Selon l’activiste Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, libéré de prison à l’instant où j’écris ces lignes, « […] on ne peut pas qualifier la protection de l’environnement d’écoterrorisme, ça n’a aucun sens. L’écoterrorisme, c’est ce que font les entreprises de combustibles fossiles et Monsanto. Eux, ils terrorisent l’environnement… » Au-delà de cette mise au point sémantique, le mot « écoterrorisme » a été créé en 1983 par l’écrivain libéral Ron Arnold dans le but de dénoncer les « crimes pour sauver la nature » et fut depuis l’objet de romans et même d’accusations par des hommes politiques. Mais l’usage de la violence, que ce soit contre les biens ou contre les personnes, est-il toujours injustifié ?

Il y a quelques semaines, Christelle Morançais (élue Horizons), présidente de la région des Pays de la Loire, annonçait que les prévisions pour le budget 2025 incluaient une diminution très importante, voire une suppression pure et simple de certaines subventions et aides pour un montant de cent millions d’euros. En ce qui concerne le domaine de la culture, cette suppression équivaut à la disparition de 73% de son budget de fonctionnement.

Dans L’Hypothèse K. (2023), Aurélien Barrau décrit le développement immodéré, voire autonome de la technique à l’heure de l’anéantissement biologique global comme un « techno-cancer », c’est- à-dire un « prométhome ». Les scientifiques spécialistes emploient dorénavant cette formule sans la moindre ambiguïté : « L’ampleur réelle de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique [et constitue] un anéantissement biologique. » (1)

Nous écrivons des livres, de la critique. Nous écrivons des livres de poésie, des romans, des essais, du théâtre. Nous composons de la BD. Nous publions des livres, des revues. Nous en vendons, nous en faisons la promotion, nous en étudions.

Donc, par définition, nous vivons dans un monde pluriel, nous voulons vivre dans un monde pluriel, nous le désirons : pluralité des pensées, des êtres, des groupes, des sociétés, des cultures, des récits, des subjectivités, des vies. Nous désirons ce qui rend possible et affirme cette pluralité concrète. Nous critiquons, nous contestons, nous nous opposons à ce qui la nie – ce qui en nie la réalité, la légitimité, la possibilité.

Voici ce qu’un songe ardent, derrière le front, m’incita à écrire.

Plutôt que des « barrages » contre les idées et les pratiques d’extrême-droite, ce sont des passoires que les social-démocraties du 21ème siècle ont délibérément construites. Une manière de trier dans la panoplie du pire, non de l’empêcher. Comment voir autre chose que la prolifération du pire et ne plus indexer à ce dernier notre rapport à la politique parlementaire ? Qu’y peut ledit Nouveau Front Populaire ?

De plus en plus d’artistes travaillent avec du « vivant ». Le contexte écologique y incite. La naissance du bio art dans les années 1980 en avait amorcé le mouvement avec, par exemple, l’encodage d’un dessin dans l’ADN d’une cellule par Joe Davis (Microvenus, 1986). Aujourd’hui, la connaissance a évolué, les sensibilités ont changé et les dimensions éthiques, environnementales et sanitaires résonnent d’une toute autre force. Elles réactivent sous un jour nouveau la question : tout est-il permis aux artistes ?

Dire qu’on attendait qu’il se passe enfin quelque chose au cours de la 49e cérémonie des César est un euphémisme. Depuis l’annonce de l’intervention programmée de Judith Godrèche au cours de la soirée de ce vendredi 23 février 2024, depuis l’édition de 2020 qui avait vu Roman Polanski récompensé personnellement par deux fois pour J’accuse (!) et Adèle Haenel se lever et quitter la salle… on attendait au minimum de la compassion, des remerciements, peut-être de la solidarité, pourquoi pas une prise de conscience…

« Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie ! » Chateaubriand

Les observateurs aux yeux perçants ont sans doute noté avec perspicacité à quel point depuis quelques mois la question écologique avait changé de substance dans le discours des journalistes, des politiques et des militants, voire dans les paroles des citoyens ordinaires. On parlait de « transition » et désormais on parle de « soulèvement ». On parlait de « réformes » et maintenant on parle de « révolution ». Depuis que la question écologique fait à peu près consensus social, les enjeux semblent en effet s’être transformés radicalement : ce qui est en question dans les medias, dans les conversations, dans les livres, ce sont désormais les manières et les modalités de la « transformation » écologique [mot neutre] et non plus la pertinence ou la nécessité ou non d’engager cette transformation.