« Guirlanda » de Lorenzo Mattotti et Kramsky : le dessin sauve de l’ignorance

Lorenzo Mattotti © Dominique Bry

Épopée, geste fantasmagorique, conte humaniste, Guirlanda de Kramsky et Mattotti emprunte mille chemins dans un seul but : célébrer l’amour, la tolérance et la différence, l’espoir et la beauté.
Entretien avec le dessinateur, peintre et illustrateur Lorenzo Mattotti. Où l’on apprend que le temps a été son allié, que Jerry Kramsky est un formidable metteur en mots et que la plume alerte de Mattotti peut se faire (un peu) politique.

« Au-delà des soupirs des nuages, entre les horizons du crépuscule s’étend la terre de Guirlanda. » Le rideau se lève sur un pays imaginaire peuplé de personnages étranges, au physique bonhomme. Contemplative et débonnaire, la peuplade Guir vit au gré des saisons et des rites ancestraux. Hippolyte, le fils du chaman du village, attend le retour de son épouse et guette un éventuel présage.

Guirlanda est une quête, un voyage initiatique qui puise sa richesse dans la mythologie et les récits homériques. Entièrement dessiné à la plume, c’est le trait qui dirige, oriente, guide. Lorenzo Mattotti voulait retrouver légèreté, finesse et  simplicité. En parcourant les pages de Guirlanda − en arpentant cette contrée à la suite d’Hippolyte serait plus juste d’ailleurs − comme on chemine dans un livre de souvenirs littéraires et graphiques, on croise nombre de créatures fantastiques et d’épisodes chimériques. On se demande parfois pourquoi Lorenzo Mattotti parle de légèreté tant le propos et les évocations sont tour à tour sombres, philosophiques et toujours pleines de sens. Le trait se fait alors moins naïf, plus dense, plus ferme, il est presque une prise de position : la mise en abyme est proche.

Il n’y a rien dans mes livres ! Donc, Guirlanda n’existe que dans l’imagination

Ces mots sont de la bouche de Bombyx Vespertinus, grand lecteur, érudit, somme de connaissances livresques qui va apprendre à ses dépens que les dessins peuvent montrer des choses qu’il ignorait. C’en est trop pour le savant qui avoue son inculture dans un accès de colère. Kramsky et Mattotti ont distillé quelques messages bien sentis. Gurilanda pourrait même se lire comme un ouvrage politique, en ce qu’il parle de la cité, de la vie en communauté et de ses travers : le rejet de la différence, les superstitions et les jugements hâtifs conduisent souvent les hommes à agir contre eux-mêmes. Et l’imaginaire, la féérie, les mondes merveilleux (et leur représentation) sont autant de réponses à l’obscurantisme et à l’intolérance.

Plus encore, Guirlanda est une histoire d’enchaînements : chaque action induit une réaction, a une conséquence, et Lorenzo Mattotti avoue lors de notre entretien que l’histoire aurait pu être plus longue encore, plus imposante dans sa taille et dimension, mais il a préféré concentrer son histoire (sur 384 pages, quand même !) et clore cette quête.
La Galerie Martel expose son travail jusqu’au 13 mai 2017, autre occasion de voir combien Lorenzo Mattotti est un immense conteur.

Lorenzo Mattotti & Jerry Kramsky, Guirlanda, 384 p. noir & blanc, Casterman, 35 € 

  • Exposition Guirlanda, Lorenzo Mattotti
    A la Galerie Martel du 17 mars au 13 mai 2017
    17, rue Martel – 75010 Paris – de 14h30 à 19h du mardi au samedi