Présentée comme la réponse à Emily in Paris qui rencontrerait Succession, La Maison est une tentative de se réapproprier l’univers parisien de la mode subissant les clichés netflixiens. Diffusée sur Apple TV+, La Maison jette Lambert Wilson, Amira Casar, Carole Bouquet et Pierre Deladonchamps dans le taffetas et le spectateur dans l’embarras devant le spectacle navrant de cette fashion weak.
Auteur : Dominique Bry
La nouvelle création originale Canal Plus est assurément ambitieuse, que ce soit dans sa réalisation, son propos et son casting international. Thriller politique à la française avec néanmoins nombre de ressorts déjà vus outre-Manche et outre-Atlantique, Paris Has Fallen embarque le spectateur dans les arcanes du pouvoir, de l’Élysée à l’ambassade du Royaume-Uni et l’Hôtel de Brienne en passant par l’Afghanistan et les toits de la capitale.
Vingt-et-un an après la sortie de Blankets et neuf ans après Space boulettes, Craig Thompson livre avec Ginseng Roots un roman graphique dense, intimiste et subtilement engagé dans lequel il fait se croiser son histoire personnelle, celles des travailleurs du « Shang », le business mondial du ginseng, l’histoire de la plante, la création, le passé, le futur… et autant de raisons et de destins embrassés dans cette (en)quête de réponses.
Puisque la contradiction, les débats, le débunkage, le fact-checking, les enquêtes journalistiques et les dénonciations à répétition de la rhétorique extrémiste semblent ne produire aucun effet, pourquoi ne pas s’en remettre au sarcasme et à l’ironie pour pointer la dérive fasciste ?
On ne va pas se mentir, l’annonce d’un reboot des aventures de Zorro en série télé quelques décennies après la première diffusion en France de la version signée Disney avec Guy Williams en justicier masqué a provoqué une réaction instinctive : pourquoi ?
Pourquoi, à chaque fois que j’achève de lire un livre d’Aurélien Bellanger, me dis-je que mon temps aurait été mieux employé à faire autre chose ? Politiquement ambigu, stylistiquement pompeux, le nouveau livre d’Aurélien Bellanger estampillé « roman à clé(s) » avait pourtant quelques atouts depuis son titre provocateur jusqu’à son sujet sensible : la laïcité dévoyée, la disparition du parti de Jaurès, la montée en puissance d’un courant de pensée équivoque dont l’agenda serait de venir transformer sinon remplacer l’idéal originel…
Sur le plateau du second grand débat télévisé du jeudi 27 juin 2024, Jordan Bardella s’est cru autorisé à persiffler sans vergogne en lançant à Olivier Faure « ça y est, Jean Moulin est de retour » en arborant un large sourire toutes dents dehors, fier de sa répartie écrite à l’avance. Merci à lui, car on peut légitimement s’autoriser à répondre au président du RN sans craindre de se voir opposer d’avoir atteint le point Godwin en moins de temps qu’il n’en faut à un identitaire pour lever le bras et crier « Ausländer raus » dans une soirée entres potes ou à un corbeau pour envoyer des lettres anonymes au motif que « le peuple français historique en a plein le cul de tous ces bicots. »
Le 6 mars 2015, Christine Angot écrivait dans Libération : « ça sert à rien d’écrire des chroniques ». Neuf ans – presque deux quinquennats – plus tard, ce texte est toujours d’actualité. Ça sert à rien d’écrire des chroniques parce qu’apparemment tout le monde s’en fout. On a beau vouloir éveiller les consciences, interpeller, faire réfléchir, questionner, faire un pas de côté en usant de l’ironie ou en y allant frontalement pour mieux tenter de toucher les esprits et faire bouger les lignes, il semblerait qu’en cette fin juin 2024, ça n’a effectivement servi à rien.
Cher Facebook, je n’en suis pas à ma première missive, souviens-toi, je t’avais déjà écrit pour te dire que je te quittais… sans mettre ma menace à exécution. Aujourd’hui encore, la vérité m’oblige à te le dire, ton algorithme me fatigue !
Peut-on être témoin de l’histoire en marche en vivant reclus, tenu à l’écart du monde ? Telle est en filigrane, la question posée par A Gentleman in Moscow, série britannique en huit épisodes créée par Ben Vanstone et diffusée depuis le 30 mai sur Canal Plus.
Depuis Soda et Commando Torquemada, on sait très bien que l’habit du héros de BD ne fait pas le moine et que les apparences sont diaboliquement trompeuses. Mais à côté du faux pasteur vrai policier newyorkais de Tome, Bocquet et Gazzoti et des espions au service de sa sainteté de Nihoul et Lemmens, le héros de Jacky Schwartzmann et Sylvain Vallée en col romain et doudoune orange fait encore moins figure d’enfant de c(h)oeur.
22 juillet 2011. Le monde entier apprend que deux attentats viennent d’être perpétrés à Olslo et Utøya, faisant officiellement 77 morts et plus de 300 blessés. Ce jour-là, la jeune Rebekka n’a rien vu, elle n’a pas été touchée directement, elle était avec son amie Fariba au skate park, attendant que l’été se termine et la rentrée au lycée. Avec Appels en absence, Nora Dåsnes signe un roman graphique sensible et mémoriel qui parle de la souffrance par ricochet, du mal-être né de la sidération, de l’angoisse de ne pas pouvoir répondre à une question simple : pourquoi ?
Le monde d’après est advenu et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a un fort goût d’apocalypse. 219 ans après la bombe, le temps s’est arrêté aux portes des années 50, les musiques qui résonnent ne sont que ritournelles country et chansons swing passéistes, les écrans sont cathodiques et en noir et blanc et le ciel au-dessus du champ de maïs est d’un bleu artificiel presque sans nuage tel l’avenir des heureux (?) résidents de l’abri numéro 32. Et pour cause : à l’extérieur, à la surface, les terres sont désolées et peuplées de survivants livrés à eux-mêmes, en butte aux éléments, aux goules, au cannibalisme et aux animaux mutants…
Même quand il (se) dessine en couleur(s) – Thérapie de groupe, Le Combat ordinaire, Le Retour à la terre – Manu Larcenet est attiré par la noirceur, le gris et les ombres. Il y a donc une évidente logique dans son envie (son besoin ?) d’adapter La Route, chef d’œuvre de Cormac McCarthy. Le roman post-apocalyptique culte, couronné par le prix Pulitzer, adapté au cinéma se voit donc transposé en bande dessinée, par la grâce d’un Larcenet qui a dû prendre sur ses nuits pour restituer si brillamment le vertige et le désespoir de vivre des temps finis, la perte et l’absence.
En ces temps de situation géopolitique incertaine, les éditions de l’Olivier ont eu la bonne idée de rééditer (on oserait presque le mot réhabiliter) Le Masque de Dimitrios, thriller littéraire signé Eric Ambler publié initialement en 1939, quand l’Europe fourbissait ses armes et s’apprêtait à basculer dans un second conflit mondial. L’écrivain britannique, futur auteur de The Light of the Day (plus connu sous le titre de Topkapi, adapté au cinéma par Jules Dassin en 1964) y montre toutes ses qualités d’écriture de récits à la croisée du polar et du roman d’espionnage sur fond de vengeance, d’enquête à rebours et de contexte historio(géo)graphique.