Depuis quelques années, Jean-Philippe Cazier se rend dans des manifestations et rassemblements, appareil photo en main, et, dès son retour, il publie, dans Diacritik, les photoreportages de ces journées. Tout dans son regard est singulier, de sa manière de viser et mettre au point aux détails qu’il retient, toujours aigus et signifiants, mais sans l’immédiateté lisse des photographies de presse qui se contentent d’illustrer ou de rendre compte d’un événement. Ce que saisit Jean-Philippe au contraire c’est ce qui dépasse, ce qui sourd — des gestes, des expressions du visage, des mouvements. Son œil écoute. Il rend visible et audible ce que nous ne voyons ou n’entendons pas, ou pas forcément, ou pas comme lui. Le livre que publient les éditions Lanskine, Vous fermez les yeux sur notre colère, révèle cette dimension singulière de son travail photographique comme la force politique inouïe d’un engagement qui ne passe pas par le militantisme. Le livre accueille son lecteur, de même qu’il donne des visages et des noms à celles et ceux que l’Etat tente d’invisibiliser ou museler. Ce sont toutes ces dimensions, esthétiques comme éthiques et politiques, qu’un entretien avec Jean-Philippe Cazier tente d’aborder.

Certaines disparitions suscitent un grand émoi, y compris (et probablement surtout) chez les personnes qui n’ont jamais approché de près ou de loin ce ou cette disparu(e) qui les aura pourtant marqués de manière indélébile, ayant insidieusement imprimé dans leur tête des ritournelles, des mots ou des images dont il ne leur sera pas facile de se débarrasser. D’autres sont, au contraire, à peine annoncées. Il m’arrive d’informer mes amis d’un décès, sur Facebook par exemple (ma page n’étant pas publique), et d’ainsi tenter de conjurer l’indifférence.

C’est avec une grande et profonde tristesse que nous avons appris la disparition de la flamboyante poétesse et plasticienne Delphine Bretesché. Enthousiasmante, vivante et généreuse : tels sont les trois termes qui viennent spontanément pour qualifier à la fois la personnalité de Bretesché aussi bien que son approche si singulière de la poésie. C’est une poésie de l’accueil que déployait la jeune femme, aussi bien de l’ailleurs le plus résolu que de la forme la plus mobile. Une poésie qui habite le monde qui, sans cesse, serait une promesse de venir l’habiter. Marseille, Festin !, texte important et si enlevé que signait l’an passé Delphine Bretesché avait été l’occasion pour Diacritik de lui consacrer un grand entretien ainsi qu’une émission radiophonique de Paul de Brancion : ce sont ces deux moments d’écoute et de parole de Delphine Bretesché que nous vous proposons de nouveau aujourd’hui pour lui rendre hommage.

Enthousiasmant, vivant et généreux : comment penser autre chose après avoir lu Marseille Festin ! de Delphine Bretesché qui vient de paraître aux toujours passionnantes éditions LansKine ? Dans ce poème continu sur Marseille, la poète nantaise déploie sa joie à explorer la ville, s’interroge sur la manière de l’habiter et d’être poète à la cité. Réflexion sur le foyer mais sur aussi la solitude provisoire, Marseille Festin ! est sans doute l’un des textes contemporains parmi les plus accomplis sur l’acte poétique de la résidence d’écrivain : ce qu’elle implique du vivant et de l’écriture. Autant de questions que Diacritik s’est empressé d’aller poser à Delphine Bretesché le temps d’un grand entretien.

À la tête d’une des œuvres les plus intéressantes de ces vingt dernières années, Florence Pazzottu fait paraître J’aime le mot homme et sa distance aux éditions Lanskine. Comme dans ses livres précédents, le travail de la forme y sert une investigation capitale — dans nos rapports aux autres, aux mots, au monde. Cette poésie, follement libre et magnifiquement tenue, qui fait feu de tout bois et à laquelle rien n’est a priori étranger, se donne pour tâche de « répondre au chiffrement du réel ». Comment y parvient-elle ? Entretien avec Florence Pazzottu, mené par Pierre Vinclair entre le 20 juin et le 30 juin 2020.

« La plupart ne savent l’histoire, des vivants et des morts », alors la dire, comme une litanie, depuis l’ombre et la lumière. Le noir d’abord, opaque, cet « immense rectangle » dans lequel se déroule la mélopée d’une histoire en négatif, Europe Odyssée de Jean-Philippe Cazier.

A l’occasion de la publication d’Europe Odyssée, entretien avec Jean-Philippe Cazier où, entre autres, il est question de l’écriture politique, de la poésie et du débordement de la langue, de la violence de l’Histoire et de ceux et celles – migrants, réfugiés, déportés, exilés – qui la subissent et la contestent, de la possibilité d’une épopée contemporaine, d’une cosmopolitique comme résistance à l’ordre policier du monde.

Lucie Taïeb, génération 77, écrivaine, traductrice et enseignante-chercheuse, publie cette année un essai (Freshkills, recycler la terre, éd. Varia), un recueil de poèmes (Peuplié, Lanskine) et un roman (Les échappées, L’ogre). Le prix Wepler 2019 qu’elle vient de recevoir pour son roman est l’occasion rêvée pour explorer son univers d’écriture.

Depuis 2008, les éditions Lanskine sont une des plus actives dans le domaine de l’édition de poésie. Ouvertes aux voix étrangères, publiant volontiers des voix émergentes, les éditions Lanskine sont menées par la passion de Catherine Tourné, engagée en poésie, pour son étrangeté, son pouvoir de perturbation, la pluralité dont sont porteuses les écritures poétiques. Rencontre et entretien.