Les premiers coups, frappés par le personnage principal à la porte d’un homme en deuil, résonnent dans le noir. Alors que Némésis, le roman de Philip Roth débute dans la canicule aveuglante d’un été américain, la transposition de Tiphaine Raffier installe d’abord l’obscurité sur le plateau. Car cet été 44 est celui du deuil.
Nemesis
Un homme ( roman, Philip Roth ), c’est une vie.
Philip Roth n’aura donc jamais le Nobel… Quelle importance ? Il est, à jamais l’un des plus grands écrivains américains, toutes époques confondues. Dans Manhattan People, Christopher Bollen écrit que la mort raconte « la vie à l’envers », la « biographie du défunt » se muant en « en quête acharnée pour tenter de comprendre ». Dans le cas de Roth, tout a été pensé avant et par l’écrivain : il y a quelques années, il avait annoncé avoir renoncé à l’écriture en 2010 (mais l’avoir d’abord tu), travaillant à la biographie que lui consacre Blake Bailey (il rassemblait pour lui ses archives) et à des échanges ludiques de textes avec Amelia, la fille d’une de ses amies proches, dont il admirait la fraîcheur et l’imaginaire. Mais jamais, plus jamais, de fiction, assurait-il. Parcours d’une œuvre et d’une vie, à l’envers, alors que la mort de l’écrivain vient d’être annoncée, mardi 22 mai 2018. Il avait 85 ans.