Il y a trois films dans Les Guerres de Christine S. : le film lui-même avec des extraits de deux autres films de Philippe Vallois, Huguette Spengler, ma patrie la nébuleuse du rêve (1984) et On dansait sous les bombes (1994), un documentaire qui suit Christine Spengler lors d’un reportage qu’elle effectua au Liban. Plusieurs strates composent par conséquent ce portrait dans lequel on reconnaît le « style » d’un cinéaste.

Arnaud réouvre son chantier. Les fouilles reprennent : cette vaste entreprise de dérushage de l’inconscient collectif américain commencée avec Diane Wellington il y a dix ans. On lui a confié un trésor, des kilomètres de pellicule U.S, d’archives de toutes natures, comme on confiait aux premiers colons d’immenses espaces à défricher. Il a carte blanche pour labourer, triturer, farfouiller, se perdre, s’y retrouver.

Peu de cinéastes contemporains s’obstinent encore à faire œuvre. Précarité, désir de visibilité, cynisme parfois, tout les pousse à se renouveler, à se saisir un à un des créneaux du film de genre, à se passer commande, suradaptés qu’ils sont à des systèmes de financements au coup par coup. Pourtant certains, en une ascèse de plus en plus intenable, continuent coute que coute à creuser leur sillon, à construire leur cinéma patiemment, comme en sourdine, au risque d’un déclassement.

Prenez un premier rôle musculeux sévèrement burné, opposez-lui un adversaire un peu lisse mais ténébreux quand même, ajoutez un mentor au grand cœur et un ou deux personnages féminins histoire  de réduire un peu le taux de testostérone au mètre carré et vous avez tous les ingrédients de Balle perdue : un film d’action français qui s’ajoute à la trop longue liste des films dont ne souviendra plus dès le début du générique de fin.

Le bonheur dans l’amour, disait Proust, est un état anormal. Peut-être est-ce cette terrible et tranchante loi qui résonne aux oreilles de Richard lorsqu’il découvre, un soir, que Maria, sa femme depuis bientôt 20 ans, le trompe. Mais sans doute s’agit-il également ici d’une loi fondatrice du cinéma de Christophe Honoré qui, avec Chambre 212, son splendide nouveau film qui vient de sortir, invente une manière neuve de vaudeville qui entend, par tous les moyens, retrouver l’état anormal dans lequel jette l’amour.