« La maison est notre coin du monde. Elle est notre premier univers. Elle est vraiment un cosmos. Les écrivains de l’humble logis n’évoquent pas souvent cet élément de la poétique de l’espace. Ils caractérisent l’humble logis en son actualité, sans en vivre vraiment la primitivité, une primitivité qui appartient à tous, riches ou pauvres, s’ils acceptent de rêver ».

Après les scandales suscités par les enquêtes révélées par l’association L214 sur les abattoirs d’Alès et du Vigan, les images de l’abattoir de Mauléon-Licharre, diffusées le 29 mars dernier, ont soulevé l’émoi et l’indignation de l’opinion publique. Aussitôt, dans les médias, les chantres de la « viande heureuse » et des « bons abattoirs » sont montés au créneau.

Je n’ai aucun respect pour l’écrit. Qu’y-a-t-il de plus déprimant que des mots alignés les uns à la suite des autres comme un immense chapelet de saucisses ? Ils ne me disent rien, je ne les aime pas. Il y en a trop peu pour qu’ils signifient véritablement quelque chose. Si j’écris, c’est dans un seul but : pour parler.

Dans son livre Deleuze et l’histoire de la philosophie (Kimé, 1999), Manola Antonioli montrait comment Gilles Deleuze aborde l’histoire de la philosophie en philosophe plus qu’en historien des idées, puisqu’il s’agit pour lui, lorsqu’il se rapporte aux autres philosophes, et même lorsqu’il consacre une monographie à Bergson, ou Nietzsche ou Spinoza, de rechercher d’abord des intercesseurs pour la pensée. Deleuze transforme ainsi l’histoire de la philosophie en une série de rencontres qui permettent de penser avec et non sur, selon une logique créatrice qui subvertit la pensée autant que l’histoire.

« Les hommes ont été pris par surprise, ils n’étaient pas biologiquement préparés, leur corps, fait pour voir, entendre, est inadapté. Leurs yeux, leurs oreilles, leurs doigts ne leur sont sont d’aucun secours: les radiations sont invisibles, elles n’émettent ni son, ni odeur, sont impalpables ». Svetlana Alexievitch, Le Monde, 25 avril 2006.