Frénésie, par Quentin Pradalier

Quentin Pradalier
© Quentin Pradalier

Je ne sais jamais comment ça commence ou comment ça a commencé. La nuit s’approchait et partait gentiment en vrille. Mais cette fois il y avait comme quelque chose d’électrique dans l’air. Les corps n’étaient que pulsions et les êtres, l’image de leur propre chimère. Un grand hangar enfumé, des lumières sombres et colorées. Un grand rideau en velours rouge qui avait l’air de tomber du ciel. La musique qui cogne sur les parois des cages thoraciques. Tout n’était que bégaiement. Nous étions les enfants du bug. Une sauvagerie terriblement urbaine. Des animaux assoiffés de sueur dans des haillons de liberté. Les muscles des mâchoires qui se contractent au rythme frénétique des BPM (battement par minute).

Je m’aperçus qu’il était question d’un rite initiatique.

Passer la nuit, recuire à tromper la nuit pour embrasser l’aube ou les peintures appliquées sur le visage ne sont plus que des larmes. Ou le corps s’arrête, freiné par la fatigue, reposé par la transe. Mais n’allons-nous pas trop vite ? La nuit n’est pas encore finie.

Elle ou il me lécha le cou. Je gardais les yeux fermés. Seuls les stroboscopes créaient des apparitions lumineuses à travers mes paupières, sur la rétine. Je sentais du bout de mes doigts un corps maigre et tendu. L’estomac contracté, une respiration saccadée et haletante mais d’une étrange douceur. Plus rien. Les yeux ouverts cette perception avait disparu. Ce n’était peut-être pas un corps, peut-être simplement un souffle nocturne. Une clope, vite, pour redescendre un peu, mais qui fera sûrement l’effet inverse.

Pourquoi étions-nous là ? Réveiller nos morts ?

Des chairs acides et détraquées. Les métros sourds et grésillant se sont tus. Les visages tendus vers leur prochain rendez-vous professionnel pour arriver à payer le loyer sont bien loin. Les mouvements d’efficacité et de gain de temps ont laissé place à des saccades en pure perte d’énergie. Les pas pressés des passants sur le bitume à la danse tremblante de corps nerveux. Fatigués mais avides de fatigue. Tenir la nuit… tenir la nuit… encore une… ma tête cogne une surface dure. La musique s’éloigne, je crois que je m’endors… Je sens comme une présence.

Quentin Pradalier