guise de réponse, je souris. Elle me dit que mon sourire est joli. Je lui réponds que le sien n’est pas mal non plus.

– Tu connais Paul depuis longtemps ?
– Nous étions ensemble à la fac. Nous nous sommes un peu perdus de vue. Quand il m’a appelé pour me dire qu’il se mariait et que j’étais invité, j’étais plutôt content. Pour lui. Paul est mon ami.
– Tu connais Alice alors ? Ils se sont rencontrés à la fac.
– C’est même grâce à moi qu’ils se sont connus, mais elle ne m’a jamais vraiment aimé je crois. Elle ne supportait pas que je débauche son copain. Elle me le faisait bien sentir d’ailleurs. On s’est souvent échangé des amabilités. Les miennes étaient plutôt drôles, je pense, les siennes se voulaient tout sauf sympathiques.
– Elle m’a parlé de toi un jour. Elle voulait même nous présenter.
– Ça me surprend venant d’elle. J’ai toujours pensé qu’elle ne m’aimait pas beaucoup…
– Ça n’a rien à voir et tu ne te trompais pas. Elle te détestait.
– Pourquoi vouloir nous présenter alors ?
– Je ne sais pas. Peut-être parce qu’elle pensait que je pouvais craquer pour un mec dans ton genre… Mais je n’ai pas eu l’occasion de vérifier. Mon école me proposait de partir étudier aux Etats-Unis. Je suis restée là-bas pendant trois ans. Je suis rentrée hier. Pour le mariage d’Alice et Paul.
– C’est ton jour de chance alors ?

Nathalie s’est penchée vers moi.

– On se tutoie maintenant ?

Comme nos ombres avant nous, nous nous sommes embrassés. Nous nous sommes mariés six mois plus tard.

(A suivre)