La caponata sicilienne de Colette Fellous

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Dans La Préparation de la vie, son dernier livre (Gallimard, 2014), à la page 190, alors que c’est « presque la fin du Ramadan » et de ce texte si sensible, Colette Fellous prépare « une caponata sicilienne pour ce soir ».« Trois aubergines, trois branches de céleri coupées en dés, un peu de sucre, du vinaigre balsamique, deux oignons blancs, une boîte de tomates concassées, quatre tomates fraîches, du basilique, des olives noires, un peu de sel un peu de poivre (il tuo occhio misura), je mets dans un bol bleu les câpres et les pignons de pin que j’ajouterai seulement au dernier moment. Je découpe aussi de fines tranches de boutargue, des artichauts crus au citron confit, du fenouil en quartiers, deux rondelles de concombre ».

Mais nous reviendrons à Jeff, la Tunisie, Roland Barthes, à ce tissu d’une vie et des lieux que traverse Colette Fellous. Barthes est son « guide vagabond », Colette Fellous est celui du lecteur. Une voix, « « . (Article à lire ici)

Plusieurs, de fait : Il est parfois des rencontres à l’origine de lectures, une conversation, un échange et ce sont souvent les plus riches. Je parlais, il y a quelques jours, avec Eric Boury, rencontré depuis longtemps à travers ses traductions. Avec Illska, le dialogue silencieux entre le livre et moi est devenu conversation, réelle, régulière, avec Eric. Et voilà qu’il me cite un titre de Colette Fellous, La Préparation de la vie, en cherche un extrait, me l’offre :

« J’écris pour retoucher, revoir, réparer, rectifier, réajuster, recomposer. J’écris pour que tout change. J’écris pour revenir. Encore et toujours. Pour rendre visite aux tremblements, aux balbutiements, aux éblouissements. Pour être pile là où j’ai perdu la voix. Pour rencontrer la stupéfaction, la vêtir, la mettre en scène, la draper, lui offrir des listes infinies de rôles, de masques, de gestes, de couleurs. J’écris pour être enfin mon propre labyrinthe. Un homme labyrinthe ne cherche jamais la vérité, mais uniquement son Ariane. J’écris pour le goût du vertige. Pour sauter dans le vide sans mourir. Pour dire non. Pour désobéir à la chronologie. Pour me cacher, me perdre me blottir. Pour ne plus être moi. pour respirer mieux. J’écris pour être ensemble. Et pour le plaisir de faire face ».

Ce texte, je l’avais raté parmi les sorties de l’année dernière — c’était chez Gallimard, en blanche et en mars 2014. Mars est de ces mois maudits, vous n’avez pas fini d’écluser la rentrée de janvier, c’est le salon du livre, l’urgence, déjà le désespoir. Impossible de tout lire, impossible d’écrire sur tout ce que vous avez lu, impossible de trouver de la place dans votre journal pour un énième papier littéraire. Mais les grands livres n’ont pas d’actualité sinon celle de votre lecture. Ce moment, ce présent que vous avez avec lui en partage. Qu’importe mars et les calendriers. Qu’importe si l’urgence est là, la vôtre, la sienne, lire et écrire « pour être ensemble ». Et je reparlerai, très vite, de ce livre qui m’a bouleversée. Merci, Eric, merci Colette Fellous.

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