Duncan, Malcolm, Banquo, Fleance, Duff, Hécate… Macbeth. La distribution entière de la pièce de William Shakespeare est présente au nom près dans le polar dystopique de Jo Nesbø qui fait du Général régicide de la pièce un inspecteur principal drogué et sous influence de sa célèbre Lady. Soit un travail de réécriture assumé, et un véritable tour de force qui perpétue l’œuvre du dramaturge de Stafford on Avon auprès des nouvelles générations nourries de sequels, prequels, et autres cross-overs télévisuels. 

Unité 8200 (prononcez Huit Deux Zéro Zéro), une branche très secrète du renseignement militaire israélien, dirigée par intérim par le lieutenant Oriana Talmor, va se retrouver au coeur d’un maelström politique sur fond de terrorisme international. Unité 8200, c’est le titre d’un thriller rythmé, réaliste et tout en ironie signé Dov Alfon, qui vient de paraître en Folio « Policier ».

Dans un Paris jaune éclatant, Étienne Dardel couvre manifestations et soulèvements, il documente l’urgence et les dérapages policiers. Sous cette identité fictionnelle, on reconnaîtra facilement David Dufresne, auteur d’un roman (c’est le terme revendiqué par l’auteur) furieusement politique, Dernière sommation, qui sort aujourd’hui en poche chez Points, un récit qui articule les événements brûlants d’un quinquennat qui ne cesse de déraper.

Avec Crac, qui vient de sortir en poche chez Folio, Jean Rolin publiait son vingt-neuvième livre (le premier, Chemins d’eau, date de 1983). Autant dire qu’une œuvre a largement trouvé à se déployer dans le temps, avec ses constantes, ses évolutions, ses variations et ses reprises qui éclairent aussi la lecture que l’on peut faire de cet opus.

À l’occasion de la sortie en poche (Actes Sud Babel) de Kanaky. Sur les traces d’Alphonse Dianou, Diacritik republie le grand entretien que Joseph Andras avait accordé à Sarah Lefèvre lors de la sortie du livre en grand format (2018).

White de Bret Easton Ellis est désormais disponible en poche chez 10/18. White est un essai ou plutôt un laboratoire, le commentaire de son œuvre comme de son époque rongée par un politiquement correct devenu une forme de totalitarisme. Bien-pensance, puritanisme, instrumentalisation idéologique de l’art, tout passe au white spirit de BEE.

Le procès des attentats de janvier 2015 a commencé le mercredi 2 septembre au Palais de justice de Paris. Un procès pour l’histoire lit-on partout. Un procès pour les vivants, pour les victimes et leurs familles ; un procès qui fait resurgir la douleur, le souvenir, l’horreur, l’injustice. Cette semaine, Diacritik vous propose de revenir sur des œuvres qui, frontalement ou en creux, parlent de Charlie avant « Je suis Charlie », des traumatismes, de l’après et de la reconstruction impossible et nécessaire. Parce que ces livres, ces albums, ces dessins, ces entretiens sont à la fois témoignages, traces, mémoire, histoire(s). Aujourd’hui : Le Lambeau, de Philippe Lançon.

« Have you ever been to Electric Ladyland ? », chante Jimi Hendrix après avoir failli être aspiré par le trou noir des dieux qui font l’amour, ce court et étrange tourbillon par quoi débute son disque culte. Tout est prêt pour le voyage, le tapis volant, les dames électriques et, pour finir, les anges. « La statue d’un ange, ou plutôt d’une fée souriante – car, contrairement à la statue, les anges n’ont pas de seins », se méfie Hoyt Stapleton, héros du onzième roman de Christian Garcin, Les oiseaux morts de l’Amérique, qui vient de sortir en poches (Actes Sud Babel).

La solitude Caravage qui vient de sortir en poche chez Folio est un livre qui fait date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous aavait accordé un grand entretien lors de la sortie du livre en grand format.

Hannah Arendt, analysant la Condition de l’homme moderne l’écrivait : les marchandises ont supplanté les paroles, la bourse a détrôné l’agora, le marché est devenu le lien du collectif. La destinée des Frères Lehman, telle que Stefano Massini en retrace l’épopée, en est l’illustration parfaite, du départ de Bavière d’Heyum Lehmann (avec deux n), le 11 septembre 1844 à la faillite aux répercussions planétaires de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 : à travers l’histoire d’une dynastie c’est toute l’Amérique dans sa grandeur et ses décadences que saisit l’auteur italien, en une fresque singulière et sidérante.

Le journaliste américain Ted Conover avait passé six semaines en immersion à Cargill Meat Solutions, un abattoir du Nebraska, en tant qu’inspecteur du service sanitaire. Geoffrey Le Guilcher s’est lui fait engager en tant qu’ouvrier intérimaire dans un abattoir industriel de Bretagne, rebaptisé Mercure, à l’été 2016. Il y a passé quarante jours en immersion totale, en est revenu avec un livre coup de poing : Steak Machine qui sort en poche chez Points.

East Village Blues de Chantal Thomas est tout ensemble une ballade et une balade, pérégrination dans un quartier de New York que la romancière hanta dans les années 70 et chant d’une « vie étrange » au croisement de Rimbaud et de la Beat Generation, célébration d’un « monde (qui) bénit les poètes ». Le livre prend doublement « la forme d’une ville », en ce qu’il est un véritable « poème en marche » et une ode inspirée à la liberté qu’inspire la vie new-yorkaise.

« Incarner l’un des personnages principaux de votre vie » : peut-être est-ce le « but » que se fixe Renata Adler lorsqu’elle entreprend d’écrire Speedboat, publié en 1976 qui paraît enfin en poche chez Points, dans une traduction française de Céline Leroy. Déambuler dans New York comme dans son passé, être dans l’excursion (vers des îles, d’autres lieux) pour tenter de cerner ce point mouvant, son «moi» dans le monde, face aux êtres, aux choses vues.

Au crépuscule des terribles années 60, frappé de stupeur et de fulgurance, Michel Foucault l’avait écrit à Pierre Guyotat, alors que sommeillaient déjà en lui les prémices du très bel Idiotie qui paraît cette rentrée : « L’histoire immobile comme la pluie » traverse, comme un intangible point fixe, les pages les plus terribles du romancier. Car, de Tombeau pour cinq cent mille soldats jusqu’à Idiotie, Pierre Guyotat, ce serait tout d’abord l’histoire d’un cri.

Chinelo Okparanta, née en 1981 au Nigeria, vivant aux USA depuis l’âge de dix ans, était jusqu’ici connue pour ses nouvelles (Le Bonheur comme l’eau, Zoé, 2014). Les éditions 10/18 publient en poche son premier roman, Sous les branches de l’udala, dans une traduction française de Carine Chichereau. La sortie en grand format du livre (Belfond) avait été l’occasion pour Diacritik d’un grand entretien croisant les voix de la romancière et de sa traductrice.