« La mémoire est une affaire de surfaces colorées, fugitives, conservées imparfaitement dans un cerveau périssable » : cette phrase pourrait, imparfaitement, illustrer le propos de Paysage perdu de Joyce Carol Oates qui paraît en poche chez Points, dans une traduction de Claude Seban.

Comment écrire, après Toni Morisson ou Edward P. Jones, la violence inhérente à l’Histoire américaine ? Laird Hunt est de ces auteurs qui prennent le monde pour territoire fictionnel, tant leurs racines vont puiser dans différentes cultures et imaginaires et refusent les frontières héritées, construites et réductrices.

« Becky observe les gens, contemple la rue, entend les bruits ambiants, sent le trottoir sous ses pieds, et elle s’autorise à envisager ce qu’elle aimerait en dire un jour, avec son corps, dans une chorégraphie de sa propre composition ». Cette chorégraphie est justement celle que compose Kate Tempest dans Écoute la ville tomber, roman qui paraît en Rivages Poche, dans une traduction de Madeleine Nasalik.

Qui était Lescot Bruno, « attendu que » l’individu a commis un certain nombre de méfaits dans sa prime jeunesse, dont rend compte un exposé des motifs absolument exhaustif ? Pourquoi et comment est-il devenu cet individu coupable du vrai/faux braquage d’une agence bancaire de Charenton le Pont qui s’est soldé par la mort d’un policier ?

Jonathan Dee poursuit sa fresque de l’Amérique contemporaine avec Ceux d’ici, qui paraît aujourd’hui en poche chez 10/18 : prenant pour cadre une petite ville du Massachusetts, Howland, il raconte l’ascension politique d’un homme richissime qui n’est pas sans rappeler celle du locataire actuel de la Maison Blanche. 

A Peterborough, dans l’est de l’Angleterre, un homme est en fuite dans une nuit boueuse, terrorisé par des poursuivants qui n’en sont pas à leur première exaction. Avec Les Chemins de la haine, Eva Dolan signe un premier roman policier teinté de chronique sociale brute dans une Angleterre en plein Brexit qui cherche un chemin vers son humanité.

Article 353 du code pénal, l’un des plus puissants romans de Tanguy Viel, vient de paraître en « Double », la collection de poche des éditions de Minuit, l’occasion pour Diacritik de revenir sur le grand entretien que l’écrivain avait accordé à Johan Faerber lors de la sortie du livre en grand format.

Premier roman nucléaire, La Centrale d’Elisabeth Filhol est un procès verbal dans tous les sens du terme : récit clinique comme aventure du verbe. De ces textes qui happent et hantent, d’une séduction étrange, tout autant romanesque que politique, sociale, de ces objets littéraires qui semblent des évidences, stylistiques, structurelles.

Les vrais textes de femmes, des textes avec des sexes de femmes, ça ne leur fait pas plaisir ; ça leur fait peur ; ça les écœure. Gueule des lecteurs, chefs de collections et patrons trônant. (Hélène Cixous, Le rire de la Méduse, 1975)

Une femme qui parle de sexe : Entrée en matière qui, en quelques mots, dit à son corps défendant plus qu’elle ne dit. Six mots exactement et l’ambivalence affleure, le doute survient.

Une ville à cœur ouvert : le titre du premier roman de Żanna Słoniowska, qui sort en poche chez Points, pourrait évoquer une opération chirurgicale si le mot « cœur » ne devait pas être entendu, ici, au sens musical et polyphonique du « chœur ». Le récit interroge en effet la perception d’un lieu, en tant que centre (identitaire, linguistique, géographique) mouvant, depuis la perception de quatre générations de femmes.

Comment écrire le sexe ? Non pas l’acte sexuel, ou pas seulement, non pas la pornographie, ou pas seulement, mais le sexe masculin, exhibé, fétichisé, débarrassé de tous les oripeaux des récits conventionnels ou déjà écrits, trop lus, des discours qui le narrativisent, l’érotisent, le réduisent ? Tel serait le propos de Nina Leger dans son dernier livre, « romance », dit-elle, mais d’aujourd’hui, Mise en pièces comme on démantèle un attendu, comme « elle construit un palais de mémoire qui, à mesure qu’il se peuple de sexes nouveaux, se complique de couloirs, d’annexes et de dépendances ».

Sortir le grand jeu – ce jeu de mot sur le titre du roman de Céline Minard qui vient de paraître en Rivages Poches est facile, voire un peu vain au regard de la radicalité de son œuvre, pensée comme une exploration que l’on pourrait imaginer systématique des genres, ce qui serait méconnaître sa portée véritable :

L’Immeuble Christodora, premier roman de Tim Murphy, traduit par Jérôme Schmidt, a fait sensation lors de sa parution aux États-Unis, au point d’être comparé au Chardonneret de Donna Tartt et à City on Fire de Garth Risk Hallberg par Newsday, et même à Tom Wolfe et son Bûcher des vanités par le New York Times. S’il faut raison garder, il est vrai que que cette saga, centrée à la fois sur la vie d’une famille, d’un immeuble et l’épidémie du Sida, a de quoi surprendre et séduire. Elle paraît justement au Livre de Poche, dans une traduction de Jérôme Schmidt.