L’homme qui nageait dans la baie

Un homme ( roman, Philip Roth ), c’est une vie.

Celle d’un jeune garçon juif devenu publicitaire, deux fils, une fille, trois ex-femmes, des maîtresses, désirs, amours, secrets, trahisons, haines, lassitude, baises, vieillesse, hospitalisations, opérations, chaos des sentiments, chaos du corps ( un roman, un roman de Philip Roth ).

Une vie qui vient de prendre fin. 

Celle d’un « père raté », d’un « frère envieux », d’un « mari menteur », d’un « fils inutile » ( un roman, un roman de Philip Roth ).

Celle du petit garçon qui a maintenant soixante et onze ans et qui peu avant sa mort s’est rendu au cimetière où ses parents sont enterrés, vieux cimetière juif abandonné, délabré, et qui pleure face à la pierre tombale, face à leurs deux noms gravés, et qui parle à leurs os, et dont la dernière image, sur le lit d’hôpital, avant de sombrer, sera celle « de ce gamin dont le petit corps-torpille fuselé, immaculé, avait jadis chevauché les grosses vagues atlantiques, dans l’océan déchaîné, à cent mètres des grèves. »

Et à son enterrement, dans le même cimetière, sa deuxième ex-femme aura ses seuls mots : « Je le revois toujours en train de nager dans la baie. »

Une ancienne maîtresse sera la dernière à s’approcher de la fosse, « dans un sourire, elle fera  lentement couler la terre du creux de sa main sur le cercueil, en un geste qu’on aurait cru préluder à l’acte de chair. »

( Un roman, un roman de Philip Roth ).