« Voilà le cinéma pur ! » s’était exclamé André Bazin devant le film de Nicole Vedrès, Paris 1900 (1947), qui rassemble sept cents fragments de films, bouts d’actualité et miettes de fiction. Ce film, taillé dans la matière de l’archive, bouleversa Chris Marker et fut décisif dans l’élaboration de son œuvre. Il faudrait dire ici « Voilà l’histoire pure ! », à la lecture de cette réédition du volume de Philippe Artières et Dominique Kalifa, Vidal, le tueur de femmes.
fait divers
Détective est une antonomase inversée, de ces noms communs devenus non seulement un nom propre mais une marque. C’est la spécificité des grands journaux, peut-être, que de faire sinon oublier du moins passer au second plan l’usage courant d’un mot, c’est la carrière onomastique de cet hebdomadaire à l’ambition démesurée — « à la fois journal et magazine », tout ensemble « savant », « historien » et « romancier », soit être « partout… pour tous » comme le proclame hautement l’édito de son premier numéro, le 1er novembre 1928 — auquel Marie-Eve Thérenty et Amélie Chabrier ont consacré des journées d’étude, une exposition puis un livre, Détective Fabrique de crimes ? (Joseph K), variation dans les approches d’un même support médiatique dont elles démontrent la pertinence et la richesse.
L’œuvre de Thierry Hesse, du Cimetière américain (2003) au Roman impossible qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier, interroge inlassablement notre rapport au réel et à l’Histoire mais aussi la fiction dans son pouvoir à dire les forces et hantises, collectives comme intimes, qui les et nous traversent, au point de rendre, peut-être tout roman impossible.
Suite et fin de la mini série consacrée aux quatre prétendants au Goncourt 2016, après Catherine Cusset, Gaël Faye et Régis Jauffret, aujourd’hui la Chanson douce de Leïla Slimani, titre antiphrastique s’il en est, conte noir et fiction de fait divers, aux éditions Gallimard.
La fictionnalisation de faits divers réels est l’une des tendances lourdes de la littérature contemporaine, française comme étrangère : ce principe de confrontation du réel et de la fiction via le crime n’est en rien nouveau, il semble cependant s’accentuer depuis quelques années et la rentrée littéraire 2016 en est une nouvelle illustration, que l’on pense, entre autres exemples, à Laëtitia d’Ivan Jablonka, The Girls d’Emma Cline, California Girls de Simon Liberati ou à l’exceptionnel Sacrifice de Joyce Carol Oates.
17 janvier 1977. Gary Gilmore est exécuté, pour un double meurtre commis « de sang froid » en juillet 1976. Il se rêvait « gangster pour bousculer les gens », admirait Gary Cooper et Johnny Cash. L’Amérique a été fascinée par ce criminel hors du commun qui exige son exécution, refuse de faire appel, interroge la célébrité paradoxale que lui confèrent les médias, l’utilise pour confronter son pays à ses propres contractions, à l’échec de son système répressif. Norman Mailer en fait le sujet central de son roman, Le Chant du bourreau, The Executioner’s Song, publié en 1979, couronné par le prix Pulitzer.
Politique, télévision, fait divers, musique et société. C’est la revue de presse du chutier.
La Déposition de Pascale Robert-Diard, paru aux éditions L’Iconoclaste en janvier dernier, est le récit d’une saga judiciaire et intime, la fameuse affaire Agnelet, qui a tenu le public en haleine pendant près de quarante ans, de la disparition d’Agnès le Roux, en 1977, au dernier rebondissement de l’affaire, en 2014.
Comment expliquer le charme étrange et paradoxal que le fait divers, cette « horreur miniaturisée », exerce sur nous ? Cette question est à l’origine de l’«essai» que publie Mara Goyet chez Stock, Sous le charme du fait divers, interrogeant son « inquiétant enchantement », sa « promotion », son « style » et son « esthétique », à travers journaux, romans, films et séries.
Tout fait divers est un roman potentiel. Capote ou Norman Mailer, pour en rester au domaine américain, en ont donné les codes, que l’on pense à De Sang froid ou au Chant du bourreau, interrogeant les notions de justice ou de crime, et leurs frontières, et renouvelant le genre de l’enquête. Walter Kirn s’inscrit dans leur lignée, sa route ayant, bien malgré lui, croisé celle d’un héros de fait divers, un mystificateur en série, Clark Rockefeller, l’un des plus grands imposteurs de notre époque, Christian Gerhartsreiter, qui se fit passer pour un Rockefeller.
Je suis un personnage dans une histoire à propos d’une illusion à laquelle chacun veut croire.
Je suis en prison, et je vais passer devant le juge.
Je suis complètement baisé .