De nos frères blessés, premier roman de Joseph Andras, vient de paraître en poche. Le récit est centré sur un homme, Fernand Iveton, un homme dont l’action a marqué l’histoire et les mémoires, un « nom maudit » comme l’énonce la citation de Benjamin Stora et François Malye (François Mitterrand et la guerre d’Algérie) en exergue du roman :

Philippe Rahmy, c’était – j’aimerais tant pouvoir continuer à écrire « c’est », et peut-être devrais-je le faire, adoptant sa façon à lui de rester libre, en refusant « de contempler la réalité en face » (Pardon pour l’Amérique, p. 83) – un regard qui sondait jusqu’au tréfonds de votre abîme pour y cueillir vos débris d’étoiles, qui les ramenait à la surface, et qui riait avec vous en comparant leur état piteux avec celui de ses propres bribes (« les petites choses. Jamais de larmes, jamais de cris », p. 43).

Voici une robinsonnade postmoderne en quelque sorte. C’est que Robinson, le héros, est un jeune autiste (10 ans) et que son île n’est autre que sa personne même, celle que raconte par petits tableaux son père en bon Vendredi qu’il est, protecteur et infatigable. Comme on voit, les rôles langagiers sont ici inversés : Robinson n’a pas la parole ou plus justement est sans parole (hormis ses rires, ses pleurs, ses colères) tandis que le père ne cesse guère de s’adresser à lui, veilleur attentif et toujours en alerte.