Dimanche 15 octobre 2017, quelques réflexions en vrac.

Je lisais ce matin la tribune d’Isabelle Adjani dans le JDD à propos de l’affaire Harvey Weinstein, j’ai particulièrement apprécié le passage où elle évoque le cas des mœurs françaises, le fameux GGG (galanterie – goujaterie – grivoiserie) qui fait des femmes et en l’occurrence des actrices des proies ou des victimes d’agressions ou pressions psychologiques et / ou physiques.

Pour Philippe © Olivier Steiner

Je relis Philippe de Camille Laurens. Philippe est un livre que j’offre aux amis qui ne croient plus en la littérature, les amis qui me disent par exemple que de nos jours ça se passe au niveau des séries ou du cinéma. Je comprends ce qu’ils veulent dire, et souvent je suis d’accord, mais Philippe, quand même…
Je l’ai en version de poche folio, sur la couverture deux bandes verticales, on devine un morceau d’appartement, une pièce qui a l’air vide, et au milieu, dans l’embrasure d’une porte, baigné d’une lumière blanche et crue, un petit cheval à bascule, vide, immobilisé.

Serge Doubrovsky

À l’initiative d’Isabelle Grell aura lieu ce samedi 10 juin à la Maison de la Poésie de Paris, à 19h, un hommage au père et au fils de l’autofiction récemment disparu : Serge Doubrovsky. Successivement viendront sur scène Camille Laurens, Tom Bishop, Yves Charnet, Yannick Kujawa, Laurent Herrou, Olivier Steiner, Mathieu Simonet, Christine de Camy et Isabelle Grell pour venir dire cette œuvre monstrueuse où la vie se donnait dans l’écriture et l’écriture dans la fiction de la vie.

Serge Doubrovsky

« Voici un étrange monstre » : tels sont les mots, liminaires, et comme prophétiques d’œuvre, que Serge Doubrovsky citait de son bien-aimé Corneille pour venir présenter ses Autobiographiques et ainsi puiser chez le dramaturge baroque la formule de sa vie à vivre, de sa vie à écrire, de sa vie devenue monstre d’écriture. Car Serge Doubrovsky, qui nous a quittés cette nuit, à 4h, dans la solitude du lit de mort et de l’œuvre toujours-déjà accomplie, se tenait en chacun de ses textes comme cet étrange monstre cornélien, ce monstre ambigu de tragédie et de comédie, de théorie la plus échevelée et d’écriture la plus enlevée, lui qui fut l’artisan de la notion la plus monstrueuse d’œuvre et de théorie, le père de la célèbre autofiction, qu’il inventa de gloire un jour de 1977, pour venir dire son roman sans roman, Fils.

Camille Laurens

Ces jeudi 2 et vendredi 3 mars, aura lieu à Caen, sous la direction de Sylvie Loignon et Isabelle Grell, un colloque international sur une figure majeure de l’écriture contemporaine : Camille Laurens. En présence de la romancière et aux côtés également de Philippe Forest et d’Olivier Steiner, les différentes interventions, en partenariat avec l’IMEC et la Maison des écrivains, reviendront sur le labyrinthe sans cesse relancé et infini d’un œuvre dont la mouvance et les jeux de dédoublements n’en font jamais celle que vous croyez.

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Dans La main de Tristan, la narration à la première personne rend le Je omniprésent. Pourtant, paradoxalement, le livre d’Olivier Steiner n’est pas centré sur le Je mais sur le Tu et le Il, ou le Elle, sur un Nous ou un On – sur un autre, une altérité tout aussi omniprésente qui entraîne le narrateur dans des variations répétées. Le Je n’est ici qu’un des termes d’une relation, de rencontres qui sont ce qui arrive à celui qui rencontre et qui l’attirent hors de lui, le précipitent dans un monde où le dehors du monde est central. C’est ce que le titre indique, la main étant l’élément du lien, de la rencontre, de la relation à un autre. Et lorsque l’autre me touche, me caresse, m’attrape avec sa main, il m’attire dans un monde à deux – au moins – où je ne suis plus moi. Rencontrer l’autre, faire l’épreuve de cette rencontre, vivre selon le mode de la rencontre et de ce que celui-ci implique est l’objet de ce livre qui est autant un livre d’amour, un livre du monde, qu’un livre d’éthique.

Laurent Demanze

A l’heure où certaines Cassandre proclament avec perte et fracas l’irrémédiable fin de la littérature et le conséquent décès de la critique, sans doute la littérature contemporaine n’a-t-elle jamais autant brillé depuis son champ dispersé et résolument éclaté, et la critique ne s’est-elle trouvée autant de voix neuves pour venir la cartographier depuis ses accidents répétés. Parmi elles, Laurent Demanze qui, depuis Encres Orphelines, élabore une pensée critique qui trace les chemins des ascendances empêchées et des généalogies brisées de Pierre Michon à Gérard Macé et Pierre Bergounioux mais explore également la vocation encyclopédiste de la littérature contemporaine. Ce parcours encyclomane, de Gustave Flaubert à Pierre Senges, fournit ainsi la trame de son nouvel et fort essai, Les Fictions encyclopédiques paru il y a peu, et sur lequel Diacritik a voulu revenir avec lui le temps d’un grand entretien sur la littérature contemporaine et son devenir.

Photographie : Natasha Bry

Le 42è prix du livre Inter 2016 vient de dévoiler sa première sélection. Les 24 auditeurs-jurés délibèrent cette année sous la présidence d’Agnès Desarthe. Ce prix, créé en 1975, est l’un des plus prescripteurs et ses choix sont souvent d’une grande pertinence — il a récompensé, ces dernières années et parmi d’autres, Céline Minard, Alice Zeniter, Olivia Rosenthal, Cloé Korman, Nina Bouraoui, Frédéric Boyer, Laurent Mauvignier, Mathias Enard, Nathalie Léger.

Sont cette année en lice les romans suivants :