Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs.
Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française.
Aujourd’hui, Nos révolutions de Jane Smiley tout juste paru aux éditions Rivages.

« Becky observe les gens, contemple la rue, entend les bruits ambiants, sent le trottoir sous ses pieds, et elle s’autorise à envisager ce qu’elle aimerait en dire un jour, avec son corps, dans une chorégraphie de sa propre composition ». Cette chorégraphie, c’est à Kate Tempest qu’il revient de la composer, dans un étonnant premier roman, Écoute la ville tomber, qui vient de paraître aux éditions Rivages dans une traduction de Madeleine Nasalik.

Rafael Chirbes, Paris, 2015

Ultime roman de Rafael Chirbes, Paris-Austerlitz auquel le grand écrivain espagnol travaillait depuis vingt ans, achevé peu de temps avant sa mort brutale en août 2015, vient de paraître chez Rivages dans une traduction de Denis Laroutis.
Dans La Stratégie du Boomerang (Alma, 2011), Chirbes écrivait que « la littérature, comme les amants, se venge de ceux qui ne prennent pas le risque d’aller jusqu’aux limites. la demi-écriture est un mensonge que l’enquêteur détecte ». Ce pourrait être l’art poétique d’une œuvre qui s’est toujours confrontée aux limites et de ce roman d’amour et de mort, centré sur l’absent, l’homme aimé, « l’un de ces malades » que l’on traitait « avec un mélange de dégoût, de cruauté et de mépris ».

Manhattan depuis Staten Island New York, 2009 © Dominique Bry
Manhattan depuis Staten Island New York, 2009 © Dominique Bry

Certains romans vous embarquent, en quelques pages, comme les meilleures séries télé. Vous savez que vous ne passerez à autre chose que lorsque vous aurez eu votre dose, soit une journée et une nuit blanche… Les petites consolations, premier roman d’Eddie Joyce, est de ceux-là, redoutable, imparable. Paru en 2016 chez Rivages, dans une traduction de Madeleine Nasalik, il sort en poche aujourd’hui.

David Lodge (Sipa)

Ainsi David Lodge serait Né au bon moment (Quite A Good Time to Be Born), premier volume de mémoires (1935-1975) qui paraît en poche chez Rivages. Et dès cette ligne de présentation il faudrait nuancer, comme toujours avec cet écrivain anglais aussi subtil et ironique qu’il est précis : oui, David Lodge écrit ses mémoires mais il n’est pas dans l’autocélébration empesée ou le nombrilisme, et ce qui frappe le lecteur dans les quasi 600 pages de ce livre c’est la modestie de l’écrivain, sa manière si particulière de lier sa vie à son œuvre comme à l’Histoire de son siècle, en une forme d’illustration singulière et d’exemplum — et ce, dès l’incipit : « je suis venu au monde le 28 janvier 1935, moment faste pour un futur écrivain né en Angleterre et appartenant à une famille de la classe moyenne la plus modeste comme la mienne, malgré les sombres menaces qui planaient sur l’Europe. Cela signifiait que j’aurais beaucoup de choses à écrire (…) ».

Karl Geary © Diacritik

Sur le bandeau de couverture, une citation du Guardian annonce « une histoire d’amour inoubliable ». Inoubliable, le premier roman de Karl Geary, qui paraît aujourd’hui aux éditions Rivages dans une traduction de Céline Leroy, l’est indéniablement. Vera est de ces livres qui imposent une voix et un univers. Et si ce roman est pour une part une histoire d’amour, ce serait le manquer que de le réduire à cette dimension. Comme le dit Karl Geary, dans notre entretien, Vera est d’abord un récit de désirs, un roman de l’intimité, explorant ces tensions qui tout ensemble nous déchirent et nous font agir.

Il est des livres qui emportent par l’histoire qu’ils proposent, puissante, véritable lame de fond qui masque le tour de force littéraire qu’une telle puissance suppose : Vera est de ceux-là. Ce pourrait être une histoire d’amour (impossible, dévastatrice), un roman d’apprentissage, un roman social. Tous ces types de récits sont là et pourtant ailleurs, comme un horizon, un idéal et peut-être une béance.

Ce pourraient être des mémoires d’Outre-Tombe sous la plume de Woody Allen : Sheila Levine est morte et vit à New York, dans ce sens-là, oui, soit la mort puis la vie d’une femme de trente ans. Puisque « c’est décidé : je me suicide », plus rien ne retient Sheila Levine du côté de la pudeur ou des convenances. Elle n’a plus peur de rien.
Alors elle raconte ce qui l’a conduite à cette décision extrême, dialogue avec ses parents (et son lecteur), revient sur son parcours de New-Yorkaise, juive, célibataire, sans enfant.