Terrain vague (78.1) : Ryûsuke Hamaguchi, Soudain / Arthur Harari, L’Inconnue

Léa Seydoux (L’inconnue) / Virginie Efira et Tao Okamoto (Soudain).

12 juillet 2026. Commencer par mettre en ordre quelques notes arrachées au silence par temps d’extrême chaleur. Cela fait maintenant un peu plus de deux mois que j’ai pris connaissance des onze volumes de Retour au goudron, ultime opus du post-exotisme signé Infernus Iohannes – autour de 2500 pages, très addictives. J’en suis à Survies minuscules (Éditions du sous-sol) qui accumule listes de propositions, récits de rêve, dépôts de plaintes et dénonciations, sans oublier une vie d’écrivain singulièrement pathétique, qu’il convient de déguster par petites gorgées, si l’on désire en apprécier les subtilités : « De toutes les grands-mères alignées sur le banc au moins trois sont les miennes. »

Ou encore, dans cette même section, Les aventures nocturnes du camarade Boris : « Brune, en robe vert Véronèse, une femme me fait une déclaration d’amour en latin, sous forme d’un magnifique poème. Je suis assis sur scène, je tourne le dos au public. Devant moi, la femme est statufiée, l’éclairage se concentre sur elle, l’espace autour d’elle est noir. Ce qu’elle dit est pudique, poétique, très simple et beau. Je ne comprends pas tout, mais, plus que d’habitude encore, j’ai envie de me suicider. » Le ton – enfin, un des tons dont fait usage le narrateur aux mille visages – est donné, incorporant cette dose d’humour plus que bienvenue en ce début d’été où chaque journée s’avère plus oppressante physiquement que la précédente. On y revient dans le seconde partie de cet épisode, et probablement au cours des semaines, voire des mois, à venir – Retour au goudron ne se laissant pas circonscrire à quelques feuillets : amateurs, amatrices de résumés parfaits, de synthèses implacables, de recensions aux petits oignons, passez votre chemin, même si vous êtes toujours bienvenu(e)s dans ce jardin aux sentiers qui bifurquent qui a pris nom, ici, de Terrain vague.

1.

24 mai 2026 : première vision au Pathé Boulogne de Soudain de Ryûsuke Hamaguchi, grâce à une avant-première ouverte au public. Le film dure 3h16, soit, à une ou deux minutes près, la durée de Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette. Comme ce dernier, c’est un film sans longueurs : tout au long de la projection, on compte davantage les respirations que les secondes qui s’écoulent. J’ai déjà noté ici-même en juin dernier mes premières impressions à son sujet : S’il existait une palme d’or du film le plus fin et le plus intelligent, du simple point de vue du regard et de l’écoute, Soudain l’obtiendrait aisément.

Ce septième film distribué en France (onzième au Japon) du plus passionnant des anciens élèves de Kiyoshi Kurosawa sort en salles le 12 août. Dans l’impossibilité de le revoir pour l’instant, je me console avec ses opus précédents, de Passion (2008) au Mal n’existe pas (2023), en passant par Contes du hasard et autres fantaisies (2021) qui, bien davantage que Drive my car (Prix du scénario à Cannes, 2021), propose l’essence même de ce cinéma. Dans quelques mois, quand le blu-ray de Soudain sera disponible, on reprendra contact avec ses deux héroïnes, l’anthropologue devenue directrice d’EHPAD et la philosophe devenue metteur en scène de théâtre atteinte d’un cancer en phase finale, interprétées par Virginie Efira et Tao Okamoto – toutes deux Prix d’interprétation féminine à Cannes en mai dernier – qui, tout au long du film, échangent aussi bien en français qu’en japonais. Ryûsuke Hamaguchi : « Au moment où j’ai imaginé Soudain, des références me sont venues du cinéma français, à commencer par Rohmer, Ma nuit chez Maud, et ses grandes conversations philosophiques, et Jean Eustache. Le public français a la capacité de regarder ce genre de films comme un divertissement, il y a une culture des films de dialogue, et quand la société de productions CinéFrance m’a proposé une collaboration, je me suis dit voilà, cette mémoire du cinéma va peut-être me permettre de faire ce film » (Libération, 12 août, propos recueillis par Élisabeth Franck-Dumas). Mais, contrairement aux dialogues – bavards mais subtils, incitant à nombre de réflexions –, sa splendeur visuelle et sonore ne sera pas si facile à commenter, tant elle nous laisse sans voix – nombre de scènes, comme celle « du tram », qui conduit à celle « du théâtre », étant proprement irracontables de mémoire, même si elles y déposent des traces durables.

Que sortira-t-il de ces retrouvailles ? La critique ne consistant pas à étaler son ressenti immédiat, un peu de recul est nécessaire, notamment pour se frotter au concept d’humanitude qui donne une grande importance au toucher, au regard et à l’écoute, et qu’il importe d’envisager en tant que lutte concrète, en devenir, et non comme solution miracle pour régler le problème de la bientraitance en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Tout spectateur, toute spectatrice, de Soudain se remémorera longtemps l’étonnante, la sensuelle scène de massage des pieds qui met en relation des comédien(ne)s professionnel(le)s et des résidents de l’EHPAD au moment du tournage.

Ryûsuke Hamaguchi, Soudain © Cinéfrance Studios

Ryûsuke Hamaguchi : “Je suis venu faire des recherches en France en 2024 pour les besoins du scénario. Je cherchais un pont pour lier les deux pays qui permette de construire l’arc narratif du film. C’est à ce moment-là que j’ai repensé à une technique de soins qui s’appelle l’humanitude, sur laquelle je m’étais documenté. C’est une technique créée en France qui existe depuis une quarantaine d’années au Japon. Je suis venu visiter des EHPAD qui essayent de mettre en pratique cette technique, certains où elle est bien ancrée, d’autres où elle est plus difficile. […] J’ai commencé à réfléchir aux raisons systémiques qui font que le milieu du soin fait souvent face au manque de temps. Ces questions touchent plus largement la société dans laquelle on vit, le fonctionnement dans lequel on est pris. Pourquoi est-ce qu’on est amené à traiter les gens comme des objets ? Cela vaut aussi pour le milieu du cinéma, le travail qu’on peut mener avec les acteurs, comme cette tendance à vouloir, comme des marionnettes, les manipuler à notre guise (id.) ». Mais, comme cela avait été le cas pour l’antipsychiatrie dans Family Life (1971) de Ken Loach, il ne s’agit pas de proposer un film à thèse susceptible d’alimenter un peu plus tard une émission de débat à la télévision (les métamorphoses des Dossiers de l’écran étant infinies) ; ni même de se satisfaire d’un pur acte militant : il y a, certes, les intentions – qui peuvent être justes, s’accordant à une forme d’« utilité sociale » –, mais aussi ce qui les dépasse : ce qui demeure énigmatique, ou du moins irrésolu – le  plus important étant d’éviter toute simplification ; et pour cela, il faut laisser toute sa place au silence, élaborer divers entrelacements de motifs, jouer avec les échanges, parfois insaisissables, entre regard et écoute.

Ryûsuke Hamaguchi, Soudain © CinéFrance Studios

Virginie Efira (dossier de presse du film) : « Le premier jour, [Hamaguchi] a adressé une note à toute l’équipe. Il y attirait l’attention sur trois points. D’abord, la sécurité : rien n’est plus important que la sécurité, y compris psychologique, et chacun a le droit de demander que le tournage s’arrête. Ensuite, les émotions : elles sont ce que les comédiens ont de plus précieux à apporter, il faut donc les protéger. Enfin, le hasard : seul le hasard peut faire surgir certaines choses, il faut être prêt à l’accueillir. Tout est toujours formulé ainsi chez lui : de manière très structurée, très pensée, appliquée pourtant à des choses qui relèvent de l’intangible. Et cela concernait toute l’équipe, pas seulement les acteurs. Il y avait une vraie circulation. Une sensation de corps commun. Une joie aussi. Je n’ai jamais vu un tournage où l’on applaudissait autant à la fin des prises, y compris parmi les figurants. Et cela se ressentait aussi dans la manière dont les personnes âgées étaient regardées. Nous tournions dans un EHPAD en activité, avec des résidents réels. Hamaguchi avait une façon d’être avec eux qui n’était jamais démonstrative. Ce n’était pas un geste moral ou illustratif. C’était simplement là. »

Raison de plus de s’y précipiter [ajout. 20 août. Box-office France, première semaine : 91400 entrées], non seulement parce que 3h16 de climatisation ne se refusent pas, mais aussi – et surtout – pour admirer, entre autres choses, cette représentation nocturne et lumineuse des quais de Seine à Paris, dont la magie est équivalente à celle des hauteurs de Kyoto, et qui nous a fait remémorer instantanément Quatre nuits d’un rêveur de Robert Bresson.

Ryûsuke Hamaguchi, Soudain © CinéFrance Studios – Julien Panié

Ryûsuke Hamaguchi (dans le même dossier de presse) : « Avoir le temps de se confronter à soi-même est important. Peut-être que le film permet ce temps-là. J’espère que les spectateurs auront envie de le voir plusieurs fois. Et j’aimerais ajouter une chose. J’ai été extrêmement admiratif du travail de tous les comédiens, et tout particulièrement de Virginie Efira et de Tao Okamoto. Je crois que je n’ai jamais été aussi ému derrière la caméra. […] Au-delà du fait qu’un cinéaste japonais tourne en France, il s’est produit quelque chose de très simple et de très universel : nous avons fait un film ensemble. » Tout est là. Et c’est bien plus rare qu’on ne croit.

2.

Vu en projection de presse, dix-huit jours plus tard : L’Inconnue de Arthur Harari, en salle le 26 août. Je me souviens avoir quitté la salle avec une impression un peu mitigée, considérant cependant que c’est un film « à voir » et surtout « à revoir » quand il aura fait un peu de chemin dans la tête (note du 19 juin).

L’Inconnue est l’adaptation d’une bande dessinée, Le Cas Zimmerman (Sarbacane, 2024), qu’Arthur Harari a co-écrite avec Lucas, son frère dessinateur. Comme le temps passe autrement dans un film que dans une bande dessinée, la mémoire enregistre différemment ce qu’elle reçoit à première lecture (qui est une fois encore, au moment où j’écris ces lignes, la dernière). Trente-et-un jours plus tard, ce qui a été retenu a voyagé et, ce faisant, s’est lentement métamorphosé, même si le tri entre ce qui a provoqué une réelle adhésion et ce qui a conduit à prendre distance ne s’est pas encore opéré clairement [En aparté. Seule chose qui ne passe pas : la musique dite originale, notamment pour piano, sonne selon moi à côté de la plaque, car ce n’est qu’en apparence, par l’usage d’un certain nombre de clichés mélodiques et harmoniques, qu’elle se frotte à la mélancolie, qui est pourtant un des motifs du film ; ou du moins le prétexte à mettre en scène une lutte que la musique aurait dû accompagner.]

Quoi qu’il en soit, L’Inconnue ne cesse de se bonifier à chaque révision intime, revivifiant le « ressenti » de ce qui s’est précisément gravé, comme au burin ou à la pointe sèche ; et surtout, il nous sidère par la force de certains détails qu’une simple méditation fait ressurgir dans leur matérialité, comme autant de flashs mémoriels produisant in fine le coup de foudre qui n’eut pas lieu à première projection – comme s’il ne devait produire son effet qu’avec le temps. C’est pourquoi il faut toujours revoir les films ; et si on ne le peut pas, il faut se les repasser dans la tête, même troués, semés de lacunes, avant de commencer à déposer quoi que ce soit à leur sujet. Énoncer un jugement à la sortie d’une première projection, c’est risquer, non seulement de se tromper, mais surtout de se trouver assez vite en désaccord avec soi-même.

Niels Schneider dans L’Inconnue d’Arthur Harari © Pathé distribution

Un mot du synopsis qui nous est proposé dans le dossier de presse du film qui a l’avantage de ne révéler que peu : À bientôt 40 ans, David Zimmerman est photographe mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit… Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue. Il nous faut donc le prolonger quelque peu : et elle dans son corps à lui qui, un peu plus tard, piègera une autre victime que Zimmerman rencontrera inévitablement. La narration, souvent cauchemardesque, frayant du côté du fantastique, entretient en permanence suspense et vertige (s’il fallait caractériser le film d’un seul mot, ce serait vertigineux), cheminant vers une fin dont chacun(e) décidera si elle est ouverte, aussi bien tragique que paradoxalement heureuse, ou non – le problème n’étant pas de l’élucider, mais d’établir une forme d’accord, non nécessairement consonant, entre ce qui est montré, ou dit, et ce qui aura vagabondé en nous, un « nous » tant individuel que collectif, fédérant qui a un corps participant fortement de son identité (en conscience que, comme l’a écrit Roland Barthes, « Mon corps n’a pas les mêmes idées que moi »).

Car c’est bien de cela qu’il est question : du corps ; en changer, c’est aussi prendre la voix de l’autre tout en préservant ses souvenirs personnels, ses modes de pensée plus ou moins propres, qui en prennent forcément un coup, eux aussi. Le plus frappant, c’est que les corps sont montrés sans complaisance, à commencer par ceux des deux principaux acteurs, qui nous surprennent, au regard de ce que nous avions gardé en mémoire de leurs précédentes apparitions.

Léa Seydoux dans L’Inconnue d’Arthur Harari © Pathé́ distribution

Arthur Harari (dossier de presse du film) : « Léa Seydoux a accouché trois mois avant le tournage. Lorsqu’elle m’a annoncé qu’elle était enceinte, j’étais très heureux pour elle mais je me suis demandé si nous allions devoir décaler, ce qu’elle a d’emblée exclu. Nous avons senti intuitivement que ce serait extraordinaire pour le film, si elle pouvait y jouer si tôt après son accouchement. Elle n’en a jamais douté, ce qui m’impressionne. Niels [Schneider] avait maigri pour un autre rôle quand nous avons fait la première séance de travail. C’était frappant, son regard ressortait. En accord avec lui, nous avons décidé qu’il pousserait la métamorphose plus loin, en maigrissant encore. Au naturel, Niels est un garçon tellement beau et athlétique, éclatant de vitalité. David ne pouvait pas être comme ça. Tous deux interprétaient une expérience qu’ils vivaient à leur échelle : ils n’étaient pas dans leurs corps habituels. Ça a considérablement apporté au film. J’ai envie de filmer des choses et des êtres qui créent une sensation physique de réalité, jusqu’aux surfaces des murs. Le cinéma peut contredire le réel […]. Mais le cinéma permet aussi de filmer une trace du réel, qui accueille tout, tous les corps, toutes les impuretés. »

Léa Seydoux dans L’Inconnue d’Arthur Harari © Pathé́ distribution

Léa Seydoux est étonnante (et encore mieux : émouvante). Son jeu, sa présence, n’ont jamais cessé de gagner en force – souvenons-nous de La Bête de Bertrand Bonello où elle irradiait à chaque plan. Lors d’un bref entretien au moment de la présentation du film (en compétition au festival de Cannes), elle raconte qu’elle était au courant de l’intention du cinéaste de faire de la bande dessinée, Le Cas Zimmerman, un film, et qu’elle a de suite envisagé le rôle qui pouvait lui être attribué comme une occasion d’expérimenter quelque chose de nouveau. Relisant le script avant le tournage, elle dit qu’elle a été émue par sa complexité, son originalité et aussi sa beauté, avant d’ajouter que c’est un film auquel elle repense énormément – ce qui me renvoie à l’incipit de cette petite lecture « de mémoire » : quelque chose passe immédiatement, malgré certaines perturbations qui barrent provisoirement l’accès à l’émotion, qu’ensuite le travail de relecture mentale, y compris en rêve, résout, comme sans y penser, de manière étrangement fluide, ce qui fait que la perturbation devient autre, moins de l’ordre de l’esthétique, ou de la composition, et bien plus passionnante, bien plus créative sur le plan de l’échange. Il serait intéressant de rapporter des propos de Niels Schneider, remarquable lui aussi ; mais retenons-nous, car cela fait déjà beaucoup de signes à propos, non d’un film vu par un critique, mais de ce processus étonnant de révision – de relance – de la perception, à travers un mix de réflexions et de méditation.

Arthur Harari (id.) : « Je voulais que L’inconnue soit un film d’aventures, un thriller, un film d’angoisse, une enquête. […] L’enjeu était de traverser beaucoup d’états, de décors, de rythmes différents, de rapports contrastés à l’espace, et ça reposait entièrement sur la mise en scène. […] Il fallait que le film se métamorphose sans arrêt, qu’il avance dans l’inconnu, l’imprévisible, avec un côté presque feuilletonnant, accueillant le mélodrame et la tragédie. L’autre peur que j’avais, c’était qu’on ne croit pas que cet homme est une femme, et que cette femme est un homme. C’était un vrai pari : je vois une femme, mais je sais que c’est un homme. Ça ne pouvait pas rester théorique, il n’y aurait pas eu de film. Léa Seydoux et Niels Schneider ont effectué un travail d’incarnation admirable. Ils étaient vraiment dans la croyance. Niels durant tout le tournage avait l’impression d’être cette jeune femme. Léa disait qu’elle savait qu’elle était David, il n’y avait pas de doute. Elle répétait “Je suis David”. »

Léa Seydoux et Niels Schneider dans L’Inconnue d’Arthur Harari © Pathé distribution

L’inconnue est loin d’être une variation sur la métamorphose de Tirésias. Arthur Hariri nous propose d’autres pistes dans ce même entretien : « J’ai été très marqué par la lecture de L’Érotisme de Georges Bataille, où il décrit les humains comme des êtres finis, des “traits d’union isolés dans l’espace”. Chacun est séparé de l’autre. Le fantasme de l’érotisme, c’est de parvenir très brièvement à se reconnecter. Au moment de l’acte sexuel et de l’orgasme, cette séparation de chacun se suspend, quelque chose d’une continuité est retrouvée, non seulement avec un autre être mais avec le tout. Cette image désespérante de la solitude qui s’abolirait pendant l’acte sexuel a sûrement nourri le film. » Et l’idée de faire pénétrer son nouveau corps (féminin) par son ancien corps (masculin), avec l’espoir d’enfin le retrouver, n’est pas anecdotique ; c’est, une fois encore, vertigineux. Notons pour finir la présence de Radu Jude dans le rôle du père de Malia, la fille emprisonnée dans le corps de Zimmerman/Schneider, que je me garderai bien d’interpréter comme un signe. Comme il faut conclure, certes provisoirement (car il faudra le vérifier plus tard), proposons que L’Inconnue continuera longtemps d’entretenir sa part d’obscure clarté dans les salles obscures, comme dans les home-cinéma, en plein jour. C’est bien pour cela qu’il faut se laisser prendre par ces 2h20 de cinéma incitant au dialogue et non à la contemplation. Mais après avoir également (et fort différemment) pris plaisir aux 3h15 de Soudain, puisque le hasard des sorties les a conduits à se frotter, se confronter, se mettre en tension l’un l’autre, afin de nous apporter quelques étincelles bienvenues en cette rentrée cinématographique dans laquelle on n’oubliera pas la reprise du film de Satyajit Ray, Des jours et des nuits dans la forêt (en version restaurée 4K le 19 août).

Ryûsuke Hamaguchi, Soudain, Diaphana distribution, 196’, au cinéma le 12 août 2026.
Arthur Harari, L’Inconnue, Pathé distribution, 140’, au cinéma le 26 août 2026.