De quoi Érostrate est-il le nom ? Et qui se souvient de lui ? À la lecture d’Érostrate paru chez Dargaud en octobre dernier, on serait presque enclin à titrer « Vous ne devinerez jamais ce qu’Érostrate a fait pour se rendre célèbre ? ». Des questions modernes pour un livre-album qui emprunte à l’antiquité et la forme de la geste pour mieux résonner avec l’époque contemporaine qui juge la postérité à l’aune du nombre de vues sur YouTube ou au nombre de followers sur Instagram.
Auteur : Dominique Bry
Le procès des assistants parlementaires du Rassemblement National vient de se terminer après un mois d’audience, avec sur le banc des accusé.e.s Marine Le Pen et 24 autres membres de l’ex-Front National comparaissant pour détournement(s) de fonds du Parlement Européen. Dans son essai paru le 13 septembre dernier aux éditions du Seuil, Tristan Berteloot ne fait « presque » qu’évoquer cette partie émergée de l’iceberg qui pourrait conduire à l’inéligibilité de l’héritière du fondateur du parti d’extrême droite. Avec La Machine à gagner, Tristan Berteloot livre un essai clinique et factuel que les contempteurs qualifieront de militant pour le discréditer, mais qui demeure le fruit d’années de travail et d’enquêtes sur la machinerie à l’oeuvre au RN, « en marche vers l’Elysée ».
Avant d’être un film d’animation, La plus précieuse des marchandises a été un conte, écrit par Jean-Claude Grumberg, paru en 2019 aux éditions du Seuil dans la collection La Librairie du XXIe siècle dirigée par Maurice Olender, disparu en octobre 2022. Pour son dixième long métrage, Michel Hazanavicius signe une adaptation forte et lumineuse d’un texte puissant et nécessaire. Avec une prise de risque supplémentaire : le réalisateur a dessiné tous les personnages et osé dévoiler au monde une part jusque-là inconnue de sa palette de talents, voire de lui-même.
Une bande originale peut-elle augmenter un film, souligner ses qualités en une seule séquence ? C’est la question qui m’est venue à l’esprit en découvrant la séquence finale de White Noise réalisé par Noah Baumbach, et le titre de LCD Soundsystem, New Body Rhumba.
Grande tristesse que d’apprendre hier la mort de l’immense artiste Pierre Christin. En hommage, Diacritik republie un article de 2017 de Dominique Bry.
Présentée comme la réponse à Emily in Paris qui rencontrerait Succession, La Maison est une tentative de se réapproprier l’univers parisien de la mode subissant les clichés netflixiens. Diffusée sur Apple TV+, La Maison jette Lambert Wilson, Amira Casar, Carole Bouquet et Pierre Deladonchamps dans le taffetas et le spectateur dans l’embarras devant le spectacle navrant de cette fashion weak.
La nouvelle création originale Canal Plus est assurément ambitieuse, que ce soit dans sa réalisation, son propos et son casting international. Thriller politique à la française avec néanmoins nombre de ressorts déjà vus outre-Manche et outre-Atlantique, Paris Has Fallen embarque le spectateur dans les arcanes du pouvoir, de l’Élysée à l’ambassade du Royaume-Uni et l’Hôtel de Brienne en passant par l’Afghanistan et les toits de la capitale.
Vingt-et-un an après la sortie de Blankets et neuf ans après Space boulettes, Craig Thompson livre avec Ginseng Roots un roman graphique dense, intimiste et subtilement engagé dans lequel il fait se croiser son histoire personnelle, celles des travailleurs du « Shang », le business mondial du ginseng, l’histoire de la plante, la création, le passé, le futur… et autant de raisons et de destins embrassés dans cette (en)quête de réponses.
Puisque la contradiction, les débats, le débunkage, le fact-checking, les enquêtes journalistiques et les dénonciations à répétition de la rhétorique extrémiste semblent ne produire aucun effet, pourquoi ne pas s’en remettre au sarcasme et à l’ironie pour pointer la dérive fasciste ?
On ne va pas se mentir, l’annonce d’un reboot des aventures de Zorro en série télé quelques décennies après la première diffusion en France de la version signée Disney avec Guy Williams en justicier masqué a provoqué une réaction instinctive : pourquoi ?
Pourquoi, à chaque fois que j’achève de lire un livre d’Aurélien Bellanger, me dis-je que mon temps aurait été mieux employé à faire autre chose ? Politiquement ambigu, stylistiquement pompeux, le nouveau livre d’Aurélien Bellanger estampillé « roman à clé(s) » avait pourtant quelques atouts depuis son titre provocateur jusqu’à son sujet sensible : la laïcité dévoyée, la disparition du parti de Jaurès, la montée en puissance d’un courant de pensée équivoque dont l’agenda serait de venir transformer sinon remplacer l’idéal originel…
Sur le plateau du second grand débat télévisé du jeudi 27 juin 2024, Jordan Bardella s’est cru autorisé à persiffler sans vergogne en lançant à Olivier Faure « ça y est, Jean Moulin est de retour » en arborant un large sourire toutes dents dehors, fier de sa répartie écrite à l’avance. Merci à lui, car on peut légitimement s’autoriser à répondre au président du RN sans craindre de se voir opposer d’avoir atteint le point Godwin en moins de temps qu’il n’en faut à un identitaire pour lever le bras et crier « Ausländer raus » dans une soirée entres potes ou à un corbeau pour envoyer des lettres anonymes au motif que « le peuple français historique en a plein le cul de tous ces bicots. »
Le 6 mars 2015, Christine Angot écrivait dans Libération : « ça sert à rien d’écrire des chroniques ». Neuf ans – presque deux quinquennats – plus tard, ce texte est toujours d’actualité. Ça sert à rien d’écrire des chroniques parce qu’apparemment tout le monde s’en fout. On a beau vouloir éveiller les consciences, interpeller, faire réfléchir, questionner, faire un pas de côté en usant de l’ironie ou en y allant frontalement pour mieux tenter de toucher les esprits et faire bouger les lignes, il semblerait qu’en cette fin juin 2024, ça n’a effectivement servi à rien.
Cher Facebook, je n’en suis pas à ma première missive, souviens-toi, je t’avais déjà écrit pour te dire que je te quittais… sans mettre ma menace à exécution. Aujourd’hui encore, la vérité m’oblige à te le dire, ton algorithme me fatigue !
Peut-on être témoin de l’histoire en marche en vivant reclus, tenu à l’écart du monde ? Telle est en filigrane, la question posée par A Gentleman in Moscow, série britannique en huit épisodes créée par Ben Vanstone et diffusée depuis le 30 mai sur Canal Plus.