Festival de Cannes 2026 – J0 : OUIGO et Kosovo

Dua, de Blerta Basholli © Ikonë Studio, Alva Film, Kazak Productions

Comme chaque année – depuis l’année dernière –, voici l’ouverture du Journal de bord du festival de Cannes.

Et cette année s’ouvre sur un nouveau chapitre. Un chapitre plus éthique, plus critique, plus cinéphile. Mais aussi plus OUIGO et squat d’appart. Car oui, après 9 ans de bons et loyaux services pour l’audiovisuel français, cette année je suis au festival de Cannes pour la presse française. Elle est belle, elle est fine, et elle est surtout fort pauvre.

Contre mauvaise fortune bon cœur, dans mon siège solo du OUIGO – oui, je fais des octosyllabes, car je suis une femme de lettres dorénavant –, j’ai eu la chance de faire de belles rencontres.

Notamment le jeune groupe d’étudiant.es ayant créé une asso de cinéma. À 5 sur 6 places, ils ont beaucoup égayé mon trajet de 5h à base de jeu de rôles et de théories abstraites sur le festival de Cannes. J’étais assez émue de voir que ce festival fait toujours rêver les plus jeunes même si c’était à base de : il faudra faire des contenus sur la page insta.

Ça me permet d’ouvrir un chapitre qui ne se refermera pas tout au long de cette quinzaine. L’évolution progressive de la critique de cinéma vers les réseaux. Cette quinzaine accueille en grande pompe quelques stars de TikTok comme Regelegorila aux 700 000 followers, coqueluche des boîtes de prod qui espèrent un renouveau du cinéma à travers ces critiques d’un nouveau genre, et qui doit certainement descendre à Cannes en avion, lui.

Ai-je un avis sur la question à part une jalousie primaire pour ce succès qui ne se base pas toujours sur la pertinence de l’avis cinéphile ? Non, pas vraiment, mais je pense que cette quinzaine va peut-être me permettre de mieux comprendre ce qui se joue

Retour à mon OUIGO : les esprits s’échauffent. Au bout de 5h et du haut de mes 10 ans de festival, je tente de leur instiller mon savoir ancestral de la jungle cannoise (non, tous les films ne sont pas dans le palais ; oui, il faut annuler vos billets si vous n’allez pas à la projections au risque de vous voir retirer votre carte ; oui, les gourdes d’eau sont autorisées dans les salles de cinéma) et quelques recommandations de films.

Première de la série : Dua, un film présenté à la semaine de la critique, de Blerta Basholli, réalisatrice originaire du Kosovo. Le film suit une jeune fille entrant dans l’adolescence à la fin des années 90 à Pristina en plein conflit serbo-kosovar. Je ne vous en dis pas plus car le film est toujours sous embargo et que je rencontre la réalisatrice dans exactement 48h. Mais, magie cinéphilique, juste derrière les sièges de nos joyeux lurons, un monsieur nous interrompt.

Autour de la quarantaine – de l’âge de la réalisatrice –, il explique d’une voix émue qu’il est d’origine du Kosovo et que ça le rend très heureux d’entendre parler d’un film de là-bas.

Le wagon se transforme en lieu de recommandations cinéphiliques : Vierge sous serment, de Laura Bispuri, m’explique le monsieur. Un film sur la possibilité de choisir de changer de sexe dans les montagnes albanaises. Après 2/3 considérations sur la nécessité de détruire le capitalisme – car, pourquoi pas, nous sommes finalement si proches d’une révolution –, le train s’arrête.

Un peu émue de ce moment, je me dis que cela présage d’une belle compétition cannoise et que la culture reste encore et toujours une force fédératrice jusque dans les OUiGO surchauffés.

Bonne ouverture de festival et à demain !

Dua, de Blerta Basholli © Ikonë Studio – Alva Film – Kazak Productions