Avec Don Juan Serge Bozon signe indiscutablement son meilleur film et l’un des plus remarquables de ce début d’année. Car, loin de souscrire au mythe d’un Don Juan séducteur auquel Tirso de Molina, Molière puis Mozart nous ont habitué, Bozon offre un séducteur qui ne parvient plus à séduire : Laurent, un acteur qui doit interpréter Dom Juan, est abandonné par Julie, la femme qu’il aime. Le film devient alors une magistrale traversée du désamour avant que, comme chez Hitchcock, Julie ne revienne pour une seconde chance. Réinterprétation neuve du mythe, variation inédite sur les tourments de la passion, Don Juan de Serge Bozon ouvre à des questions que Diacritik ne pouvait aller manquer de poser au cinéaste le temps d’un grand entretien.

Avec les corps caverneux, Laure Gauthier publie un des textes poétiques parmi les plus importants de ces dernières années. Récit-poème, poème narratif ou encore chant du récit, les corps caverneux dévoile, en sept séquences, une exploration politique et érotique qui remonte jusqu’aux origines de l’être dans le poème. De Rodez en promenade à une déambulation dans un ehpad, les corps caverneux sont ces grottes premières, ces failles que notre société de consommation cherche à combler. Pourtant, elles sont béantes, ouvrant au poème. Puissamment insurrectionnel, les corps caverneux appelle aux soulèvements devant le monde-spectacle. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de l’une des poétesses majeures de notre contemporain le temps d’un grand entretien.

Le vif et puissant Coup d’état climatique de Mark Alizart vient de paraître en poche, réflexion remarquable et tonique sur les questions climatiques, et en particulier celle de l’usage politique du réchauffement climatique, un carbo-fascisme qui consume nos sociétés. À l’occasion de cette sortie en poche chez Alpha, Diacritik republie l’entretien que Mark Alizart avait accordé à Johan Faerber

Indispensable pour penser notre contemporain et en saisir, de manière neuve, les aspirations à l’intensité : tel est le constat qui vient à la lecture de ce nouveau numéro intitulé Turbulences de la Revue de Socio-anthropologie dirigé avec force par Pauline Hachette et Romain Huët. En accès gratuit, ce numéro qui rassemble notamment des textes inédits de Georges Didi-Huberman, de Cédric Mong-Hy ou encore un entretien avec Tristan Garcia, permet de penser à nouveaux frais les quêtes d’intensité innervant notre société.

On l’a désormais compris : chaque nouvelle livraison de Possession immédiate est un événement. Ce splendide volume XI ne déroge pas à cette règle qui offre littérairement, esthétiquement et socialement un vif bouquet de la jeune création contemporaine. Rassemblé par John Jefferson Selve sous le titre « Ton Sauvage est ton Sauveur », ce numéro explore notre présent si troublé et effondré en s’inscrivant contre l’altérophobie et contre l’infatigable narcissisme qui saturent le débat public. D’Alexandra Dezzi à Simon Johannin en passant par Damien Jalet ou Louise Chennevière, Possession immédiate pose les jalons de nouveaux territoires esthétiques et politiques qu’il faut impérativement lire et découvrir.

Michel Jullien est l’un de nos contemporains parmi les plus remarquables : c’est ce que vient encore prouver Andrea de dos, sans doute l’un de ses plus beaux romans, qui paraît ces jours-ci chez Verdier. Quelque part en Amérique du Sud, au cœur du monde lusitanien, deux sœurs, étudiantes, Ezia et Andrea se lancent dans un singulier pèlerinage votif pour espérer guérir leur mère malade : il s’agit de processionner en se tenant avec les autres fidèles à une corde. Et ne pas la lâcher dans cette foule qui ne cesse de s’agiter. Récit à la construction remarquable, diction à l’épure classique qui épouse le grotesque du monde et son désarroi, Andrea de dos se donne comme une pièce supplémentaire à une œuvre déjà conséquente. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.

Aucun doute possible : avec Les Idées noires, Laure Gouraige signe un des romans les plus remarquables de cette rentrée. Roman intersectionnel ? Récit à la croisée d’un questionnement sur la race et le social, Les Idées noires présente une narratrice en quête de ses origines à la faveur d’un coup de fil d’une journaliste qui, un jour, lui demande de témoigner du racisme anti-noir dont elle est victime. Du jour au lendemain, la jeune femme, d’origine haïtienne, prend conscience qu’en dépit de sa condition privilégiée, elle est noire. Avec une rare force, prolongeant les interrogations identitaires de son formidable premier roman, La Fille du père, Laure Gouraige donne ici un des grands romans de notre temps, celui de « Black Lives Matter » : autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

Il faut décidément oublier Houellebecq et se précipiter sur Partout le feu, formidable premier roman de la jeune Hélène Laurain qui paraît ces jours-ci chez Verdier. On est à rebours même de Houellebecq tant Partout le feu est l’antidote idéal au bavardage réactionnaire et la sclérose littéraire. Flamboyant récit au bord de l’apocalypse écologique, Partout le feu brosse le portrait de Laetitia, militante contre les déchets nucléaires au sein d’un groupe d’activistes décidés à mettre fin à la destruction capitaliste de l’écosystème. C’est le portrait d’une « génération Tchernobyl » qui se donne ici avec grâce et violence dans un contre-récit inouï. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

Stimulant, novateur et indispensable pour qui veut penser l’écologie : autant de qualificatifs qui affirment ici l’enthousiasme de lecture qu’offre L’Ange de l’Histoire : Cosmos et technique de l’Afrofuturisme que Frédéric Neyrat vient de signer aux décidément passionnantes éditions MF. De manière profondément originale, Neyrat jette ici les fondements d’une pensée écologique qui, au-delà de Bruno Latour, se saisit de l’Afrofuturisme, de son imaginaire et de sa puissance politique pour repenser l’écologie. Et si l’écologie était le signe du refus d’une révolution copernicienne ? L’écologie pense-t-elle notre rapport au cosmos ? Accepte-t-elle l’étranger ou reconduit-elle l’anthropocène qui se fonde sur l’esclavage et le meurtre des femmes et des hommes noirs ? L’écologie, pour s’affirmer, doit-elle prendre en charge la question de la race comme l’y invite l’Ange Noir de l’Histoire ? Autant de questions brûlantes que Diacritik est allé poser à Frédéric Neyrat le temps d’un grand entretien.

Quelles que soient ses variations, il n’est pas exclu qu’en une œuvre ne s’écrive finalement jamais qu’un seul et même livre. Reste dans ce cas à se demander ce que peut bien envelopper pareille obstination. Pour celles et ceux qui connaissent les ouvrages de Jacques-Henri Michot, notamment Un ABC de la barbarie ou Comme un fracas (Al Dante, 1998 et 2009), il n’est pas très difficile de se prononcer.

Nécessaire et stimulant : tels sont les deux termes qui viennent immanquablement à l’esprit après avoir achevé la lecture du nouvel essai de Laurent Demanze, Pierre Michon : l’envers de l’histoire qui vient de paraître chez Corti. Le spécialiste de Pierre Michon reprend en effet ici à nouveaux frais l’œuvre même de Michon en l’interrogeant depuis son effet de réception, sa classicisation immédiate depuis Vies minuscules dans le champ contemporain en cherchant à lui rendre sa puissance de disruption. Loin de souscrire à la figure du Grand écrivain, Michon en défait avec force le mythe et se pose comme l’intempestif de notre temps lui-même. Autant de nouvelles pistes de lecture sur la voix barbare de l’écrire que Diacritik ne pouvait manquer d’évoquer le temps d’un grand entretien avec Laurent Demanze.

En cette année de présidentielle, impossible de ne pas évoquer l’Éducation nationale afin de réfléchir à une école de demain. Après cinq années de blanquérisme qui ont considérablement affaibli toute démocratie scolaire et verticalisé pour ne pas dire féodalisé les acteurs de l’école, il est temps de rouvrir l’école à la démocratie. C’est le sens du remarquable et indispensable essai de Christian Laval et Francis Vergne, Éducation démocratique : la révolution scolaire à venir qui vient de paraître à La Découverte. Les deux auteurs indiquent sans détour et avec force combien le système éducatif doit désormais jouer un rôle écologique et social éminent : rendre le monde vivable et préserver la planète exigent une refonte de l’école. C’est le défi de chacun. À l’heure où certains enseignants se droitisent et sont tentés par le zemmourisme, il était plus que nécessaire pour Diacritik d’aller à la rencontre de Christian Laval et Francis Vergne le temps d’un grand entretien autour de leurs décisives propositions pour une véritable révolution scolaire.

Avec Avant que j’oublie, Anne Pauly signe un splendide et rare premier roman qui paraît ces jours-ci en poche chez Verdier. Ce vibrant récit creuse la mémoire d’un père par sa fille plongée dans un deuil où, entre douleur et cocasserie, il s’agira pour elle de bâtir un mausolée incandescent. Roman de transfuge de classe diront certains : rien n’est moins sûr. À l’occasion de sa publication en grand format, Diacritik était allé à la rencontre de la romancière. Retour.