12 juillet 2026. Commencer par mettre en ordre quelques notes arrachées au silence par temps d’extrême chaleur. Cela fait maintenant un peu plus de deux mois que j’ai pris connaissance des onze volumes de Retour au goudron, ultime opus du post-exotisme signé Infernus Iohannes – autour de 2500 pages, très addictives. J’en suis à Survies minuscules (Éditions du sous-sol) qui accumule listes de propositions, récits de rêve, dépôts de plaintes et dénonciations, sans oublier une vie d’écrivain singulièrement pathétique, qu’il convient de déguster par petites gorgées, si l’on désire en apprécier les subtilités : « De toutes les grands-mères alignées sur le banc au moins trois sont les miennes. »
Virginie Efira
Avec Don Juan Serge Bozon signe indiscutablement son meilleur film et l’un des plus remarquables de ce début d’année. Car, loin de souscrire au mythe d’un Don Juan séducteur auquel Tirso de Molina, Molière puis Mozart nous ont habitué, Bozon offre un séducteur qui ne parvient plus à séduire : Laurent, un acteur qui doit interpréter Dom Juan, est abandonné par Julie, la femme qu’il aime. Le film devient alors une magistrale traversée du désamour avant que, comme chez Hitchcock, Julie ne revienne pour une seconde chance. Réinterprétation neuve du mythe, variation inédite sur les tourments de la passion, Don Juan de Serge Bozon ouvre à des questions que Diacritik ne pouvait aller manquer de poser au cinéaste le temps d’un grand entretien.
« L’homme n’est jamais aussi semblable à lui-même que lorsqu’il est en mouvement » déclarait Le Bernin quand, sculptant le buste de Louis XIV, loin de figer son modèle, il laissait le monarque libre de ses gestes, le laissant tourner autour de lui, évoluer à sa guise comme l’homme même de l’âge baroque. Car le véritable modèle de cet homme du Siècle d’or, c’est avant tout Don Juan, l’homme de l’identité protéiforme, des incarnations successives, paradigme résolu des amours variées et incessamment variables. Mais sans doute cette formule du Bernin bientôt devenue devise d’un XVIIe siècle épris d’apparences trompeuses et d’identités fuyantes est-elle elle-même prise à revers et à son propre piège baroque dans le magistral Don Juan de Serge Bozon qui vient de sortir sur les écrans et qui, à ne s’y pas tromper, s’impose, après les remarquables Tip Top et Madame Hyde, comme son meilleur film.