Numéro R, le salon des revues de création poétique en région sud organisé par le CIPM, se tiendra à Marseille du 26 au 28 mai 2023. Ce rendez-vous annuel, consacré à ces laboratoires importants de la création que sont les revues de poésie, proposera un ensemble de rencontres et de lectures réunissant revues et poètes/poétesses.

À la frontière, on peut ressentir un certain détachement envers ce qui ne cesse de tomber en toutes saisons, tout en entretenant une curiosité maladive pour ce qui a le pouvoir de relancer l’attente, en la décevant. Aujourd’hui, c’est bande dessinée, avec cet etc. relatif à de trop rares débordements du champ qui, s’ils ne satisfont guère les aficionados de la BD, comblent les amateurs d’imbrications inédites entre les mots et les images.

Paru tout récemment aux éditions Ardemment, Affreville est le récit (ni fiction ni essai historique) jusqu’alors inouï du râle de la défaite qui a résonné sur la génération des familles des militaires français en poste en Algérie pendant la guerre d’indépendance. Ce texte dense, rythmé de séquences et tableaux montés entre eux comme les plans d’un film, dépasse largement le cadre habituellement dévolu au genre du « témoignage » et n’est surtout pas, il faut le dire tout de suite, un énième livre sur la guerre d’Algérie.

C’est l’événement éditorial de ce printemps : la réédition au Seuil du cours sur Le Neutre donné par Roland Barthes au Collège de France en 1978. Après une première édition du texte dans les années 2000, Eric Marty offre ici une édition définitive, riche et passionnante, où le propos de Barthes prend toute sa puissance, celle d’une parole qui revient dans son œuvre à son principe premier : le Neutre, qu’il réinterroge notamment sous le concept de « complexe ». Assorti de notes passionnantes, d’un avant-propos qui brosse la singularité d’une époque prête à tirer un trait sur les avant-gardes, ce cours est indispensable à qui entend se mêler de littérature et plus largement de sensible des textes. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre d’Éric Marty afin de l’interroger sur ce dernier Barthes, au seuil d’une disparition bientôt mélancolique.

Les Impardonnables est un livre à part, qui ressemble à peu d’autres. La première publication date de 1963. Le titre était La Fable et le Mystère, puis en 1971, pour la seconde édition, avec quelques variantes, La Flûte et le Tapis. Aussi, ce titre, Les Impardonnables, celui d’un des chapitres du livre, n’a été adopté qu’en 1987, lors de sa réédition chez Adelphi dans sa version définitive, et dix ans après la mort de son auteur. La traduction française, publiée en 1992 dans la collection « L’arpenteur » (le domaine italien que dirige Jean-Baptiste Para), est reprise aujourd’hui dans la collection « L’imaginaire » à l’occasion du centenaire de la naissance de Cristina Campo (1923-1977).

Les éditions Ardemment, créées en 2021, privilégient des fictions et essais d’autrices qui ont été « invisibilisées » au cours de l’Histoire mais aussi des textes plus récents, leur objectif étant de « constituer un matrimoine en vis-à-vis du patrimoine dominant ». Elles viennent de publier Affreville de Claire Tencin, un récit très singulier sur la guerre d’Algérie.

Beaucoup de temps perdu, nous dit-on, dans de vains échanges sur les réseaux sociaux. On sent une étrange satisfaction chez ceux qui nous font prendre conscience de la toxicité de ces lieux. Et quelque amertume parfois chez qui les abandonne à leur triste sort. Mais, vu du Terrain Vague, ces réseaux peuvent devenir des forêts primitives, ou plus modestement des bois à peine entretenus, où l’on sème des cailloux, non pour retrouver son chemin, mais pour indiquer qu’on est passé par là. Et en même temps que l’on sème, on imprime, parfois lourdement, l’empreinte de nos pas : souvenirs pour les temps futurs.

Dans son dernier roman, Le Continent du Tout et du Presque Rien, Sami Tchak raconte une histoire de domination des savoirs. Lauréat du 14e Prix Ivoire pour la Littérature Africaine d’Expression Francophone, l’ouvrage adopte le regard d’un ethnologue nommé Maurice Boyer qui réalise sa thèse chez les Tem de Tèdi, qu’il observera et apprendra à connaître pendant deux ans avant de rentrer à Paris.