Que ce soit dans les médias, à l’université ou dans les rayons des pépinières, l’intérêt pour les plantes va grandissant. Néanmoins la plupart des personnes les envisagent encore comme enracinées et fixes, tandis qu’on le sait à présent, les végétaux développent des stratégies de coévolution afin de rester mobiles et d’ensemencer le monde. Quels sont leurs différents modes de migration ? Qui sont les championnes du vagabondage ? En quoi la colonisation a-t-elle été un accélérateur de déplacements ? Entre domestication et liberté, qu’est-ce que les histoires de migration révèlent sur les peuples ? À travers vingt textes, l’ouvrage paru aux éditions Manuella en février 2024 réunit des penseurs émérites pour essaimer les réflexions et déboulonner nos préjugés sur les plantes invasives et les déplacements des végétaux.
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Dans cette catégorie, retrouvez nos articles consacrés à l’écologie, à la terre, à l’écosystème, aux animaux et plus largement aux questions écopoétiques et écocritiques. Comme l’écrit Bruno Latour en introduction de « Face à Gaïa », « tout change dans la manière de raconter des histoires, au point de faire entrer en politique tout ce qui appartenait naguère encore à la nature — figure qui, par contrecoup, devient une énigme chaque jour plus indéchiffrable ».
Cette rubrique est conçue et animée en partenariat avec le Master Lettres à distance « Écopoétique et création », Aix-Marseille Université, formation à distance labellisée A*Midex : https://epokhe.hypotheses.org/master
Rencontre avec Marion Grange et Bronwyn Louw, deux chercheuses en littérature qui ont dirigé Les Migrations des plantes, ouvrage collectif qui rassemble une trentaine de contributeur.ices artistes, chercheurs et chercheuses, scientifiques. Ce livre nous plonge dans un faisceau de récits autour des plantes et de leurs migrations. À partir de plusieurs points de vue, prismes et focales, nous nous retrouvons dans des échanges intimes, informels où l’espace végétal devient un foyer de rencontres, où les frontières disparaissent.
Le livre de Laure Gauthier est un récit, un conte, une fable – à la fois une dystopie, de la SF, un texte poétique, politique.
A u cœur d’Une écologie décoloniale, sorti en poche chez Points il y a quelques mois (janvier 2024), un problème dont Malcom Ferdinand emprunte la formule à Hannah Arendt : comment « faire monde ».
Tomber dans les griffes d’un ours, se faire arracher la mâchoire d’un coup de patte, c’est inquiétant, traumatisant. Pourtant ce n’est dans Croire aux fauves ni un accident, ni un parcours de soin, ni une résurrection que nous offre Nastassja Martin. Croire aux fauves est plus proche du voyage onirique comme du rite de passage : c’est un récit de métamorphose comme le sont certains mythes autochtones, capables de transformer le monde au fur et à mesure qu’ils sont énoncés. Automne, hiver, printemps, été. C’est dans cet ordre que la jeune anthropologue française nous fait suivre sa transfiguration, vivre la métamorphose.
Danser au bord du monde : le titre du livre d’Ursula Le Guin cité en exergue du dernier roman de Céline Minard, désormais disponible en poche, pourrait en être la ligne de force comme de basse. Mais Plasmas ne se laisse pas saisir si simplement : tout de brisures et réflexions, d’échos et combinaisons, le récit déroute autant qu’il fascine, à l’image d’un univers aux lignes (dés)accordées. Si Céline Minard réinvente la forme du livre-monde, comme le suggère la quatrième de couverture de Plasmas, c’est bien dans la concentration et l’éclatement, seules formes possibles pour dire le chaos qu’est et sera notre univers, dans un récit qui le ressaisit comme une danse.
Commençons par un lieu commun : disons que L’Orage et la loutre est un roman actuel qui n’a pas pris une ride.
Quelle est la chose la plus précieuse au monde ? L’or ? L’élixir de vie, capable de guérir tous les maux ? Ou est-ce la recherche plus diffuse d’un sens à donner à notre existence, une complétude que nous sommes nombreux à chercher en vain dans notre quotidien ?
Qu’est-ce qu’un frappabord ? Au Québec, c’est ainsi que l’on nomme une espèce de taon, cette grosse mouche piqueuse qui n’hésite pas à vous arracher des lambeaux de peau si votre odeur l’attire trop… A priori, pas le sujet de roman idéal : comment intéresser le lecteur à la destinée de cet animal loin d’être aussi mignon qu’un bébé phoque ? C’est pourtant ce défi que s’est lancé l’autrice québécoise Mireille Gagné.
Dans un monde abîmé par l’être humain, comment donner à entendre les voix du vivant ? Comment écrire une Terre où l’espoir réside en d’autres êtres, en d’autres sensibilités que les nôtres ? A quoi tient notre perception des non-humains ?
La première chose que je voudrais affirmer, bien que cela puisse paraître quelque peu conventionnel, est que Des empires sous la terre de Mohamed Amer Meziane est un livre très important. Il est impressionnant d’érudition et de savoir mais aussi d’élan, de force et d’engagement. C’est un travail considérable qui ne veut pas se contenter d’assembler des connaissances, de raffiner des concepts, mais qui entend défendre une thèse et ouvre ainsi une discussion. Cette discussion a déjà commencé, en France et aux États-Unis, et elle va continuer*. Ce livre est impressionnant, il est provocant dans le meilleur sens du terme mais il est aussi, de mon point de vue, discutable et problématique. Les lecteurs comprendront que, pour moi, cette catégorie n’est pas une catégorie restrictive mais bien affirmative. Être problématique est ce qui est appelé par un travail véritablement philosophique. Un travail philosophique ne règle pas une question une fois pour toutes, au contraire il donne le moyen de refonder et de déplacer des problèmes.
Avec Programme de désordre absolu : décoloniser le musée, Françoise Vergès signe un des essais majeurs de ce début d’année. À rebours de l’idée néo-libérale selon laquelle la décolonisation du musée occidental serait impossible, Vergès propose, dans le sillage de Frantz Fanon, une puissante réflexion qui repasse par l’histoire du musée, qui n’a jamais été un espace neutre. Participant à l’élaboration d’un pseudo-universel, le musée occidental est un outil de domination qui, désormais, doit être déconstruit dans un monde post-raciste et post-capitaliste. A l’heure où Emmanuel Macron annonce une loi accélérant la restitution des œuvres volées aux peuples africains, Diacritik est allé interroger le temps d’un grand entretien Françoise Vergès sur ce programme de décolonisation des musées occidentaux.
Un paradis en enfer : l’essai de Rebecca Solnit est de ces livres dont l’actualité ne se dément pas. Publié d’abord en 2009, révisé en 2020, le livre vient de paraître dans une traduction française d’Hélène Cohen. Si, depuis 2009, les catastrophes environnementales, les attentats, les guerres semblent s’être intensifiés, la ligne de force de l’essai n’a, elle, pas bougé : la lucidité est une résistance et ces catastrophes sont aussi des moments où se manifestent le plus intensément solidarité et entraide, des décisions citoyennes qui peuvent être le creuset de nouvelles manières d’habiter le monde et penser notre rapport aux autres.
Indéniablement, Antoine Wauters a signé avec Mahmoud ou la montée des eaux un très grand roman, qui sort en poche chez Folio. Véritable splendeur de langue, bouleversante épopée d’un homme pris dans plus d’un demi-siècle d’histoire de la Syrie, chant nu sur la nature qui tremble devant l’humanité et sa rage de destruction : tels sont les mots qui viennent pour tâcher de retranscrire la force vive d’un récit qui emporte tout sur son passage. Rarement l’histoire au présent aura été convoquée avec une telle puissance et une grâce qui ne s’éprouve que dans un déchirement constant. A l’occasion de cette sortie en poche, retour sur le grand entretien que l’écrivain avait accordé à Diacritik lors de la publication en grand format de son roman.
Indubitablement, Une histoire du vertige de Camille de Toledo, qui paraît chez Verdier, s’offre comme l’une des plus remarquables et stimulantes réflexions de ces dernières années. Livre adressé, narration des narrations, Une histoire du vertige revient, à la lumière de la littérature, sur nos temps présents pour comprendre ce vertige, ce sentiment d’effondrement par lequel l’homme détruit ses appuis terrestres. Essai écopoétique, Une histoire du vertige dresse le sombre tableau des fictions qui ont confisqué le monde et ont fini par le détruire. Peut-être s’agit-il ici d’un essai de critique épique, premier du genre et ouvroir potentiel à un renouveau critique. Autant de perspectives ouvertes par un grand entretien avec Camille de Toledo autour de ce livre clef.