« Haddon Hall » : du Early Jones au Hunky Bowie

Bowie - Néjib

Détruite au début des années 80, il ne reste de Haddon Hall que quelques photographies devant lesquelles pose un artiste aux cheveux longs encore méconnu, sinon incompris. Avant Stupor Mundi qui vient de paraître, en 2012 Néjib faisait de Haddon Hall le narrateur inattendu d’un roman graphique intimiste et pop. Pour raconter, entre 1969 et 1971, la vie de son illustre locataire et comment dans ce lieu David Robert Jones inventa Bowie.

Haddon Hall - NéjibEn 1969, David Jones n’est pas encore l’immense star qu’il est devenu. Le titre Space Oddity a été un « hit » mais son premier album Man of Words / Man of Music est un échec commercial. L’artiste s’interroge, se questionne, puise dans son entourage et remonte le temps pour comprendre ce qu’est le rock à la fin des années 60. Il lit, écoute, observe, cherche la faille dans laquelle s’insérer et percer enfin. Âgé alors de 22 ans, le moral vacillant, contraint de composer (au sens figuré) entre une mère revêche et un frère malade – Terry, atteint de schizophrénie –, David s’installe à Haddon Hall avec Angie, une jeune actrice américaine, future mère de son premier enfant, à une quinzaine de kilomètres au sud du centre de Londres.

Capture d'Øcran 2016-04-03 à 16.12.39Cette bâtisse de la fin du XIXe siècle, sur plusieurs étages, avec ses baies vitrées, son jardin, et ses vastes pièces scindées en appartements va accueillir la crème de la scène londonienne d’alors. A Haddon Hall, on croise Jimmy Page et Robert Plant, (Led Zeppelin), Marc Bolan (chanteur des T-Rex), Syd Barrett (guitariste des Pink Floyd), Tony Visconti (bassiste et producteur historique de Bowie), Tony Defries…

Capture d'Øcran 2016-04-03 à 16.04.04La maison héberge une sorte de communauté de gens et d’esprits disparates qui ont en commun de créer, s’enivrer, de jouer, de jouir. A ce moment de sa vie, la création tient davantage pour Bowie des affres que des astres : la quête n’a pas livré sa récompense. Traversant des périodes de doute intense, quand bien même il a composé (au sens propre) The Man who Sold the World avec Mick Ronson, Mick « Woody » Woodmansey, Tony Visconti, David Bowie vit son manque de succès comme une injustice. Et même si ce sont les premières mesures de Space Oddity que l’on entend le 21 juillet 1969 en ouverture de la retransmission par la BBC de l’arrivée de la mission Apollo sur la lune, tandis qu’il croise John Lennon – en proie à de similaires questions existentielles – ou en découvrant que son dernier album est déjà dans les bacs « en solde » à peine sorti, David Bowie vit à Haddon Hall des instants d’attente et de grandes insatisfactions.

Bowie - NéjibAvec ce roman graphique dessiné d’un trait fin qui s’envole parfois en volutes psychédéliques colorées, Néjib a su restituer l’esprit du Swinging London de la fin des années 60, les difficultés financières, le foisonnement intellectuel et l’invention du glam, le questionnement d’un artiste qui semble encore se chercher, sa détermination à trouver la plénitude par la création et l’ascension de Ziggy Stardust.

A l’instar d’Hérouville, autre manoir que Bowie traversera (pour Pin Ups en 1973 et Low trois ans plus tard), sous la plume et les crayons de Néjib, Haddon Hall se fait lieu de légende(s).

 

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Néjib, Haddon Hall, Quand David inventa Bowie, 144 p. couleur, Gallimard, 19€.

9782070668434

Néjib, Stupor Mundi, 288 p. couleur, Gallimard, 26€, sortie le 8 avril 2016.

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