Louis Althusser

Ils sont vingt. Tous philosophes ou pour le moins anthropologues. Vingt qui, au temps où ils fréquentaient la rue d’Ulm, étaient communistes — des communistes plus que critiques. Vingt qui furent parmi les meilleurs élèves de Louis Althusser ou ont pour le moins suivi son cours sur Rousseau. Vingt qui partagèrent son amitié intelligente et généreuse. Vingt en somme dont Althusser fut le caïman vénéré en cette ENS de la rue d’Ulm vers laquelle beaucoup dans le monde avaient les yeux tournés. Vingt qui connurent dans cette même ENS des années d’enchantement et virent passer Foucault, Derrida et Lacan. Vingt enfin dont Wald Lasowski recueille aujourd’hui les témoignages à propos de celui qui fut, avec l’Italien Gramsci, le plus grand interprète de Karl Marx au XXe siècle.

Virginia Woolf
Virginia Woolf

Entre 1870 et 1930, les milieux littéraires anglais firent un gros complexe d’infériorité à l’égard de la France et de ses meilleurs auteurs. Ils estimaient qu’en leur patrie on n’avait aucun souci du style, là où les Français, à partir de Renan et de Flaubert, pouvaient faire état d’une écriture travaillée, élégante et subtile. Virginia Woolf s’émerveilla par exemple d’un Flaubert passant un mois à chercher une expression à même de décrire un chou. Outre-Manche, on parla beaucoup de ce retard sans que Paris pour sa part se souciât de la question comme telle. C’est donc bien là une vieille affaire mais qui a le mérite d’être amusante et de n’être pas terminée.

Charles Robinson
Charles Robinson

Des cités en banlieue parisienne avec barres hautes ou basses. Des pavillons aussi et de la campagne. Un bailleur et une municipalité avec un projet de rénovation pour une partie des constructions. Mais une rénovation vraiment ? C’est qu’on va reloger les habitants ailleurs, abattre les tours, les reconstruire en mieux. Or, quelques-uns l’ont compris : parce que certains partiront sans retour, parce que les loyers augmenteront, rien ne sera plus comme avant, un milieu de vie sera détruit, qui était chaleur et intensité. Une agence s’occupe de l’affaire : elle s’appelle la CADUC…

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Tom Lanoye est aujourd’hui l’écrivain flamand n° 1. C’est aussi qu’il est un écrivain de combat, ce que l’édition française de Gaz, son récent opus, nous rappelle en quatrième de couverture : « Tom Lanoye milite pour les droits des homosexuels, dit ce texte, s’insurge contre les Flamands qui veulent diviser la Belgique et reste abasourdi devant le fait que plus de 3000 jeunes gens de nationalité belge ont basculé dans l’intégrisme militant et sont partis en Syrie. » Lanoye a écrit plusieurs romans, dont le très beau La Langue de ma mère, traduit en français aux éditions de la Différence. Avec Gaz. Plaidoyer d’une mère damnée, il nous propose un monologue de théâtre d’une grande force, d’une rare violence.

Henri Michaux
Henri Michaux

Au décès du merveilleux Michaux, le bon poète Jean-Pierre Verheggen titrait dans un journal belge : « HENRI MICHAUX MON NAMOUR ». De fait, Michaux était de Namur, donc Wallon et Belge. Mais une fois installé à Paris, il ne voulut plus entendre parler de ses origines. Il ne se considérait en rien comme un écrivain de Belgique tout en gardant des relations avec Hellens ou avec de Boschère. Et déjà, somme toute, il disait NON à tous ceux qui le lisaient — sans doute avec plaisir ou passion — mais tentaient de s’approprier de quelque façon sa personne, son œuvre, son image.
Ainsi, au long de sa vie, Henri Michaux a beaucoup dit NON.

Si proche et si lointain aujourd’hui, Pier Paolo Pasolini. De toute façon présent à nos mémoires en raison de sa vie mouvementée, de son œuvre multiforme, de ses liens avec la crème des lettres italiennes (Moravia, Calvino, Fortini, Sciascia), de sa fin tragique d’homosexuel assassiné il y a 40 ans. Il est donc heureux que Paul Magnette ait choisi de revenir à cette figure considérable et déchirée dans une jolie plaquette qui met en regard l’auteur de poèmes et le penseur politique, quitte à laisser de côté une production cinématographique flamboyante.

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Le roi Henri IV blasphémait facilement au temps où ce “crime” était sévèrement puni. Comme un “Jarnidié” (= Je renie Dieu) lui échappait, son confesseur, le Père Cotton, lui conseilla de substituer son patronyme au nom du Seigneur et Jarnicoton (= Je renie Cotton) devint usuel. Charmant vocable qui mériterait d’être repris aujourd’hui sans risque apparent d’être condamné.

La littérature serait-elle d’un bout à l’autre mensonge, imposture et mauvaise foi ? L’idée est dans l’air depuis Maurice Blanchot au moins. C’est qu’après tout, une fiction est une fiction, un montage d’artifices. Mais il n’y a pas que la fiction et, dans ses Confessions, Rousseau entendait être franc et vrai tout au long de son propos. Et pourtant il n’est pas malaisé de montrer que sa sincérité était largement suspecte.

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Voici un livre étonnant que publient à Liège les éditions Fourre-Tout : il est fait de 500 feuillets encollés les uns aux autres et réunit les archives d’un projet de transformation en musée d’art moderne et contemporain du vieil Arsenal de Maubeuge. C’est là qu’au terme de diverses péripéties devait naître un Centre Pompidou Mobile — bien moins coûteux que le Pompidou de Metz. Mais ce projet, écrit Emmanuel Caille, rédacteur en chef de la revue d’A qui rapporte les faits en introduction au volume, a été emporté avec pertes et fracas par l’élection qui remplaça en mars 2014 un maire socialiste par un maire UMP-UDI.

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Depuis que la Belgique existe, la littérature francophone du pays a toujours eu du mal à se faire entendre. Les auteurs avaient le choix : être accueilli par un éditeur de Paris et les élus étaient peu nombreux ou bien se rabattre sur un éditeur local dont on savait par avance qu’il diffusait mal ses ouvrages. Le plus souvent, la caisse de résonance était faible. Même les textes de ceux qui furent les plus grands — Maeterlinck et Verhaeren pour l’époque symboliste, Baillon plus tard, Nougé et Chavée pour le temps du surréalisme — devinrent inaccessibles, parce qu’ils étaient rarement réédités.

Raoul-RuizCOUVsite1Quels films de Ruiz le magicien avez-vous vus ? Aucun peut-être ? Le Temps retrouvé tout de même, sorti en 1999 et venant en droite ligne du roman proustien. Y jouaient Catherine Deneuve, Marcello Mazzarella (Patrice Chéreau en vf), John Malkovich, Chiara Mastroianni, Emmanuelle Béart, Arielle Dombasle… Pas moins. C’est que Raoul Ruiz attirait à lui les plus grands comédiens.