Le plus simple, pour présenter Le Bal des ombres de Joseph O’Connor, serait de dire qu’il s’agit d’une pièce à trois personnages — Bram Stoker, futur auteur de Dracula, l’immense acteur shakespearien Henry Irving et Ellen Terry, la Sarah Bernhardt anglo-saxonne, soit un trio gravitant autour d’un théâtre londonien, le Lyceum. Mais le roman excède largement cette dimension : Le Bal des ombres est aussi une fresque chatoyante du Londres victorien et, surtout, une puissante réflexion incarnée sur la création théâtrale comme littéraire.

Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs. Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française. Aujourd’hui, Le Bal des Ombres de Joseph O’Connor, tout juste paru aux éditions Rivages.

« Il ne reste rien » : tabula rasa initiale. L’homme qui brûle, dernier roman d’Alban Lefranc qui vient de paraître chez Rivages, s’écrit sur des ruines, celles d’un monde au bord du « désastre des désastres » : « nous ne vivons plus dans une époque mais dans un délai » (Anders cité par le narrateur).

« Il fabrique des images sans caméra ni décor, des instantanés qui traversent l’air timidement, à l’allure d’un fantôme et à l’air d’un éclair », glisse Suzanne Doppelt au cœur de son somptueux Rien à cette magie comme en exergue aux riches rencontres de ces 12è Enjeux contemporain qui, en cette journée du 24 janvier à Nanterre, ouvrent à ces écrivains qui entendent imager la phrase.

« Personne ne bouge » : l’incipit de Bacchantes, le dernier Céline Minard donne le la, celui d’un roman entre vrai/faux scénario de film de casse et jeu plus ou moins réussi avec les ficelles élimées du genre, dans la baie de Hong Kong, alors que s’annonce le typhon Shanshan, classé 10 sur l’échelle de Beaufort.

Sortir le grand jeu – ce jeu de mot sur le titre du roman de Céline Minard qui vient de paraître en Rivages Poches est facile, voire un peu vain au regard de la radicalité de son œuvre, pensée comme une exploration que l’on pourrait imaginer systématique des genres, ce qui serait méconnaître sa portée véritable :

Il est, outre-Atlantique, des auteures et journalistes cultes dont la France mesure progressivement l’importance : pensons à Joan Didion ou à Renata Adler, liste à laquelle il faut désormais ajouter l’indispensable Vivian Gornick. Attachement féroce paraît en poche, alors que les éditions Rivages publient son second texte autobiographique, Une femme à part, tous deux dans une traduction de Laetitia Devaux.

La femme à part : le second volet du récit autobiographique de Vivian Gornick, après Attachement féroce (2017), paraît aujourd’hui aux éditions Rivages, dans une traduction de Laetitia Devaux. L’occasion pour les lecteurs français de retrouver la voix singulière d’une icône des lettres américaines (journaliste au Village Voice, critique littéraire, féministe engagée), avant de pouvoir la rencontrer au Festival America à la fin du mois.

Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs.
Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française.
Aujourd’hui, Nos révolutions de Jane Smiley tout juste paru aux éditions Rivages.

Il est, outre-Atlantique, des auteures et journalistes cultes dont la France découvre ou mesure ces dernières années seulement l’importance considérable : pensons à Joan Didion, désormais bien installée, à Renata Adler — dont Nuit noire va paraître le 13 avril prochain aux éditions de l’Olivier, après Hors bord en 2014 —, liste à laquelle il faut désormais ajouter l’indispensable Vivian Gornick dont les éditions Rivages publient Attachement féroce, dans une traduction de Laëtitia Devaux, un texte paru en 1987 aux États-Unis.

Jane Smiley avouait récemment, lors d’une table ronde au Festival America, être « obsédée » par ses personnages, « pas parce que je les aime ou pas, mais parce qu’ils sont complexes ». Dans ses romans, c’est à travers eux que se figure et s’incarne l’Histoire, « pas dans son intégralité mais de manière fragmentaire ». Ils sont la pierre de touche de la trilogie Un siècle américain dont paraît le premier volume, Nos premiers jours, chez Rivages, dans une remarquable traduction de Carine Chichereau.

Céline Minard a, pour Failli être flingué (2013), reçu plusieurs prix littéraires : le prix du livre Inter 2014, le prix du style et le Prix Virilo (qui se définit lui-même comme “l’anti-Femina”) louant ce que ses jurés ont qualifié de formidable « roman de cow-boy ». C’est le cas : Faillir être flingué est un livre qui ferait aimer le western à ses pires détracteurs et qui couronne, aussi, un univers romanesque singulier, aux contours mouvants.

Certains romans vous embarquent, en quelques pages, comme les meilleures séries télé. Vous savez que vous ne passerez à autre chose que lorsque vous aurez eu votre dose, soit une journée et une nuit blanche, dans la grande tradition moderne du binge watching — on est dans le binge-reading qui, après vérification, ne serait même pas un néologisme ! Les petites consolations, premier roman d’Eddie Joyce, est de ceux-là, redoutable, imparable.